DISPOSITIONS ENVISAGÉES POUR AMÉLIORER LE TRAVAIL FÉMININ
Jeunesse. — Au lieu de donner d'emblée à la jeune fille un emploi quelconque de manutentionnaire, il faudra, avant tout, faire son éducation.
Mise en apprentissage, qui lui montrera les divers aspects de sa future occupation, et ainsi, libre, pourra-t-elle choisir, sans aucune contrainte, sa voie, suivant sa personnalité.
On compte environ 3.000 et quelques apprenties dans le ressort de l'Académie de Bordeaux, qui groupe cinq départements, sans compter les cours privés.
En même temps, on développera la pratique d’exercices dérivatifs et correctifs, au cours ou en dehors des heures de travail. De cette façon, elle acquerra de la vigueur corporelle, une meilleure éducation de ses mouvements et une augmentation du rendement sans lui nuire. Lancée, dès le jeune âge, dans le cycle du travail, elle aura un contact un peu trop brusque avec la réalité et ne trouvera pas toujours une ambiance favorable pour son esprit, à ce moment où l'orientation est déterminante. Le retard d'admission à l’usine ou à l'atelier sera consacré à son instruction et, parallèlement, elle sera dans les meilleures conditions possibles pour le développement normal de sa puberté.
L’orientation professionnelle moderne implique un agrandissement de la notion de métier féminin, non plus limité au cadre étroit du domaine de la couture, mais vers toutes les professions où elle pourra apporter ses qualités personnelles. Ainsi trouverat-elle le travail moins pénible et plus agréable et prendra-t-elle progressivement contact avec la vie.
L'éducation ne se limitera pas au côté professionnel; elle s’étendra à différents domaines, notamment nécessité d’une formation familiale et ménagère. « La vie professionnelle ne doit
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j jamais se développer au détriment de la vie familiale. Il convient de trouver la formule qui mettra le métier au service du foyer non seulement par l'apport pécuniaire, dont il est la source, mais par l'enrichissement humain qu'il apportera » (177). En effet, les jeunes filles ignorent trop souvent la vie du foyer, poussées à travailler de bonne heure. Comment peuvent-elles envisager une vie de foyer, d’épouse, puisque, matériellement et spirituellement, elles n’ont pu en avoir l’exemple ? Leur sens du devoir, tout comme l’estime et le respect de la famille, devra retenir leur attention. On devra également leur apprendre l’utilisation de leur salaire, lutter contre le gaspillage et ainsi leur montrer toute Ia valeur du travail ménager.
Le montant du salaire devra être en rapport avec le coût de la vie, et personne ne devra abuser de cette main-d'œuvre, notamment en ce qui concerne les très jeunes.
Ainsi, au point de vue législatif, devra-t-on proposer de reculer l’âge d'admission du travail de 14 à 16 ans, interdire toute dérogation en vigueur quant au travail de nuit, de même que tout travail jugé dangereux et insalubre, veiller aux conditions d'hygiène des lieux de travail et à la protection morale, augmenter les pénalités à l'usage des contrevenants.
Adulte. — Devenue adulte, il faut veiller à protéger la future mère de famille, sauvegarder sa fonction procréatrice. Il est reconnu que sa condition sociale, son état de célibataire, de veuve ou divorcée, chargée de famille, la met dans l'obligation de remplacer totalement le chef de famille absent.
Nature du travail. — 11 faut encourager la jeune femme et la jeune fille à occuper des emplois qui correspondent à leur goût, mais surtout à leurs capacités, par exemple des travaux doux. adaptés, qui ne les empêcheront pas d'acquérir le goût du travail. Il sera bon de veiller à la stricte application de l'interdiction de certains travaux considérés insalubres ou jugés pénibles et dangereux. Ainsi les jeunes filles de moins de 16 ans ne doivent pas être employées au travail des machines à coudre mues par pédale.