‹ Le Travail Féminin et Ses ProblèmesChapitre 42 sur 53 · VUE D’ENSEMBLE SUR LE PROBLÈME DU TRAVAIL FÉMININ · texte numérisé non relu

VUE D’ENSEMBLE SUR LE PROBLÈME DU TRAVAIL FÉMININ

L'importance numérique actueile de l’activité professionnelle féminine nous démontre que son activité a, depuis, largement dépassé les trois K symboliques de Guillaume IT : « Kinder, Küche, Kirche ». Il est hors de doute que proscrire actuellement toute activité féminine rémunératrice serait catastrophique et irait à l’encontre des besoins évidents actuels de la jeune fille ou de la femme seule, ou bien chargée de famille, soumise à des exigences de plus en plus pressantes. Ainsi les travaux de modiste, de couture, s’adaptent-ils au tempérament et aux qualités de celles-ci.

Nous remarquerons les tendances diverses de l’orientation de la main-d'œuvre féminine qui, du travail professionnel à domicile, est allée ensuite vers l’usine, l'atelier, pour se diriger vers les activités de bureau, commerciales ou les professions libérales. Les femmes mariées, plus que les autres catégories féminines, ont recherché un certain désir de stabilité dans ce choix d'emplois sédentaires, parallèlement à la naissance de tant d'organismes publics administratifs. Cela serait naturel, si l’on ne remarquait pas la participation importante des femmes mariées dans les activités profondes de notre pays contrairement à la majorité d’autres pays étrangers, en notant leur chiffre plus élevé parmi les ouvrières par rapport aux employées. Il est constaté que la plupart des femmes mariées qui travaillent réservent la majeure partie de leur temps à leur activité professionnelle, Nous touchons 1à un des points sociaux très angoissants du problème de la main-d'œuvre féminine sur lequel des avis autorisés

Lt dt. té: En

(MM. Daric et Grot) ont déjà attiré l’attention, ne serait-ce même que pour les vingt prochaines années.

Sans faire abstraction de l’activité féminine en France, les professions examinées sur le plan régional durant notre enquête nous ont permis d’en retirer quelque enseignement.

Il est notable que, malgré l'amélioration de la technique et la réglementation du travail en vigueur, la femme mariée accomplit des travaux qui sont tout à fait contraires à sa prédisposition biologique et psychologique. En effet, « ce qui domine sa vie physiologique, c’est la maternité. Comment le biologiste ne serait-il pas inquiet devant une société qui tend de plus en plus à confondre l’homme et la femme ? » (13).

Il est inutile d’insister sur le nombre élevé des affections gynécologiques rencontrées, la nocivité particulière du surmenage, la précarité de certaines grossesses et leur déplorable retentissement sur le produit de conception, Les conséquences fâcheuses lui font délaisser sa fonction maternelle surtout d’éducatrice, en plus de lappel trop précoce au travail sur un esprit nullement préparé. Il est de fait qu’il existe une véritable psychologie du travail que, dans l’état actuel, la femme ne peut partager et goûter pleinement. L’humanisation du travail n’est que trop souvent absente et très loin de cette indépendance à laquelle aspire l’ouvrière. Sans nier les avantages du progrès industriel, ne devons-nous pas formuler certaines réserves sur son emprise envahissante ?

Comment concevoir qu’un organisme féminin puisse assumer cette double activité, sans atteindre une usure prématurée ? Bien souvent, pour différents motifs, dès sa jeunesse, l’ouvrière est prise dans les rouages du machinisme industriel. IT est donc nécessaire qu’elle puisse juger sainement, sur des bases solides, de son orientation, suivant son goût, ses tendances personnelles, et non plus sous l'effet de la contrainte.

En outre, le préapprentissage, ainsi que l’apprentissage luimême, s’appuieront sur une psychotechnie et sur une surveillance médicale, d'autant plus que la neuro-endocrinologie moderne

HE" ar

orientera elle aussi la biotypologie dans le choix déterminant du métier.

L'orientation biologique de la main-d'œuvre doit avoir largement sa place dans la nouvelle organisation du travail. Ainsi, pour toute jeune fille ou jeune femme qui devra occuper un travail salarié, ces diverses notions, complétées par de solides bases professionnelles, éviteront de nombreux écueils. En outre, le travail à la maison, qui offre la plus grande liberté et qui est le mieux adapté au caractère et à la psychologie féminines, ne sera plus pour elle quelque chose de désuet et sans valeur. La généralisation du travail à mi-temps ne représentera qu’une étape vers l’amélioration des conditions de travail féminin, car le travail à domicile est très nettement supérieur à cette formule palliative. Ce dernier lui permettra de concilier son besoin de salaire d'appoint et d'accomplir en même temps ses fonctions d’animatrice et de gardienne irremplaçable du foyer. En effet, cette symbiose entre la mère et l’enfant ne peut exister dans les limites autorisées des lois protectrices, car elle n’atteint son effet complet qu’en pleine liberté, dans le cadre naturel du foyer dont elle est la meilleure « ouvrière qualifiée ». Cet acheminement vers la dislocation du milieu familial, cellule fondamentale de la société, auquel nous assistons, nous fait mesurer l'extrême gravité de cette question qui dépasse d’ailleurs largement le plan de la main-d'œuvre. Ainsi, le travail a des répercussions fâcheuses sur le plan moral et social. Il n’est certainement pas le seul facteur en cause, mais en est un des plus importants.

Au-dessus de ces diverses considérations techniques, sociales et économiques, il se trouve un problème moral dominant, qui est à la base de nombre de nos déséquilibres actuels : c’est le manque de croyance.

La mécanisation actuelle des esprits tend à supprimer toute conception de vie saine et perfectible, ne faisant que renforcer cette torpeur spirituelle dans laquelle nous sommes plongés. Comme le dit Friedmann : « Le machinisme industriel est un test géant qui met en pleine lumière le retentissement des facteurs

sociaux sur l’activité mentale et morale », détournant ainsi la femme salariée de sa personnalité véritable. Le progrès, l'hygiène, l’éducation, ainsi que la personnalité, ne pourront arriver à leur complet épanouissement que s’ils s'appuient sur une spiritualité, quelle qu’elle soit. Trop souvent, actwellement, un certain état d'esprit, rempli d’égoïsme, de luxe, d’une liberté apparente, étouffe en soi toute juste aspiration, du fait de cette absence d’idéal, but indispensable à cette indépendance, à cette hiérarchie des valeurs, représentée par le cadre familial, cellule de la vie sociale, richesse de l'avenir. Or, « la conciliation des impératifs économiques et démographiques constitue un des problèmes sociaux les plus angoissants parmi ceux qui sont posés actuellement à notre pays » (169).

Page 1