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CHAPITRE PREMIER

L'organisation matérielle du travail historique.

7. La bibliographie. — //. Le travail dans les arehwes, les bibliothèques et les musées. — III. Le travail par ^ehes.

La nature de l'histoire étant ainsi déterminée, il est nécessaire de connaître les conditions dans lesquelles les recherches historiques sont possibles. Pour étudier une question il faut : 1^ Rechercher les monuments et les sources qui pourraient servir de témoignages ; 2° savoir si la question a été déjà étudiée, à quels résultats on est parvenu jusqu'ici et s'il est possible, à la suite de nouvelles découvertes, ou même d'après l'étude des sources connues antérieurement, de modifier ces résultats ; 3^ replacer la question dans l'ensemble de l'histoire générale afin d'en apprécier exactement l'importance. Toutes ces études exigent d'abord une instruction générale en matière historique, puis la connaissance de la bibliographie et enfin l'habitude de travsdller dans les archives ou les bibliothèques :

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Faire soi-même la bibliographie de la question que Ton veut étudier^ voilà d'abord la nécessité fondamentale. Il serait chimérique d'exiger qu'il y eût des bibliographies de toutes les questions possibles et le travail bibliographique constitue une part du travail personnel de Térudit. Pour être utile, cette bibliographie doit être raisonnée, c'est-à-dire qu'elle doit attirer l'attention sur les ouvrages d'après leur importance et montrer les progrès ou les lacunes de la science. Ce simple travail suppose la connaissance.

lo Des bibliographies générales ou bibliographies des bibliographies. Principaux recueils : Peizholdt^ Bibliotheca bibliographica, Leipzig, 1866. — Vallée^ Bibliographie des bi biographies. Paris 1883 (catalogue des bibliographies par ordre alphabétique et par ordre de matières). — Steln^ Manuel de bibliographie générale. Paris, 1898 (ordre méthodique). — Langlois^ Manuel de bibliographie historique. I, Instruments bibliographiques, 2« éd. Paris, 1904 (comprend aussi une histoire de l'érudition).

2^ Des bibliographies spéciales. On a dû renoncer depuis longtemps à la chimère de constituer une bibliographie historique universelle. Il faut donc consulter : a) les bibliographies nationales. France : BruneL Manuel du libraire 1" éd., 1810, 6« éd., 1865, 6 v. Supplém. 2 V., 1880. — 0, Lorenz^ Catalogue de la librairie française (depuis 1840), deux volumes contenant, l'un une taole alphabétique, l'autre une table méthodique, paraissant tous les quatre ans. — Allemagne : Heinsîus. Allgemeiner Bûcher — Lexicon (depuis 1700).

i b) Les bibliographies historiques spéciales : tels sont les catalogues d'histoire de France et d'histoire étrangère publiés par la Bibliothèque nationale, et les ouvrages suivants : Monod^ Bibliographie de l'Histoire de France (jusqu'en 1789). Paris 1888. — Molinier, Hauser, Le franc, Tourneux, Les sources de l'histoire de France depuis les origines jusqu'en 1789 (en cours de publication). — Dahlmann, Waitz, Sieindorf,

I Quellenkunde der deutschen Gescbichte, Gôttingen î7« éd. 1906, — Gross; The source and littérature of english history. Londres, 1900. — Pirenne, Bibliographie de l'histoire de Belg^^ue. Gand, 1893. (Les bibliographies spéciales aux diverses périodes seront citées plus loin).

3^ Des recueils de bibliographie périodique. Ce sont peut-être les plus utiles à consulter, puisqu'ils donnent seuls une idée du mouvement de l'érudition. Ils sont extrêmement nombreux et beaucoup n'ont qu'une existence éphémère; quelques-uns sont en même temps des recueils de recensions des principaux ouvrages publiés dans tel ou tel genre. Nous citerons seulement ceux qui ont une importance générale : le Journal des Savants publié sans interruption depuis 1665, est de beaucoup le doyen de ces périodiques ; il est l'organe de l'Institut de France et comprend des articles de grand développement. — La Reçue critique (f histoire et de littérature (recueil de recensions assez étendues, paratt depuis 1866). — he Bulletin eritique{mèmec&rsLcXére). — Le Polyhiblion (depuis 1868) comprend à la fois des recensions et une partie purement bibli(^raphi(]|^ue. — Le Journal général de V Imprimerie et de la Librairie (créé en 1811) se compose ae bibliographies, de chroniques et de tables périodiques. — La Reoue^ générale de bibliographie française (depuis 1902), bibliographies et comptes rendus. — Mémorial de la Libraine jran* çaise (depuis 1893). — The Boolcseller^ Londres. — Wôelientliches Verzeiehniss der Neuigkeiten, Leipzig. — Bolletino délie publieazioni iialiane^ Florence.

Jahresberichte der Gesehiehtswissensehaft (Berhn depuis 1880) forment un excellent recueil de bibliographie périodique d'histoire universelle, divisé en quatre sections : Antiquité, Allemagne, pays étrangers, généralités. — Enfin la plupart des revues historiques publient des comptes rendus ou des listes bibliographiques des ouvrages qui se rapportent à leur objet. Parmi -celles qui embrassent l'ensemble de l'histoire nous citerons : La Revue Historique (depuis 1876) ; — la Revue des Questions Historiques (depuis 1866) ; — la Revue de Synthèse historique (depuis 1900). Son but spécial est justement de faire connaître l'état de la science dans

les différents domaines de l'histoire) ; VHistoriscM Zeiisehrift (depuis 1859) ; la Deuiaehe Zeiischrift fur Gesehiehtswissensehaft (depuis 1889) ; VEnglisn historieal revieto (depuis 1885).

Le travail historique n'est possible que dans des conditions très spéciales et qui se rencontrent assez rarement : ses laDoratoires sont les dépôts d'archives, les bibliothèques et les musées, en un mot toutes les collections de monuments du passé qui ont pu être recueillies et classées méthodiquement.

On trouvera tous les renseignements essentiels relatifs à l'organisation des archives dans l'excellent manuel de MM. Langlois et Stein, intitulé les Archives de l'Histoire de France. Paris, 1902. D'une manière générale les archives sont destinées à conserver les pièces officielles (minutes des actes* registres des lettres, chartes, contrats, diplômes, comptaoilité, enquêtes, etc.), appartenant à un établissement ou à une institution. Un établissement dont les archives seraient complètes offrirait une base certaine à ceux qui voudraient en faire l'histoire : tel est le cas de certaines fondations hospitalières antérieures à 1789. En fait les guerres et les révolutions ont dispersé les archives des établissements dont elles ont causé la ruine et la plupart des dépôts actuels, surtout en France, ont été formés d'une manière factice par la centralisation des pièces autrefois réparties en un grand nombre de dépôts. Les Archives Nationales ont été créées par le décret du 7 messidor an II (25 juin 1794) et installées à l'Hôtel Soubise en 1808 : au heu de laisser les pièces groupées selon les anciens fonds dont elles provenaient. Camus et Daunou ont voulu en faire un classement méthodique en apparence, arbitraire en réalité. Les archives d'un même établissement, d'une abbaye par exemple, ont été dispersées entre quatre ou cinq séries (L, monuments ecclésiastiques ; S, oiens des couvents supprimés ; K, documents historiques ; N, plans ; Z, juridiction). Seuls quelques fonds anciens tels aue le Trésor des Chartes

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; qui renferme les archives de la couronne du xii* au xvi^ siècles, les fonds du Conseil d'Ëtat, du Parlement et du Châtelet ont été respectés. On a commencé à

Imblier (quelques inventaires et à reproduire les pièces es plus importantes. (Tardif, Monuments historiques ^ cartons des rois, 1866. — Teulet et Laborde, Layettes du trésor des Chartes, 1863-1875. — Musée des Ar^ chives Nationales, 1872. — Boutaricy Actes du Parîement de Paris, 1863-1867. — Valois, Inventaire des Archives du Conseil d'Etat, 1886. — De Boislile, Correspondance des Contrôleurs généraux, etc...)

Les archives départementales laissées longtemps à l'abandon et livrées au pillage ont été organisées définitivement en 1838. Elles comprennent les fonds confisqués pendant la Révolution et les actes de l'administration depuis 1790 ; on a respecté dans leur classement rintégralité des anciens dépôts qui les composent, mais on a en outre adopté une méthode de classement applicable à tous les départements. Des inventaires en ont été entrepris d'après un plan uniforme et ce travail est aujourd'hui très avancé (1). Les archives municipales n'ont pas été partout malheureusement l'objet des mêmes soins : ce n'est que depuis 1887 que les dépenses nécessaires à leur entretien sont obligatoires pour les communes; quelques inventaires seulement ont été publiés.

Les archives hospitalières ont pu en partie traverser l'époque révolutionnaire sans être confisquées ; elles sont donc en général riches et bien classées. Il faut y ajouter les archives des ministères, et surtout les dépôts de la guerre, de la marine, des affaires étrangères, ouverts en partie au public. Les principales arcnives étrangères sont celles de Londres (Public Record Office), de Bruxelles, de Rome (Archives du Vatican ouvertes au public depuis 1881), des anciens Etats d'Italie (Florence, Gènes, Venise, Milan. Naples, etc...), d'Aile* magne ri7 dépôts pour le seul royaume de Prusse, le principal est celui de Berlin), d'Espagne ^archives de la couronne de Navarre à Pampelune, de la couronne d'Aragon à Barcelone, de la couronne de Castille à

(1) Voy. l'Etat général par fond* deM Arohiœê départementales*

Simancas, aux Archives historiques nationales de Madrid et à Alcala de Hénarès) (1).

La distinction entre les archives et les bibliothèques n'est pas absolument rigoureuse, puisque beaucoup de bibliothèques possèdent des documents d'archives de grande importance. On peut dire cependant que les éléments essentiels d'une grande bibliothèque moderne sont, pour emprunter les divisions de la bibliothèque Nationale : le département des imprimés, le département des manuscrits, le département des estampes. Toutes les questions qui concernent l'organisation matérielle des bibliothèques ont été traitées dans le Manuel de Biblioikéeonomie de Grœsel (édition française de J. Laude. Paris, 1897). CJonsulter aussi le recueil périodique : Ceniralblatt fur Bibliothekeoesen, qui parait à Leipzig depuis 18M et la Revue des Bibliothèques (depuis 1890).

La consultation des manuscrits est facilitée dans beaucoup de bibliothèques par des catalogues ou des inventaires descriptifs. A la Bibliothèque Nationale, quelques fonds seulement ont été inventoriés : Omonty Inventaire sommaire des manuscrits grecs — L. Delisle^ Catalogue des manuscrits des fonds Labri et Barrois — , du fonds de la Tremoîlle, etc.

Eu outre le ministère de l'instruction publique a entrepris de dresser un Catalogue général des manuscrits des bibliothèques de France. Paris : Arsenal, 9 vol. ; Sainte-Geneviève, 3 vol. ; Mazarine, 4 vol. ; Départements, 33 vol. Le travail est déjà très avancé. Sur les catalogues de manuscrits des bibliothèques étrangères, voyez Laude et Grœsel, op. eit.^ p. 286. En outre, çràce aux progrès de la lithographie et aux applications de la photographie (photogravure, phototypie, zincogravure), on a pu reproduire en fac-similé un certain nombre de manuscrits imf)ortants et constituer des collections de spécimens d'éeritures. Une publication comme celle du Grégoire de Tours en onciales, (Paris, 1885], constitue un élément des plus précieux pour la critique d'un texte. (Voy. Omont^ Liste

<1) Deade vises du Dezert. Let Arehioês histtoriqueM nationale* de Madrid (BuU hUtor, et phUol, 1899. Bibliographe moderne 1901.)

des recueils de fac-similés et des reproductions de manuscrits conservés à la Bibliothèque Nationale, Paris, 1903.)

Aux manuscrits sont joints généralement les incunables, c'est-à-dire tous les livres imprimés avant Fan 1500 (1536 d'après certains érudits) et qui présentent un in- ■ térôt particulier pour l'histoire des origines de l'imprimerie. Des catalogues spéciaux en ont été dressés cmns beaucoup de bibliothèques et depuis 1886 un inventaire de tous les incunables des biblio&èques de France est en préparation. On trouvera des bibliographies J'incu* napies citées dans la plupart des bibliographies générales. Principaux catalogues :^am, Repertorium bibliographicum. Stuttgart, 1826-1838. — Panzer^ Annales typographici, Nuremberg, 1793-1803, — Voy. Laudeet Grcesel, p. 270.

Les départements d'imprimés constituent la partie essentielle des bibliothèques publiques. On a pris maintenant partout l'excellente habitude de mettre dans les salles de lecture à la disposition du public les principaux ouvrages de références, bibliographies, collections de textes, dictionnaires, encyclopédies, biographies universelles, etc. Tous ces recueils sont d'excellents auxiliaires pour le travail historique. Citons parmi les encyclopédies le dictionnaire classique de Larousse (nouvelle édition) ; — la Grande Encyclopédie (nombreux articles bibliographiques) ; — Erschet Grùber, AUgemeine Encyelopœdia; — Enctfclopœdia britannica^ etc.. ; parmi les biographies universelles : Michaud (2^ édit. 1854), Didot et Hœfer (1842) et un certain nombre de biographies nationales: AllaemeinedeutscheBiographie^heipzig 1875-1891 . — Lesue Stephen^ Dictionary of national biography, Londres 1885. Constant von Wurzbach, Biographisches Lexicon des Kaiserthums Osterreich. Vienne, 1856-1891.

Toute bibliothèque d'imprimés devrait contenir au moins deux catalogues : 1. Catalogue des auteurs par lettre alphabétiaue ; — 2. Catalogue des ouvrages par ordre méthoaique. Malheureusement, il est loin d'en être ainsi et il faut à peu près renoncer à l'espoir de trouver de bons catalogues méthodiques, dont la confection est entourée de trop grahaes difficultés. Le

grand nombre des bibliographies générales et spéciales qui existent actuellement les rendent d'ailleurs moins utiles que le catalogue alphabétique, qui est au contraire 1 essentiel et sans l'existence auquel aucun travail utile n'est possible dans une bibliowèque. Ce catalogue existe dans toutes les bibliothèques dignes de ce nom ; malheureusement dans les grandes bibliothèques il n'est pas à la disposition du public et cet inconvénient est loin d'être atténué par les catalogués imprimés dont on a entrepris la publication. Tel est celui de la BibUothèque nationale, commencé en 1895 et qui contiendra 80 volumes de 800 pages ; il n'en est encore qu'à la lettre B et il sera devenu insuffisant avant même d'être achevé ; en revanche la Bibliothèque Nationale met à la disposition des lecteurs un catalogue sur fiches des ouvrages postérieurs à 1880. Il est donc de première importance, avant d'entreprendre un travail, de se servir des recueils de bibliographie générale ou spéciale, sans compter beaucoup sur le secours qu'offriraient les catalogues ; on évite d'ailleurs ainsi une grande perte de temps. On devra aussi faire usa^e des catalogues de thèses et écrits académiques qui sont publiés annuellement : Mourier et Deltour^ Catalogue et analyse des thèses françaises et latines admises par les Facultés des Lettres (Delalain). — Catalogue des thèses et«écrits académiques des Universités françaises (Hachette, depuis 1885). — Catalogue des dissertations et écrits académiques provenant des échanges avec les Universités étrangères, (Bibliothèque Nationale, Klincksieck, depuis 1882). Voy. pour les Catalogues de thèses étrangères Laude et GrœseU P- 276-277.

Certaines oibliothèques possèdent d'importantes galeries d'estampes qui constituent souvent les documents les plus précieux. Telle est celle de la Bibliothèque nationale. Une grande partie de ces estampes forme la série dite topographique ^ dans laquelle les estampes sont classées par départements, arrondissements et cantons. D'autres séries existent pour les pays étrangers.

Le travail historique ne se fait pas seulement dans les archives et les bibliothèques, mais aussi dans les musées, et l'on ne saurait trop engager les débutants à se

pénétrer de cette vérité qui semble banale, mais qu'it est nécessaire de proclamer de temps en temps. Il est vrai que nos musées actuels ne sont guère organisés pour ce travail ; si Ton veut par exemple avoir une idée des collections byzantines qui se trouvent conservées â Paris, il faudra successivement se rendre au Musée du Louvre, au Musée de Cluny, au Cabinet des Médailles, auMuseedesArtsdecoratifs.au Musée Dutuit, etc., et parcourir la plupart des salles de ces établissements. Mais cette difficulté ne saurait nous arrêter et il fau- J^ longtemps encore en prendre son parti. Aux musées s'ajoutent d'ailleurs les expositions rétrospectives qui offrent un si grand intérêt historique : celle du Petit-Palais, en 1900, présentait en raccourci l'histoire de l'art français. La visite des musées n'est pas seulement utile aux historiens de l'art, mais à quiconque veut éprouver l'impression vivante d'une société disparue. Quelques heures passées au musée Carnavalet, par exemple, en apprendront plus sur la Révolution que les plus savantes dissertations et nul n'aurait le droit de parler de la société du xviii* siècle sans avoir entre* pris le pèlerinage des petits appartements de Versailles et des Trianons. Les grands musées de Paris et de l'étranger ont d'ailleurs publié un certain nombre de catalogues spéciaux dont quelques-uns sont de véritables inventaires détaillés. Citons comme modèle du genre le Guide au Cabinet des Médailles de Babelon.

Les instruments de travail connus, il s'agit d'apprendre à s'en servir. Des lectures et de simples visites de monuments laissent dans l'esprit des traces trop fugitives, si les résultats n'en sont pas consignés par écrit. Avant d'entreprendre un travail historique il est donc nécessaire de disposer d'un répertoire de faits et de remarques qui serviront de bases à l'exposition.

Le procédé le plus commode est celui de la fiche, bien supérieur aux cahiers et aux r^istres dont le maniement est très difficile. L'avantage de la fiche est d'être un morceau de papier mobile que Ton peut classer successivement dans plusieurs séries suivant le travail

qu'on se propose ; en outre une même série de fiches peut être augmentée indéfiniment à la suite de nouvelles lectures, tandis que le cahier est un cadre rigide, rebelle ■à toute classification. Il faut surtout se garder ae n'attacher aucune importance à ces procédés matériels : l'historien n'est pas un personnage inspiré qui vaticine à sa fantaisie ; ses jugements n'ont de valeur que s'ils ressortent de la réalité même et les procédés qu'il emploie exercent la plus grande influence sur sa méthode.

La fiche pour être utile doit contenir un seul fait, accompagné, s'il est possible d'une date et d'une référence : ces trois éléments sont indispensables. L'étendue même que l'on donne au récit d'un fait peut varier à l'infini. L'auteur d'un manuel à l'usage des classes, par exemple, résumera en une seule fiche le récit ae la bataiUe de Waterloo ; s'il s'agit d'un Uvre un peu plus développé, chacun des diflérents moments de la bataille, chacune aes versions qui ressortent des pièces officielles ou des témoignages oculaires feront l'objet d'une fiche spéciales ; enfin si l'on veut écrire une monographie sur la bataille de Waterloo, c'est par centaines et par milliers qu'il faudra compter les fiches nécessaires à la préparation de ce travail. L'important est que chaque fiche forme un ensemble et constitue un témoignage sur un fait, si mince soit-il. Il est inutile d'ajouter que, pour être maniable, la fiche doit être de dimensions assez restreintes et que toutes les fiches doivent avoir exactement la même dimension, sans quoi la classification en est impossible. Voici d'ailleurs, à titre d'exemple, quelle peut être la disposition matérielle d'une fiche :

Le moine Bernard Persistance des fondations 870

Itinera hierosolym. de Charlemagne en

(éd. Tobler I, p. 814) Terre Sainte

Ibi habetur hospitale in quo suscipiuntur omnes qui causa devotionis ilium adeunt locum, lingua loquentes romana ; cui adjacet ecclesta in honore sanctœ Mariée, nobiHssimam habens bibliothecam studio prœdicti imperatoris cum XII mansîonibus, agris, vineis etnorto in valle Josaptiat.

II s'agit ici d'un texte historique cité in extenso : on aurait pu se contenter d'en prendre une analyse et on pourrait aussi le faire suivre d'autres fiches qui en donneraient le commentaire. Il y a d'ailleurs grand intérêt à séparer les faits proprement dits des commentaires anciens ou modernes auxquels ils ont donné lieu . La théorie ou la thèse d'un auteur moderne peut être résumée en quelques lignes : un fait au contraire doit être consigné avec tout le développement possible. Une méthode vicieuse de travail consisterait à mélanger ces deux ordres de matières et à s'interdire ainsi tout jugement personnel.

La classification des fiches a aussi une çrande importance ; il est nécessaire de constituer des séries qui correspondent aux divers éléments de la question. Dans une même série^ l'ordre chronologiaue est tout indiqué et l'on peut avoir des fiches qui se aistinguent par une couleur ou des signes spéciaux pour marquer la tète d'une série. Lorsque les séries ont été ainsi établies avec soin, on peut dire que la composition générale d'un sujet est arrêté et le travail préparatoire est bien près d'être terminé.

Enfin il est nécessaire au'un historien ait en quelque sorte sous la main des cadres tout prêts à recevoir les résultats de ses lectures et de ses recherches. Il est donc facile de constituer dans des bottes ou dans des tiroirs (c'est le mode de conservation qui prend le moins de place) de grands répertoires de fiches classées méthodiquement. Toutes les classifications peuvent être bonnes à condition d'être rigoureuses ; nous indiquerons celle qui nous parait la plus pratique : P Répertoire chronologique. Il contiendra tous les faits historiques rangés dans l'ordre chronologique et accompagnés de références et s'il y a lieu, de discussions critiques. — 2** Institutions. Ce répertoire renfermera les faits représentatifs qui expliquent le mécanisme des institutions ; les fiches pourront être classées par grandes époques, par pays, provinces, etc., ou par institutions, organisation politique, famille, institutions religieuses, militaires, etc. — 3° Histoire de l'art. Chaque fiche peut contenir la description sommaire d'un monument ou d'une de ses parties. — 4P Répertoire des sources. (Notices sur les sources

historiques, biographies d'auteurs, résumés des discussions critiques, bibkographie descollections, deséditions, des manuscrits, etc.) — 5^ Sciences auxiliaires. (Renseignements sur les méthodes des sciences auxiliaires dont on aura besoin suivant la spécialité qu'on a adoptée.) On aura ainsi des matériaux tout prêts et qu'il sera facile de tenir au courant au fur et à mesure de lectures nouvelles.

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