‹ Le travail historiqueChapitre 4 sur 8 · II. — Moyen Age · texte numérisé non relu

II. — Moyen Age

La spécialisation est devenue aujourd'hui la loi du travail historique : elle résulte des difficultés qu'offre l'étude des sources et de la nécessité d'aborder seulement après une longue éducation les catégories, très différentes par leur nature, de témoignages historiques. Il s'est donc fondé suivant la nature et l'époque des matériaux un certain nombre de disciplines spéciales qui. tout en se soumettant à la méthode générale des recherches historioues, ont en outre chacune leurs procédés particuliers d'investigation et leurs sciences auxiliaires. Il est nécessaire de les passer en revue.

Nous dirons peu de choses de la préhistoire qui relève a,utant de la g|éologie que de l'histoire proprement dite. Son domaine immense comprend toutes les sépultures

et tous les débris humains que Ton a retrouvés dans les terrains d'alluvions Quaternaires et dans les cavernes de certaines vallées dont la plus célèbre est celle de la Vézère. Sa création appartient en propre au xix* siècle : elle a révélé une humanité plus ancienne que celle qui était connue par les seuls textes historiques et des conditions de climat et d'habitabilité toutes différentes de celles d'aujourd'hui. De plus en plus les connaissances sur ces âges lointains se précisent et on a pu les grouper en période du silex éclaté (dont l'àçe du renoe est la subdivision la plus importante), période néolithique (instruments en silex poli, monuments mégaUthiques\ période de Hallstatt (âge aes métaux) et enfin période de la Tène, avec laquelle on atteint les temps historiques. On trouvera dans la revue intitulée VAnthropo^ logie d'abondants renseignements sur la bibliographie de ces questions. En France, le musée de Saint-Germainen-Laye est devenu le principal dépôt de nos antiquités préhistoriques.

De tous les domaines de l'histoire c'est peut-être celui de l'antique Orient qui a été le plus renouvelé au cours duxix® siècle. Avant l'expédition française d'Egypte en 1798, il n'était guère connu que par les auteurs classiques tels qu'Hérodote ou Diodore de Sicile ; les ruines de ses monuments n'avaient pas été explorées et on ignorait à peu près tout de sa langue, de son art, de ses religions.

La. vue des monuments égyptiens fut pour les savants qui accompagnèrent Bonaparte une véritable révélation ; malgré la brièveté de leur séjour en Orient, ils parvinrent à faire quelques fouilles et à rapporter en France quelques monuments : une partie de leur œuvre monumentale, la Description de l'Egypte^ commencée

^inscription bilingue de la pierre de Rosette, découverte en 1799. Dès lors la science nouvelle se développa, grâce aux efforts de Lepsius en Allemagne et de de Rougé en France, mais les fouilles de Mariette au Serapeum (1850-1853) vinrent donner à ses progrès une grande impulsion. Quelques chaires d'égyptologie existaient déjà au Collège de France et

dans quelques établissements scientifiques de l'Europe : des musées égyptiens furent créés au Louvre, à Lyon, à Berlin, à Turm et surtout à Boulacq, prés du Caire. Mariette fut chargé de la direction de ce dernier musée et elleest exercée aujourd'hui par Maspero, le chef actuel de la science égyptologique. Depuis 1879, une mission archéologique permanente a été créée en Egypte sous le nom d'Ecole Française du Caire et ses travaux sont consignés dans le recueil de la « Mission française archéologique du Caire ». L'Institut d'Egypte fondé autrefois par Bonaparte avait été réorganisé par Saîd. Enfin depuis leur établissement en Egypte, les Anglais ont donné aussi une grande impulsion à l'œuvre des fouilles dont les résultats sont rassemblés dans VEgypt exploration fhfind.

En même temps tous les autres domaines des civilisations orientales ont été explorés et des sociétés dont on avait complètement perdu les tracesont étéen quelque sorte ressuscitées. En 1843, Botta, consul de France à Mossoul découvrait le palais assyrien de Khorsabad ; de 1846 à 1849, le consul anglais Layard faisait connaître les ruines de Ninive dans laquelle il trouva le priais et la fameuse bibliothèque d^Assourbanipal . En 1851, Oppert relevait l'emplacement de Babylone et contribuait à créer la science de l'assyriologie. Puis ce furent les fouilles de Chàldée et de Susiane qui ont permis à l'histoire de remonter au xlv« et l* siècle avant rère chrétienne. Commencées en 1878 par de Sarzec qui découvrit le palais de Tello et les spécimens de l'art chaldéen primitif, elles ont été continuées brillamment par de Morgan (1897-1902) et plus récemment par le capitaine Gros. Une des découvertes les plus importantes fut celle de la stèle de dacite sur laquelle se trouve gravé le code d'Hammourabi, roi de Babylone vers 2.300 av. J.-C. Le texte en a été déchiffré par le Père Scheil (1). La lecture des textes cunéiformes â d'ailleurs été rendue possible par la découverte d'inscriptions en plusieurs langues ; au milieu des dialectes araméens qui constituaient la langue de l'Assyrie et de la Chaldée, Oppert a cru retrouver des traces de la

(1) Les objets 4écouverts par la mission de Morgan sont exposé» provisoirement dans une salle du Louvre.

langue des Sumériens, peuple d'origine touranienne inconnu aux auteurs classiques.

La civilisation phénicienne est connue aujourd'hui grâce aux fouilles de Renan (1860-61) dans les nécropoles de Phénicie. En outre, des débris importants de cette civilisation ont été découverts dans les tombes» étrusques, à Malte, en Sardaigne et surtout dans l'Ile de Chypre (fouilles de Palma di Cesnola en 1874 et découverte du trésor de Curium).

Avant l'établissement de la France en Tunisie, Beulé avait reconnu les remparts de Byrsa en 1859 et dès> 1879 le cardinal Lavigerie avait fondé un musée au lïouvent de Saint-Louis. C'est de cette époque que date le commencement des fouilles du père Delattre. qui continue encore aujourd'hui à rendre au jour les aébris des Qécropoles puniques. En 1881, le gouvernement français bnda le musée du Bardo et le Service des Antiquités,, iirigés successivement par de la Blanchôre et Gauckler ; a question des ports de Carthage a même été à peu près ésolue grice à la collaboration des officiers de la marine rançaise (1). En Asie Mineure une civilisation absolunent ignorée, celle des Héthéens a été retrouvée en 1862 tar Texier et Hamilton. Enfin l'Iran, dont Anquetit )uperron avait découvert les livres sacrés au xvni® siècle,. . été exploré par un grand nombre de missions franaises, anglaises et allemandes . En 1 886, M . et Mme Dieuifoy ont rapporté à Paris des fragments notables du alais d'Artaxercès à Suse, qui ornent aujourd'hui le lusée du Louvre et la mission de Morgan a été aussL es plus fécondes dans ce domaine.

Une masse considérable de matériaux a été livrée ains5 ux investigations des savants. Ce sont les monuments- 'architecture dont les ruines ont été déblayées, puis >us les objets qui remplissent les musées : statues, Bis-reliefs, gemmes (les collections de cylindres et de- Lchets sont des documents religieux de premier ordre), îjoux, peintures, poteries, etc.. Enfin les inscriptions. )nstituent une grande part de ces richesses : textes ^ptiens écrits sur papyrus, inscriptions cunéiformes^ ir les briques ou sur des blocs de diorite et de dacite,.

1) AuDOLLENT, CctHhcLQe romoinê, 1901*

toutes ont la valeur de documents d'archives et quelquefois de textes littéraires. Ce sont des hymnes d^un caractère religieux, des récits de guerre à la louange des monarques, des traités de cosmogonie ou de magie, des rapports de fonctionnaires, des contrats privés, de8 comptes, des formules d'incantations, etc. . .

Au lieu des maigres renseignements qu'il fallait glaner dans les auteurs classiques on a maintenant de ces sociétés une connaissance précise et l'on est arrivé à pénétrer au cœur de leur vie la plus intime : certaines

Eériodes de l'antiquité grecque ou latine sont moins ien connues que les époques reculées de l'histoire chaidéenne. Mais 1 étude de ce domaine de l'Orient antique est en quelque sorte hérissé de difficultés et exige un long apprentissage. La philologie et l'archéologie sont en effet les deux sciences auxiliaires qui s'y rapportent: la connaissance des principales langues orientales, hébreu, syriaque, copte, etc., est indispensable à ces études. La plupart des missions officielles ont donné lieu à des rapports importants dont on trouvera l'analyse dans V Histoire de l'Art dans l'Antiquité de Perret et Chipiez. L'Académie des Inscriptions a commencé en 1867 un Corpus Inscriptionum semitiearum qui donne les textes avec leurs traductions latines. Les ouvrages d'ensemble les plus importants sont ceux de Maspera (édition de 1900) et de Lenormant et Babelon . Il faut y ajouter la collection de monographies intitulée : Der alte Orient (Leipzig) et le Manuel d^histoire des religions de Chantepie de la Saussaye (édit. franc. , 1903). De nombreuses revues sont consacrées à l'histoire de l'Orient : Revue Egyptologique (1879), Revue d'ass^riologie et dfarenéologie orientale (1893). Consulter aussi la Revue de l'histoire des religions (1864).

Jusqu'en 1871 les connaissances que l'on possédait sur les origines de l'histoire grecque ne dépassaient pas les données de Thucydide ou d'Hérodote : l'époque héroïque était le domame exclusif de la légende. Un fervent des poèmes d'Homère devenu archéologue sur le tard, Schliemann (1822-1890) entreprit des fouilles à tous les endroits célébrés par l'épopée. Les résultats dépassèrent toute espérance. Sur la colline d'Hissarlik (1871-1890), sur l'Acropole de Mycènes (1876), à Or

chomène (1880), à Tirynthe (1885), Schliemann et après lui Dœrpfeld et Tsountas ont découvert les débris d'une civilisation que Ton crut d'abord contemporaine d'Homère et que l'on reconnut bientôt comme antérieure à l'établissement de la race hellénique dans la péninsule des Balkans. Ni le costume, ni les usages religieux ou funéraires, ni l'art de ces peuples ne ressemblaient en rien à ce qu'on trouve dans l'antiquité classique. Les fouilles de Flmders Pétries, qui a retrouvé en Egypte des objets d'art mycénien, et surtout celles de Crète (Evans à Cnosse, 1900-1902, Halbherr et la mission italienne à Phœstos depuis 1901) ont jeté un jour nouveau sur cette civilisation mystérieuse que l'on est convenu d'appeler, faute de mieux, « la civilisation égéenne ». Les découvertes de Schliemann n'en avaient révélé que la basse période : on connaît maintenant, grâce aux trésors artistiques découverts au Labyrinthe de Cnosse l'époque de sa pleine floraison entre le xx® et le xvm® siècle ; un très grand nombre d'inscriptions en caractères inconnus, mais sans analogie avec les lettres de l'alphabet phénicien ont été trouvées en Crète. La théorie d'après laquelle les Phéniciens ont civilisé le bassin de la Méditerranée apparaît comme trop étroite et les découvertes d'Evans ont renforcé les arguments de la thèse vraiment divinatrice de S. Reinach sur le Mirage oriental. {Anthropologie, 1893. Voy. du même auteur : La Représentation du galop dans l'art ancien et moderne. Revue archéologique y tomes 36 à 39.) Les résultats de ces fouilles sont exposés dans les publications de Schliemann sur Troie, Mycènes, Tirynthe (traduits en français). Les objets découverts ont été déposés au musée d'Athènes. Pour les fouilles d'Evans consulter les publications de l'Ecole anglaise d'Athènes (exposés généraux de S. Reinach dans V Anthropologie, et ae Pottier, Revue de Paris, 1902). Consulter aussi : Perrot: Histoire de PArty t. VI, et Furtwœngler. Die antiken Gemmen, 1900.

L'histoire de l'antiquité classique comprend la période d'activité des races grecques et latines et la formation de l'empire romain qui englobe dans la môme domination la plus grande partie des pays orientaux de civili-

LB TRAVAIL BISTOBIQUB 3

sation antique et les pays nouveaux de l'Europe occidentale et centrale. Grâce aux découvertes faites dans le domaine oriental, cette histoire n'est plus isolée comme elle Tétait auparavant et la théorie de lauto-i nomie absolue de la culture gréco-latine paraît défini- *' tivement ruinée. D'autre part les fouilles entreprises dans le domaine môme de 1 antiquité classique ont produit les résultats les plus féconds. Dans les pays grecs Factede vandalisme d!e lord Elgin (1816) attira rattenlion sur les sculptures du Parthénon et on apprit à connaître un art classique un peu différent des œuvres de basse époque qui avaient été regardées jusque-là comme Fexpression suprême du beau. En 1829, une expédition française découvrait les métopes du temple d'Otympie. En 1836, Pittakis dégageait les Propylées, mais ce fut surtout dans la deuxième moitié du xix® siècle qu'on obtint des résultats. Les fouilles les plus importantes sont celles de l'Ecole allemande d'Athènes à Olympia (1875-1881) et de l'Ecole française d'Athènes à Délos (1876) et surtout à Delphes (depuis 1898). En Asie- Mineure, on a retrouvé les ruines du Didymœon et on continue chaque jour à déblayer Pergame et Ephèse. Tous les endroits célèbres dans l'antiquité ont été retournés par la pioche. Aujourd'hui, chacune des anciennes provinces de l'empire romain est devenue un centre important de découvertes.

Des nécropoles d'époque ptolémaîque et romaine ont été retrouvées en Egypte, principalement à Antinoé et à Achmin-Panopolis (fouilles de Gayet). Une mission autrichienne a découvert au centre de l'Asie-Mineure des monuments chrétiens d'une très ancienne époque (voy. les travaux de Strzygowski), tandis que les basiliques de la Syrie centrale avaient été explorées par M. de Vogué. En Italie, Pompéi, Herculanum, Boscoreale et les catacombes de Rome sont toujours les centres de découvertes les plus importants. De Rossi (1822-1894) a renouvelé entièrement la connaissance des cimetières chrétiens. Le gouvernement italien a fait déblayer le Forum où ont lieu chaque jour de nouvelles découvertes ; les tombes étrusques de Villanova, Co^ neto, Vulci (Gsell, en 1889), etc., ont été explorées. Dans l'Afrique française on a retrouvé des villes de

l'époque romaine, Timgad, Lambèse presque entièrement conservées. Les antiquités ibériques ont été étudiées par M. Pierre Paris dont les découvertes à Ëlché et au Cerro de los Santos ont révélé un art gréco-phénicien des plus étranges. Enfin en France, sur le territoire de l'ancienne Gaule, en Allemagne, dans les pays rhénans, en Angleterre même, les restes de la civilisation romaine et des sociétés antérieures à la conquête romaine sont apparus de tous côtés : il n'existe pour ainsi dire aucun département français où l'on n'ait fait des découvertes importantes.

Cet immense effort accompli au xix® siècle a renouvelé entièrement l'étude de l'antiquité classique et Ton dispose aujourd'hui pour l'étudier de sources incomparablement plus riches qu'autrefois. Au premier rang se placent toujours les auteurs classiques : leurs textes ont été établis dès le xvi« siècle, mais grâce aux progrès de la philologie et de la critique historique, et à la suite des découvertes, ils ont été considérablement améliorés. Aujourd'hui encore les papyrus que l'on trouve chaque jour dans les tombes égyptiennes apportent de nouveaux éléments à la critique des textes : quelques ouvrages perdus, les discours d'Hypéride, les mimes d'Hérondas, la Constitution d'Athènes d'Aristote, les poésies de Bacchylides et de Timothée et tout récemment des fragments de Ménandre ont même été ainsi retrouvés. Depuis longtemps les auteurs classiques sont groupés en bibliothèques d'un usage commode. Citons les collections de Didot (auteurs grecs), Lemaire (auteurs latins), Teubner (auteurs grecs et latins), le Corpus Scripto^ rumeceleaiaaticorum latinorum del' Académie devienne, la collection Hemmer et Lejay (textes et documents pour l'étude du christianisme), celle de Gebhardt et Rornsick {Texte und Untersucnungen zur Gesehichte der alichrisiliehen Uileratur)^ etc... La philologie, la paléographie et la critique des textes sont les principales sciences auxiliaires nécessaires à l'étude des auteurs antiques. (Voy. Reinach, Manuel de philologie. — Gow et Reinach, -Mmerra. — Gardthausen, Griechische Pakeographie, et l'abrégé de Cucuel : Eléments de paléographie grecque* — ChampoUion. Paléographie des classiques latins^ 1839. — Châtelain. Paléo-

graphie des classiques latins. 1884-1900. 2 vol.).

Les inscriptions, dont on possède maintenant un nombre prodigieux, et gui sont conservées sur des tablettes de marbre, de pierre ou de bronze forment la source la plus nouvelle de l'histoire de l'antiquité. Ce sont des actes officiels ou privés, textes législatifs, traités entre des peuples, dédicaces honorifiques, contrats, testaments, formules magiques, etc. ; leur étude constitue la science auxiliaire de l'épiçraplue. L'Académie de Berlin a entrepris d'en éditer la collection complète. Elle a publié le Corpus Inseriptionum grœearam, 4 V., 1828-1858. (Une réédition de cet ouvrage dans laquelle les inscriptions sont placées dans l'ordre géographique a été commencée en 1873 : elle est aujourd'hui presque achevée.) — Le Corpus inseriptionum latinarum (depuis 1861 sous la direction Mommsen) comprend aujourd'hui 15 volumes. Les inscriptions chrétiennes de Rome ont été publiées par de Rossi, 1861- 1888, celles d'Espagne par Hûbner (1900), celles de Gaule par Le Blant, 1856 et 1891. Consulter aussi: Audollen t, Z)e^a?wnM/n tabellœ 1^0^ fformules d'incantation recueillies sur des lamelles de plomb). En outre un certain nombre de revues rendent compte des nouvelles découvertes épigraphiques : Epkemeris epigraphiea, Rome et Berlin — et les organes des missions archéologiques permanentes : Bulletin de correspond danee hellénique (Ecole française d'Athènes). Mélanges d'archéologie et d'histoire (Ecole française de Rome). Journal of hellenie Studies (Ecole anglaise d'Athènes) — Mittheilungen des deutsehen Kaiserlichen Instituts 1 . Athenische Abtheilung — 2. Rômische Abtheilung, Les meilleurs manuels d'épigraphie sont ceux da S. Reinach (Traité d'épigrapnie grecque, 1885) et da Cagnat (Cours d'épiçraphie latine. 2® m. 1889).

Les paçyrus égyptiens sont venus apporter à l'hiatoire ancienne des éléments absolument nouveaux: c'est de ce côté qu'ont lieu à l'heure actuelle les plus belles découvertes. De temps immémorial la tomba égyptienne était le centre religieux dans lequel chaque famille conservait ses richesses, ses plus précieux sou* venirs et même ses archives : les Egyptiens restèrent fidèles à cet usage à l'époque gréco- romaine et aprM

leur conversion au chrîstîanîsisie. C'est ce qui explique que les tombes de cette époque aient fourni une contribution si importante à 1 histoire de l'Egypte sous les Ptolémées et la domination romaine. Il a fallu pour mettre en œuvre ces documents inattendus fonder une nouvelle science auxiliaire, la papyrologie qui en est encore à ses débuts. Elle a pour objet le déchiffrement et l'explication des papyrus et, à ce titre elle relève à la fois de la paléographie, de la philologie (plusieurs papyrus sont en égyptien démoticjue, d'autres en un grec à moitié populaire) et de la diplomatique. Les matériaux ainsi découverts sont de véritables docur ments d'archives: on y trouve des correspondances administratives, .des suppliques, des procès-verbaux de jugements, des textes de lois, des contrats de vente, d'échanges ou d'affranchissements, des testaments, etc. Dans certaines tombes de Tebtunis on a trouvé les archives presaue complètes d'un diœcète ou gouverneur de district à la fin du ii® siècle avant Jésus-Christ. Malheureusement les richesses ainsi recueillies ne sont pas groupées comme les inscriptions en un Corpus, mais elles forment des recueils séparés qui représentent les di fférentes collections de papyrus : Papyrus du Louvre (Brunet de Presle. Notice et extraits des manU" scrits, XVIII. L'auteur est un des premiers fondateurs de la papyrologie) ; Papyrus de Turin, collection Drovetti {Peyron,l826-1827) ;Pap^ra«rfeZ^^(fe(Leemansl843) ; Papyrus du Louore et du British muséum (Révillout et Eisenlohv. Paris, 1885-1888) ; CoUeetion de l'arehidue Rainier d'Autriche {Wessely, Vienne, 1895) ; Papyrus du British Muséum (Kenyon, Londres 1898) ; Collection Flinders Pétries (Mahaflfy, Dublin 1891-1894) ; Fonds d^Oxyrhyncos (Grenfell et Hunt, Londres et New-York, 1898) ; Fonds de Tebtunis (id., 1902) ; Papyrus de fier/m (depuis \^(S) \ coUection Th, Reinach (Pa,n9j 1905) ; Un excellent périodique, VArehiofàr Papyrus^ forsehung a été fondé à Leipzig en 1900. Consulter aussi le recueil de Wessely, Studien zur Palœographie und Papyrusurkunde, Leipzig (depuis 1901) et les bulletins papyrologiques de la itevue des Etudes grec* ques (E. Ôourguetjet de la Revue des Etudes Aneienn^M (P. Jouguet).

A la différence de la papyrologie, la numismatique est une science très ancienne et c'est à la fin du moyen âge que se constituent les premiers médaillers (collection de Jean duc de Berry, de Pétrarque, etc.). A partir de la Renaissance non seulement les princes, mais tous les seigneurs de quelque importance eurent leurs collections de monnaies antiques qui excitèrent d'abord un simple intérêt de curiosité, mais dont on ne tarda pas à voir toute l'importance historique. La monnaie en effet avait dans l'antiquité, en dehors de sa valeur économique, le rôle que jouent dans nos sociétés les médailles commémoratives. Les monnaies fournissent en outre des dates, des titres officiels, des représentations de costumes, des symboles religieux, etc. Certaines époques de l'empire romain, le lu® siècle par exemple, mal partagées en chroniqueurs, ne sont guère connues que par des inscriptions et des monnaies. Les dépôts monétaires que l'on trouve un peu {)artout permettent de reconstituer la marche de l'invasion barbare à la même époque. Le Cabinet impérial de Vienne oXh Cabinet des médailles de France (voy. le Guide de Babelon) comptent parmi les plus anciennes collections de monnaies antiques : celui de Berlin a pris aussi une grande importance. Il existe des revues spéciales de numismatique dans pres(][ue tous les pays: citons la Revue française de Numismatique^ fondée en 1836. Principaux recueils ou manuels : Babelon : Traité des monnaies greequesetromainesl^ 1901 . — De Barthélémy, Manuel de Numismatique ancienne* — Ëckel, Z>Otf^ma nummorum veierum. Vienne, 1792-1798, 8 v. (l'auteur était directeur du cabinet de Vienne) — Lenormant, La Monnaie dans l'antiquitéy 1878-1879. 6 v. — Cohen, Description générale des monnaies de la République romaine^ 1857, et Médailles impériales^ 7 v., 1859-1868 (éd.Feuardentl892). — Mommsen. Histoire de la monnaie romaine, 1860 (trad. franc, de Blacas. 4 v., 1865-1 870). Th. lEL&tn^jàiyVHistoireparla monnaie, 1902. Enfin les monuments de tout genre, débris. d'architecture, sculpture, peinture, poteries, bijoux, armes, verrerie, étoffes, etc., ne sont pas la source la moins importante de l'histoire ancienne : ils forment le domaine de l'archéologie qui tient ici la même place

que dans Pétude deTOrient. La plupart des missions ont donné lieu à des publications très importantes, mais souvent peu accessibles. On trouve maintenant dans tous les pays des études systématiques. Citons : Perrot et Chipiez, Histoire de l'art dans V Antiquité (depuis 1181, 8 v.) ; Collîgnon^ Histoire de la sculpture à

grecque \ Martha, Archéologie étrusque et romaine^ et les manuels d'histoire de l'art de l'ancienne collection Quantin. Parmi les périodiques: Revue Archéologique et tous les recueils déjà cités, publiés par les écoles européennes d'Athènes et de Rome. Pour Farchéologie chrétienne : Bulletino di Archeologia eristiana^ continué par hNuovoBuUetino {îonàé pardeRossi en 1863) Rômische Quartalsehrift (Rome depuis 1886).

Telles sont les principales espèces de sources qui permettent T étude de la civilisation antique : aux catégories déjà citées, M. JulUan voudrait ajouter la topo* nomastique, c'est-à-dire l'étude des renseignements historiaues que fournissent les noms de lieu, et il préconise la formation d'un Corpus topographieum orbis antiqui (1).

A côté des recueils que nous avons déjà cités, il faut connaître aussi les manuels et périodiques généraux qui intéressent l'ensemble de la culture antique :

Bibliographie périodique : Bursian, lahresberiehte ùber die Fortschritte der Klassiehen Altertumswissenschaft. Leipzig (depuis 1872), analyses de travaux et bibliographies.

Manuels : Iwan von Mûller, Handbuch der Klassis^ chen Altertumswissenehaft in systemàhieher Darsiellung^ Munich. (Cette collection comprend une série de manuels scientifiques qui embrassent toutes les provinces du domaine antique, philologie, histoire, littérature, épigraphie, etc... S. Reinach. Manuel de Philologie^ l*"* édit., 1880, et Minerva^ 1890. Mommsem et Marquardt. — Manuel des Antiquités romaines^ trad. franc. Humbert.

Revues. — Publications des écoles archéologiques d'Athènes et de Rome déjà citées. — Revue de PhiUn ^ogie (1887). — Revue des études grecques (1888).

(1) JuLUAN, Beitrâge êur aUen GetcMohte, n.

— - Revue des études aneiennes (Université deBordeaux, 1899). — Hermès (1866). — Rheinisehes Muséum^ Bonn (1826). — BeitraegezuraltenGesehiéhte^ fondéeen 1900 par Lehman (revue spéciale d'histoire ancienne). Dictionnaires. Rich. Dictionnaire des antiquités romaines et grecques, Paris, 1873. — Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités (en cours dç publication). — Baumeister, Denkmaeler des Klassiehen Altertums^ 3 vol. Munich, 1899. — Dom Cabrol, Dictionnaire d^arehéologie et de liturgie chrétiennes (en cours de publication!)

Page 1