DE LA MÉTHODE DANS LES DIVEHSES DISCIPLINES
fleurit et l'abus des fiches. Le triomphe du système ce sont ces grosses entreprises historiques où sous la direction d'un historien connu, chacun, suivant sa compétence, écrit un chapitre. Que peut-il sortir d'une pareille confusion ? Le culte du fait c'est le culte du ^ahmatias et del'incohérence. GeTfui m intéresse c'est la recherche des causes et malheureusement en histoire il n'y a guère de lois établies. Les hypothèses fécondes y sont rares, parce que la nécessité pour l'étudiant d'apprendre l'histoire et la géographie universelles émiette et pulvérise les esprits. Si comme je le crois les grandes hypothèses fécondes qui font un savant, un créateur^ sont le fruit des années de méditation qui précédent la trentaine, Fagrégation, avec ses exigences déraisonnables d'érudition universelle, donc superficielle et stérilisante, empêche la lente maturation des esprits originaux. Elle tend à favoriser Tindigeste acquisition des connaissances telles quelles et à éteindre l'esprit critique et la puissance créatrice de la pensée. Elle favorise les esprits médiocres, et aujourd'hui que nos historiens découvrent que la guerre était inévitable, nous pouvons bioii constater qu'ils ne l'avaient pas découvert avant 1914.
Ce qu'il importerait de développer chez nos futurs pi*ofcsseurs d'histoire, c'est donc moins l'érudition à laquelle ils ne sont que trop enclins, que le sens hUiorique^ très voisin du sens psychologique. Les événements historiques devraient être sentis comme les événements de notre âme. Les misères et les triomphes de nos ancêtres sont nos propres misères et nos propres triomplies. Nous ne pouvons juger sainement des événements historiques si nous ne nous connaissons bien nous-mêmes, puisque c'est en nous seuls que noïfs avons l'expérience des sentiments éternels de la nature humaine. Par exemple, la liberté de penser me paraît indispensal)le pour le progrès des sociétés, parce que je
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sais par expérience combien cette liberté est indispenfeable à mon progrès moral. D'autre part, si l'on perd de vue les réalités, il y a danger d'entrer dans les domaines illimités de la folie. Le problème de la distinction de la liberté et de la licence, nous devons l'avoir résolu pour notre cas personnel avant de pouvoir comprendre la lutte dans l'histoire du principe d'autorité et du principe de liberté. Nous voyons en nousmêmes que l'entrée dans la déraison ne peut êtreempêchée que par une éducation très attentive aux lois des choses, par une éducation très forte de l'esprit critique, c'est-à-dire du sens de V efficacité. Par exemple, nous ne pouvons que trembler pour les destinées de Rome quand nous savons que les hautes classes du temps de Gicéron recevaient une éducation de rhéteurs pour qui ni la vérité, ni les faits n'étaient la chose principale. Aucun des esprits dirigeants d'alors ne comprit le danger terrible que faisait courir à la République la présence à Rome de 280.000 esclaves démoralisés parce qu'ils étaient arrachés à leur patrie, à leur travail, à leur famille et qu'ils étaient sans espoir. Bientôt les massacres des guerres civiles, achevant l'œuvre des guerres de frontières allaient supprimer tous le» hommes de valeur qui disparurent sans avoir élaboré, en remplacement d'une religion abandonnée, un corps de doctrines politiques et morales : de la sorte, après les guerres civiles, personne ne sut plus pourquoi il vivait. Chacun fat livré à ses instincts. Or, livré à ses instincts sans une ferme contrainte juridique, l'homme devient cruel et destructeur. Les forts oppriment et J exploitent les faibles.
Ce qui vaut la peine d'être rapporté dans l'histoire n'est que la lutte des opprimés pour la conquête de plus de justice et pour une vie spirituelle plus haute. La terrible guerre actuelle donne un sens à la totalité de l'histoire : le reste des événements, dont les livres