LA SUPÉRIORITÉ CEST DK BIEN EMPLOYER CE QUE ÏU AS
d'un capitaine, il perdait la bataille qu'un chef eût gagnée.
C'est qu'il faut des mois de méditations tranquilles pour découvrir les réformes efficaces et même pour imaginer la plus petite modification heureuse qui augmentera le rende^aent du travail : souvenons-nous du prieur qui alla dénoncer au duc les « flâneries » de Léonard de Vinci I
Nulle part il n'y aplus de pseudo-travail et de pseudointelligence que dans les administrations.
Un chef qui dirige apporte à son travail une méthode harmonieuse, un ordre parfait et un sensjde ce que les Anglais appellent efficiencj/i qui n'est que la claire aperception que pour- produire tel effet, il faut trouver, puis vouloir la cause. Au fond, c'est le sens profond de la causalité qui fait les esprits supérieurs et les distingue des brouillons. Le premier moment, c'est donc de | discerner les causes efficientes, qiionne découvre jamais \ dans son bureau^ mais seulement au contact des réalités j et de ceux qui les vivent. Quand on les a découvertes, il faut vouloir énergiquement, persévéramment, opiniâ- 1 trément qu'elles donnent leurs pleines conséquences.Jj f Ici, donc, comme dans tout travail réel, la sagesse * est de discerner le point essentiel, de ne plus s'en laisser distraire, de façon à faire l'unité de ses forces cérébrales, et de ne pas galvauder son énergie à des besognes que d'autres feront mieux que Yi0Vis\luregere tmperio populos,,, ^
"h LA SUPÉRIORITÉ g'eST DE BIEN EMPLOYER CE QUE TU AS
La conclusion de ce chapitre c'est que la véritable supériorité est formée des éléments que tout enfant dintelligence moyenne trouve dans son berceau. A part quelques musiciens et quelques mathématiciens dont
ii> DE LA MÉTHODE DANS LES DIVERSES DISCIPLINES
on cite des exemples de précocité sans doute exagérés par les panégyristes amis du merveilleux, la supériorité •'utellectuelic et le génie ne sont qu'une longue patience, ^^es grands hommes ont eu une foi robuste dans l'effi- / sacité souveraine du travail et de bonne heure ils ont découvert la puissance de l'ordre. Ils n'ont pas divisé leurs forces comme les généraux qui se font battre et comme les hommes qui avec tous les dons de l'intelligence, avortent. De bonne heure, ils ont été sauvés du découragement par le vif sentiment de la présence de cet ange gardien que nous avons appelé Y Incorruptible Comptable. Ils ont eu la chance de discerner que le temps n'est pas seulement une puissance de dissolution et de destruction qui accumule les ruines. Sphynx redoutable, le temps dévore ceux qui ne savent résoudre l'énigme qu'il pose aux passants. Les grands hommes Tout résolue : ils ont deviné qu'il suffisait de ne pas aborder le monstre avec crainte, qu'il fallait aller à lui en souriant et lui faire confiance.
Aux regards distraits, le temps dans sa course paraît semblable aux hordes d'Attila, qui détruisent tout sur leur passage, mais celui qui observe, s'aperçoit qu'il ne détruit pas ce qu'on a édifié en* respectant ses lois. Les grands hommes ont discerné ce qu'il respecte et ce qu'il ne respecte pas, et en obéissant à ses lois, ils ont fait bAtir par cette puissance de destruction l'édifice de leur supériorité intellectuelle ! De même que nous avons amadoué le tonnerre sauvage et que nous l'avons attelé à nos machines, de même les hommes de génie séduisent la puissance indomptable du temps et ils la font travailler pour eux. /' Confiance dans la fécondité de l'ordre et du travail ; confiance dans la collaboration du temps, le talent et le génie n'ont pas d'autre secret. En ce sens, il est vrai de (hre que le génie n'est qu'une longue patience. .
CONGLUSIÛIM
tE CHOIX d'hercule
Le Laccalauréat passé, le jeune homme qui jusqaaiors a été encadré, guidé, stimulé, se trouve tout à coup dans une grande ville, étudiant isolé, livré à ses propres forces. Moment redoutable! Il est d'abord comme enivré d'une liberté nouvelle pour lui : il n'a pas conscience de la rapidité avec laquelle le temps fuit ni du privilège précieux que représentent pour lui quelques années d'études désintéressées qu'il ne retrouvera plus jamais. Tandis que les jeunes gens de son âge doivent gagner leur vie, lui, enfant gâté de la destinée, n'a qu'à songer à l'enrichissement de son esprit et de son âme. Au lieu que tout de suite il subisse le contact des dures réalités de la vie matérielle, on ne lui demande que de vivre dans l'intimité des savants et des penseurs qui sont l'élite de l'humanité.
Mais il a dès les premiers jours à faire son choix d'Hercule, choix d'une importance décisive entre deux conceptions du travail : de ce choix dépendra sa destinée.
La foule des étudiants irréfléchis livrent leur vie intellectuelle au hasard. Ils n'ont pas évolué et ils ont les tares des peuples enfants : violents, impatients,
2o6 , LU.NLLLïiON
imprévoyants, gaspilleurs^ ils vivent enfermés dans le présent. Ils s'en remettent, pour le gouvernement de leur vie, aux événements et aux directions de rencontre. Ils suivent des cours, prennent des notes, au hasard des emplois du temps, sans consulter leurs aptitudes propres. On pourrait dire de beaucoup d'étudiants qu'ils sont des machines a prendre des notes. Prendre des notes, ce n'est pas travailler. C'est une espèce de récitation ser^ile de la leçon du maître qui, souvent, récite hii-même ses livres. On n'apprend ].as en étant passif, on n'apprend qu'en agissant, en travaillant activement. Une façon passive d'écouter et de retenir n'est que du pseudo-travail, et ne peut conduire qu*à une vie intellectuelle médiocre.
Ce n'est pas dans cette voie que s'engage rétud?ar.t qui a nlédité notre livre. Il refuse résolument de livrer sa vie au hasard. Il ressent comme une offense qu'on l'en croie capable. Il ne veut pas être le jouet des circonstances ni de ses maîtres. C'est une forme de ser^vitude qui lui répugne. Il veut être un homme libre, indépendant, et accomplir ce pourquoi il est fait. Il est apte à prendre nettement conscience de lui-même, à concentrer ses énergies, à se réaliser, à développer sa personnalité, à élever jusqu'à la pleine clarté les tendances qui dorment obscures en lui et à produire une lente synthèse de sa sensibilité et de sa raison.
Peut-être le bouillonnement de ses jeunes énergies l'empêche-t-il de faire ce qu'il veut, mais il sait qu'il peut, avec de la patience et de l'esprit de suite, marcher ^ à la conquête de sa propre liberté.
^ « Quoiqu'on ne puisse point vouloir ce qu'on veut, on peut pourtant faire en sorte par avance qu'on juge ou veuille avec le temps ce qu'on souhaiterait de pouvoir vouloir ,ou juger anjourdluii. On s'altaclie aux personnes, aux lectures et aux conditions favorables à un certain parti, on ne donne point attention à ce qui vient