LE PLAISIU PROFOND DE L'ÉNERGIE
cette intime volupté de l'énergie qui se déploie ; tant que nous n'en avons pas goûté la sensation savoureuse et pleine, il n'y a rien de fait.
Ecoutez les profanes condamner, à propos de quel- T]ue catastrophe, l'absurdité des. escalades dans les Alpes, et vous comprendrez combien notre vie de citadins aux muscles atrophiés et combien notre éducation tout intellectuelle a détourné l'attention des joies intenses de l'énergie. En majorité les touristes ne font une ascension que soutenus par la vanité et pour pouvoir raconter leur exploits. Ceux-là ne seront jamais^ comme ïartarin, que des touristes pour journaux amusants.
* Le montagnard, pendant la rude montée dans l'air glacial de l'aube, éprouve une joie austère, stoïque, mais profonde, celle de se sentir maître de lui. Un sen- Siment de puissance qui est le plus intense de 1 ame, provient du mépris tranquille des premières protestations de l'estomac, du cœur et des muscles violentés et de la peau qui craint la bise du glacier. Bientôt le rythme de la respiration et du cœur se régularise, et on éprouve une véritable ivresse physique, une allégresse de santé, de vigueur, de légèreté. Sur ce fonds surgissent les impressions de splendeur que procurent les grands horizons et les précipices sublimes. Un enthousiasme puissant s'allume, et de même qu'une cloche continue à vibrer* longtemps après le dernier coup de battant, l'âme garde pendant des semaines sa vigueur accrue.
Le travail intellectuel, dans ses moments d'exaltation donne un sentiment de joie analogue. Celui qui travaille en vue d'une récompense, du succès d'un examen, ne se doute pas de la valeur de cette récompense intime. Mais celui qui, comme le grimpeur, accomplit de tout son cœur les efforts nécessaires, qui néglige les premières protestations de la «bête » rétive qu'est
le corps et les habitudes dissipées de l'esprit, est bientôt payé de son courage par une allégresse profonde, par un sentiment de puissance qui s'ajoute à l'acte « comme à la jeunesse sa fleur ».
l'excitant normal de la V0L0.N7IÏ
Aux natures saines le travail loyal apporte un stimulant qui provient du fonctionnement parfait des facultés intellectuelles. L'étudiant de volonté molle n'arrive jamais à cette sensation du travail fait en se jouant, car il faut, pour la mériter, aborder la tâche avec confiance et franchir avec entrain les difficultés qui se présentent, Le véritable excitant de la volonté, c*^t Tetfort vigoureux.
Le désir d'agir a sa source au plus profond de nous : la vie a besoin de se dépenser et ce besoin grandit avec la quantité et la qualité de l'énergie : l'inaction est la pire des soulïrances. Il n'y a qu'à regarder un enfant bien portant : il fait dans sa journée en jouant une dépense de forces prodigieuse, parce qu'agir est une nécessité dont la satisfaction donne de la joie. Aussi, quand l'élève connaîtra par sa propre expérience l'allégresse de la pleine énergie de la pensée, il n'aura plus besoin d'excitations artificielles. Mais il faut que les études que nous lui imposons soient le prolongement des tendances naturelles à agir. Pour réaliser cette condition, il faut se donner la peine d'étudier les besoins de l'enfant, ses désirs, ses inclinations, la nature de ses énergies en puissance, afin d'adapter l'étude de sorte qu'elle donne satisfaction aux forces latentes, qu'elle eu soit l'épanouissement.
Par exemple, l'enfant aura de l'appétit pour la géométrie s'il comprend que, grâce à elle, il pourra fabriquer facilement une boîte ou un abat-jour dont il a envie, mesurer le cubage d'air de sa chambre, la con-