L'EXGITANÏ NORMAL DE LA VOLONTE
tenance eu ares du jardin, et eu litres du bassiu et mesurer la hauteur d'un arbre inaccessible, d'une maison, d'une colline et tout aussi simplement plus tard la distance d'une planète.
La jeune fille se passionnera pour la physique quand elle comprendra que dans tous les actes de sa vie quotidienne, elle en applique les lois : quand elle ouvre le robinet pour emplir un broc, c'est en conséquence de la loi des vases communiquants. N'est-ce pas devant la vapeur qui soulevait le couvercle de la marmite que Papin eut la brusque intuition qu'il y avait là une force à capter ?
J'ai vu des professeurs scandalisés qu'on ravalât leur science à la vie quotidienne, qu'elle devrait pénétrer et ennoblir et j'ai raconté ailleurs comment dans une classe où l'on étudiait la lampe des mineurs, un élève, sous les yeux du maître, essayait vainement d'allumer du petit bois à travers une grille, sans songer qu'il prouvait ainsi qu'il n'avait pas compris le principe de la lampe de Davy.
Quand un enfant saura ^'ue c'est pour le mettre à même d'exprimer sa pensée qu'il doit d'abord apprendre à construire logiquement une phrase, puis un paragraphe, il se donnera de tout cœur à un exercice de style.
On le voit, il est nécessaire que l'enfant comprenne . que le travail qu'on lui demande est un moyen de permettre à sa jeune énergie d'accomplir les actes auxquels elle aspire — mais de la satisfaction de ses tendances par le travail, il faut que l'expérience soit personnelle, et la sensation directe.
Il est possible d'amener l'enfant à analyser ce qui se passe en lui. Il le faut pour qu'il discerne ses joies intérieures et qu'il les amplifie par l'attention qu'il leur accorde, car toute sensation devient plus nette et gagne en énergie dès qu'on la maintient dans la lumière de l'attentioa.
Nous nous arrêterons plus tard sur ce qui se passe dans la demi-obscurité de la conscience, car beaucoup d'étudiants, par distraction, sont victimes de suggestions mensongères qu'ils acceptent. Comment se méfier de sa propre conscience ? Cependant, chaque suggesjtion cherche à s'en emparer et à s'imposer à Tattention.
Il est principalement une sensation quidevientppjirimante si on s'y arrête : cjsst la sensation de /fatigue^
/sensation dangereuse, véritable tentation du cMabler^ 11 faut l'écarter quand elle se présente : si on l'écoute on succombe et on cesse le travail.
Combien de fois, au cours d'une excursion difficile cette sensation ne se présente-t-elle pas impérieuse Cependant, si on la néglige, on est étonné" des réserves de forces que l'on trouve au fond de soi-même C'est que la « bête » qui n'aime pas TefTort est une rusée coquine : elle frappe à la porte de la conscience elle n'en peut plus^ elle crie grâce I
Mais elle ment et la preuve, c'est que si on refuse d'écouter son mensonge, elle est contrainte de montrer qu'elle, a des forces considérables en réserve, qu'elle essayait je dissimuler!
Il en est de même dans le travail intellectuel. Quel faible parti tirons-nous de nous-même en comparaison de ce que nous pourrions faire ! Mais cette insidieuse suggestion de fatigue se glisse dans la conscience et comme nous ne demandons qu'un prétexte plausible pour cesser le travail, nous accueillons cette tartulie qui nous chasse bientôt de chez nous.
Au contraire, nous verrons que si, avec obstination, ' nous refusons de la recevoir, peu à peu nous découvrojis en nous comme des sources de plus en plus riches d'énergie.
De même que dans rorlains terrains il faut creuser profond le puits artésien pour que l'eau jaillisse, de
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nieme nous devons parfois creuser à travers des sug- .lestions épaisses de fatigue, pour descendre jusqu'aux sources vives de l'énergie. Elle jaillit alors. C'est à cette nappe souterraine que la jeune femme anémique et dolente descend puiser pour danser toute une nuit sans fatigue, elle que le moindre effort exténue. C'est à cette nappe que les malades de la volonté, incapables d'une décision, doiyent d'accomplir, sous le coup d'une émotion, un acte d'héroïsme qui les surprend eux-mêmes!
Mais les émotions subites, qui peuvent faire jaillir les sources profondes d'énergie, n'ont qu'une influence momentanée : bientôt le neurasthénique retombe, accablé par ses sensations menteuses d'impuissance, qu'il accepfe.
Aussi est-il important que nous décidions de toujours descendre en nous-mêmes jusqu'à la source vive d'énergie. Ne comptons ni sur les émotions, peu durables, ni sur les excitants extérieurs : celions que la volonté est le seul excitant permanent. C'est par de mauvaises habitudes que nous nous tenons en deçà des disponibilités de notre énergie. Dans nos moments de pleine vigueur, nous devons pour ainsi dire marquer le niveau de notre énergie et ensuite nous ne devons jamais admettre qu'elle puisse descendre trop au-dessous du niveau supérieur et jamais ^à l'étiage. Souvent on fai d'excellent travail quand on l'a commencé sous un impression de fatigue : c'est que nous n'avons qu'un moyen de vérifier si cette impression est une suggestion menteuse ou non : agir. Seule l'action nous renseigne sur le contenu véHtnb1f> dp. nr>f.pp r.nnc.cience.
Quand nous abordons un travail, commençons-le avec la certitude du succès. N'admettons pas un instant la possibilité de l'échec et allons-y avec ardeur et avec loyauté. Alors nous n'accepterons plus qu'une effrontée sensation de fatigue groupe autour d'elle,
avec notre complicité plus ou moins hypocrite, toute une coalition de sentiments et d'idées « défaitistes ». Cette coalition ne pourra se former si, dans l'attaque du travail, nous abordons l'obstacle avec décision ei avec confiance.
I D'ailleurs ce n'est jamais pendant le travail que l'effort nous parait pénible : c'est avant et après. Après parce qu'il peut y avoir fatigue réelle ; avant, à cause de l'elTort de mise en train qui exige que nous pensions à ce que nous devons faire. C'est cet effort d'attention préliminaire qui est difficile. Mais dès qu'on est à son travail, on est absorbé par lui.
C'est que le travail est une lutte passionnante, comme toute lutte, et il a quelque analogie avec la bravoure. Proudhon Fassimile à la guerre^ ce qui est vrai des métiers dangereux où l'on frôle à chaque instant la mort, mais qui ne l'est pas du travail intellectuel. Toutefois, le péril mis à part, la guerre actuelle est faite de longue patience, d'indilierence stoïque à la souffrance, aux privations, aux contrariétés. Ce sont les vertus même du travailleur intellectuel consciencieux : solitude, silence, mépris impassible pour les protestations du corps humilié, refus tranquille opposé aux tentatives innombrables des tendances et des associations d'idées qui demandent audience. Ajoutez, pour beaucoup déjeunes étudiants, la pauvreté, le minimum de confort.
Puis, dès que la supériorité s'affirme, c'est la malveillance, la jalousie des camarades, et ce qui est pire que tout, parfois la jalousie et la malveiUance d'un chef qui vous dessert ! Mais quand les difficultés et les injustices nous assaillent, nous prenons conscience de notre énergie : courageusement, continuons notre tâche ! « A ceux qui m'intéressent, je souhaite la souffrance, l'isolement, la maladie, les mauvais traitements, IVopprobro ; je souliaile qu'ils connaissent le profond
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mépris de soi, la torture de la défiance dé soi, la détresse de la défaite. Je n'ai point de pitié pour eux, car je leur souhaite ce qui seul peut montrer s'ils oui ou non de la valeur : quils /ienMnf. hnn. (1) ».
l'exemple de CHRISTOPHE COLOMB
Dans nos moments de découragement, il nous est salutaire d'avoir un compagnon héroïque qui réconforte. Pensons entr 'autres à Christophe Colomb, perdu sur un océan inconnu, éprouvé par les tempêtes, par la mauvaise nourriture : il doit lutter non seulement contre les terreurs et les superstitions de ses équipages, contre la défection latente des chefs subalternes, mais sans doute aussi, dans les nuits d'insomnie, contre le doute et contre les suggestions de lâcheté qui aux moments de crise montent du fond des âmes les mieux trempées.
Mais la fine pointe de sa volonté ne s'émousse pas. Il a décidé une fois pour toute qu'il tiendrait bon, et dans le déchaînement de l'ouragan, des révoltes de ses hommes et de la tempête intérieure, il demeure ferme et invaincu. 11 sait que la foi persévérante triomphe des obstacles et qu'elle s'en sert comme d'appuis.
GhristopheColombestlemodèleaccompliderénergie humaine parce que tous les obstacles moraux et matériels se dressaient à la fois contre lui. Les hommes qui ont fait quelque œuvre ont tous rencontre d'abord les obstacles intérieurs, paresse, doute que nous devons surmonter dès le départ, ensuite des obstaHesoumatériels,ousociauxet la grandeur morale est en raison même de l'adversité dont on triomphe.
Quine comprend maintenant que la paresse ne peut être que lâcheté et nullité ?
(1) Nietzsche. ,
Fayot. — TravaiU t