‹ Le travail intellectuel et la volontéChapitre 111 sur 119 · DEVOIR DE DONNER L'EXEMPLE · texte numérisé non relu

DEVOIR DE DONNER L'EXEMPLE

énergies intellectuelles sur leur profession et que médecins, magistrats, professeurs glissent à l'exercice machinal du métier. Le malheur est que si Ton ne travaille constamment à se perfectionner, on devient vite inférieur à son devoir. On ne se maintient en forme que par l'habitude de l'attention infatigable à ce qu'on fait, par l'observation constante, par le goût du jugement personnel, de la méthode réfléchie, par I la recherche de l'ordre profond des choses et par le ' courage de la raison clairvoyante. C'est seulement | ainsi qu'on conserve la liberté de l'esprit et l'aptitude j à saisir les ensembles.

Quand les hommes de caractère et de lucide intelligence, ayant l'habitude du travail efficace, seront nombreux, ni}us pourrons briser la tyrannie de l'Etat et administrer d'une façon scientifique nos cités et nos communes qui auront reconquis les libertés qu'elles avaient au moyen-âge et qui seront débarrassées de la politique. Pour cela, il faudra des hommes formés par le travail intellectuel aux sévères méthodes de la critique historique et de l'investigation scientifique. Seules, elles peuvent développer, dans un équilibre harmonieux, la hardiesse de conception alliée à la prudence dans l'affirmation et dans l'action.

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Naturellement, chacun ne peut prétendre à exercer l'influence formidable des grands hommes.

Des écrivains comme Montaigne, comme Descartes, comme Auguste Comte, des savants comme Geofî'roy Saint- llilaire, Darwin, Pasteur ont sur l'avenir de l'humanité une influence immense. M. Frank Ilarris remarquait à l'occasion du couronnement du roi d'Angleterre que, dans le cortège « nulle part on n'a pu apercevoir

l'un des hommes qui sont les vraies gloires de T Angleterre et les maîtres de ses meilleures destinées ». Il y eût à profusion des politiciens et des dignitaires, mai» aucun de ceux qui remuent les esprits et leur inspirent des pensées nouvelles, des croyances nouvelles, des formes artistiques nouvelles, de ceux qui offrent au , monde des découvertes et des inventions. Au couron- ^nement du roi Jacques P', Shakespeare fut du cortège comme serviteur et on lui avait donné un manteau de six shillings pour qu'il pût y faire figure. Aujourd'hui Shakespeare dépasse de toute la hauteur de son génie les dignitaires d'alors et le roi.

Si Rodin n'eut pas vécu, nous serions tous plus pauvres. 11 nous a appris à comprendre mieux nos cathédrales, il nous a donné l'exemple de la probité artistique, et surtout il nous a donné une magnifique illustration de la grandeur et de la beauté d'une vie concentrée autour du travail : il nous a révélé quelle saveur chacun de nous peut donner à sa destinée en la spiritualisant par le travail réfléchi.

Il est un peu agaçant que les véritables hommes d'action, les révolutionnaires qui convainquent les esprits, provoquent les réformes en les faisant désirer par tous, soient méconnus. Pendant ce temps la scène publique est bruyamment occupée par les « théàtreux », les politiciens, les journalistes, les écrivains à la mode. On souftre de les voir encombrer de leur prétention même les pages des historiens. Mais cinquante ans après, quel changement de perspective ! Qui sait le nom du premier ministre anglais qui gesticulait sur la scène l'année où parut ï Origine des Espèces ? Qui sait le nom du président du Conseil qui tenait le pouvoir l'année où Pasleur trouva le vaccin de la rage ?

Sans prétendre aux premiers rôles dans rintlucnce sur son temps, chacun peut, dans les fonctions qui lui sont dévolues, avoir de l'action autour de lui : il peut,

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