DEVOIR DE DONNER L'EXEMPLE
par son exemple, rendre quelques cœurs plus sages, plus virils, plus heureux. Quelle influence rayonnante n'a pas autour d'elle une âme saine, équilibrée, noble? il suffit qu'il y ait à la tête d'un service public un homme de droiture pour que tous les cœurs déloyaux se sentent jugés et paralysés. La probité a une influence magnétique.
Puisqu'un médecin, un magistrat, un professeur, etc., peuvent avoir une influence communicative, ils doivent J 'acquérir. Après cette guerre où nous avons été sauvés par l'héroïsme de la foule, chacun sera comptable de son instruction, de son intelligence vis-à-vis de la communauté. Chacun devra efficacement coopérer à la grande œuvre du relèvement national.
Le premier devoir de tout Français digne de ce nom sera de se rattacher résolument à la tradition de nos admirables ancêtres qui ont construit les cathédrales et à celle des penseurs, des poètes, des grands artistes qui ont créé Tâme et l'intelligence françaises.
La tradition qui a fait la France si belle et si grande est celle des plus hautes qualités morales et intellectuelles : courage persévérant, intelligence capable de percer à travers préjugés et apparences jusqu'à la réalité des choses. Ces qualités primordiales n'ont tout leur emploi que dans le travail méthodique. Le travail bien fait donne le verdict décisif sur un homme : on peut juger de son intelligence réelle, de son caractère, de sa moralité à la qualité de son travail. Il en est de même pour les nations. La grandeur de la civilisation française. Te tendue de son empire colonial qui prolonge son action directe sur une partie du globe plus grande que l'Europe, sont la preuve des qualités d'énergie et de méthode de la nation française. Les victoires de la Marne et de Verdun, de la Somme, sont la récompense d'un long passé de sagesse et de volonté.
Si Ton regarde au fond des choses, on aperçoit que ce
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qui fait la valeur essentielle du génie français, c'est son amour du travail bien fait. C'est ainsi que les constructeurs des cathédrales ont apporté à leur travail une conscience scrupuleuse. Ils n'ont rien néglig-é jusque dans les détails les plus minimes, car si la perfection est faite de menus détails, elle-même n'est pas un menu détail. Tous ont travaillé avec une telle joie et un tel désintéressement qu'ils n'ont même pas songé à sculpter leur nom dans la pierre et nous l'ignorons.
C'est avec le même travail patient que le paysan français a défriché les forêts, asséché les marais et qu'il a cultivé les plus petits lopins de terre. L'attrait des villes, de leur vie agitée et vide, où le paysan déplanté apprend les doctrines du « sabotage )),qui sont la forme pratique de la guerre allemande faite au génie français, tend à atténuer ce profond besoin national de l'ouvrage bien fait. Mais on peut dire que ce que les étrangers reconnaissent comme excellent dans le goût français, c'est ce souci, jusque dans le détail, de la perfection. Le reproche qu'on nous fait d'être des esprits logiques n'est aussi que l'intolérabilité pour nous de l'inachevé, du confus, de l'obscur. Nos grands classiques dans tous les arts, ont le souci de l'exactitude, de la vérité. Qu'on étudie chez Corneille l'admirable épanouissement en héroïsme de la volonté de Pauline entièrement soumise au devoir et la découverte qu'elle ne pouvait pas ne pas faire de l'incurable médiocrité des satisfactions de vanité, de situation, de bien-être. Cette découverte ils Tout refaite pour leur compte les centaines de milliers de nos jeunes gens qui sont morts sur le front.
Qu'en relisant les Méditations de Descartes, on étudie comment cet admirable Français en arrive par sa puissance logique à découvrir que le monde extérieur n'a d'existence que dans la pensée : cette découverte fut le point de départ de l'idéalisme ; elle a transformé notre conception du monde. Comparez le travail mal faity
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:grossier, illogique, incohérent du plus puissant cerveau allemand, de Kant, qui, par un coup d'état rétablit dans la philosophie les dogmes de son enfance, impuissant à voir que la pensée est le fond des choses, qu'elle est, avant tout, ordre et lois immuables, et que c'est sur la raison que doit se fonder la loi morale. Kant introduit le devoir par un acte de foi irrationnel, ne pouvant ni le déduire de la raison, ni le fonder sur l'expérience.
Chaque fois que le pouvoir sut organiser le travail et mettre les esprits de valeur à leur place, la France a suscité l'admiration du monde entier. Que n'a pas donné en 1792 l'union des savantaet d'une armée enthousiaste, commandée par les plus capables ! Sous Napoléon I^% malheureusement pris de vertige vers 1800, ce fut l'épopée. De même, après le cruel réveil de la défaite de 1870, la France se remit au travail et en quelques années, elle acquitta une dette formidable et se reconstitua. Depuis la victoire de la Marne, en deux ans, elle a réalisé une puissante organisation industrielle que l'Allemagne avait mis vingt-cinq ans à conduire à bien ! Cette organisation, en pleine guerre, fera quand elle sera bien connue, l'admiration du monde au même degré que les victoires de la Mawie et de Verdun.
Mais, inversement, l'absence de méthodes efficaces de travail a toujours mis le pays en danger. Par exemple, notre régime parlementaire, sauvegarde de nos libertés, n'est pas organisé en vue de l'efficacité du travail. «■ Parcourons les couloirs et observons de près : «'est l'agitation lassée ef déçue dans son fond, plutôt qu'activité joyeuse. L'ennui fait l'expression secrète des visas es, car l'ennui naît moins de l'oisiveté que de la dispersion ou de la mauvaise adaptation du travail. On rentre chez soi, le soir, accablé d'une fatigue particulière que je ne suis jamais parvenu à bien m'expliqucr, «t qui tient moins, je crois, à l'intoxication de Tair, à la durée prolongée de la station debout ou de la statioa
assise, .qu'à des causes d*ordre affectif.. On a fourni s» tâche., et pourtant l'on est mécontent des autres et de soi-même. Une impression d'éparpillement, d'inutilité, de défiliarmonie, prévaut sur le reste et emporte tout » (1).
L'absence d'organisation du travail au Parlement, l'absence d'organisation du travail ministériel, donne à la nation un sentiment pénible d'impuissance du gouvernement et risque de réveiller les absurdes tendances, césariennes qui dorment dans les esprits simplistes. Absurdes, car ces tendances détournent l'attention de la seule question essentielle : l'intelligente mise en œuvre des capacités et des énergies. Il est douteux qu'un César puisse être autre chose qu'un démagogue, un « théâtreux » et qu'il se complaise aux réformes modestes mais profondes et efficaces, car les grandes réformes, comme les causes agissantes sont silencieuses. Elles demandent du temps. Or du silence et du tcmps^ les violents, qui sont toujours des vaniteux et des gens de parade, en ont horreur. Un César ne changerait rieu et aggraverait le mal.
Le manque d'organisation a été criminel au début de la guerre dans les services de santé — et, cependant, au milieu de l'effroyable drame, des méthodes de travail ont été improvisées et après deux ans et demi, l'organisation devint excellente.
Le manque d'organisation est encore très grand à l'arrière, où les chefs militaires vieillis n'ont pas su utiliser les compétences. DSns combien de bureaux compte-ton vingt ou trente hommes qui seraient mieux à leurs champs ou à leurs usines!
Même dans l'Université, où, avec un personnel d'élite, désintéressé et dévoué, on pourrait réaliser de
(1) Revue de Paris. Lettres sur la lie forme Gouvernementale^ n* du !««• jnnfier <918.