‹ Le travail intellectuel et la volontéChapitre 29 sur 119 · LA VERITABLE INTELLIGENCE C'EST VOIU LA RÉALITÉ · texte numérisé non relu

LA VERITABLE INTELLIGENCE C'EST VOIU LA RÉALITÉ

sonnes qui croient avoir agi quand elles ont bien" parlé.

LA. VÉRITABLE INTELLIGENCE c'eST VOIR LA RÉALITÉ TELLE qu'elle EST

La facilité verbale n'est que de la contrefaçon d'in-f telligence. La véritable intelligence est la claire compréhension des réalités, et la pj^erre de touche qui permet . d'eft reconnaître l'or pur c'est l'action. On se trompe; constamment sur ce qui constitue l'intelligence. Saint- Simon (1) par exemple, parlant de Louis XIV dit que son désir d'agrandissement et de pouvoir n'a été soutenu que par un esprit au-dessous du médiocre, mais, ajoute-t-il, « néanmoins très susceptible de se former ». Or cette capacité de se former, c'est-à-dire de profiter de l'expérience, c'est la définition même de l'intelligence véritable. Le reste du portrait que Saint-Simon trace du roi confirme ce que nous disons, car il lui prête un esprit juste et beaucoup de tact, c'est-à-dire un sens exact des réalités. C'est ce sens des réalités qui est la substance de la véritable intelligence. |Etre intelligent c'est distinguer clairement ce qui est et ce qui n'est pas, ce qui est faisable et ce qui ne l'est pas, ce qui s'accorde avec le fait et ce qui ne s'accorde pas avec lui. Etre intelligent, c'est comprendre le cas aussi clairement que l'on discerne les détails au fond d'une eau transparente. Cette limpidité du regard de l'intelligence suppose le calme des passions et la liberté de l'esprit :j c'est pourquoi elle est refusée aux légers, aux insÎDcères, aux émotifs. C'est que la moindre émotion qui fait rider la surface de l'âme, trouble Timage do la réalité; elle empêche, dans Tacte de la pensée, la pesée délicate des motifs et des mobiles.

(i) Saint-Simon, t. 28, Grands Écr^ivains.

^4 VÉRITABLE INTELLIGENCE ET PSEUDO-TRAVKfr,

lE CAS DE NAPOLÉON 1®'

Le cas le plus instructif d'une passion qui fausse le mécanisme complexe et fragile du discernement du réel, nous est fourni par l'un des cerveaux les plus puissants du xix® siècle, par le plus clairvoyant et le plus proche des réalités. Dès 1809 la vision de Napoléon perd de sa netteté. L'orgueil grandit et trouble la perception de ce qui est. Napoléon s'exagère la grandeur de ses forces et il évalue trop bas celles de ses adversaires. Un de ses fidèles, Decrès s'écriait à La fin de 1809 : « L'empereur est fou, tout à fait fou, et nous jettera tous, tant que nous sommes, cul par dessus-tête et tout cela finira par une épouvantable catastrophe ». La guerre de 1812 fut un acte de démence parce que l'empereur ne sut pas en saisir les difficultés. Il y aurait une étude profonde à faire sur le moment où, dans cette puissante intelligence surmenée commence la dégéné^rescence du sens des réalités. La même étude pourra être tentée sur le début de cette oblitération du sens du réel chez un homme beaucoup moins intelligent, mais d'esprit longtemps rédliste, Guillaume il, le criminel auteur de la guerre de 1914. Il nous a déclaré l^ guerre parce qu'il s'est lourdement trompé : il croyait anéantir la France en quelques semaines. A l'Eta-t- Major prussien, on ne discutait plus la croyance que nous étions incapables de supporter le choc. Guillaume II a fort mal évalué aussi la force de résistance de la Belgique et surtout celle de l'Angleterre. Pseudointelligence, puisque les conceptions n'y étaient pas adéquates aux réalités.

De même nos historiens et nos politiciens qui avaient charge de veiller et de renseigner lo pays avaient substihié à l'Allemagne réelle, une image fausse, mais qui flattait la paresse nationale et qui n'obligeait pas

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