‹ Le travail intellectuel et la volontéChapitre 32 sur 119 · LES CLASSIQUES ONT LE SENS DU RÉEL · texte numérisé non relu

LES CLASSIQUES ONT LE SENS DU RÉEL

Nos grands classiques comme Corneille-le-Véridique resteront éternellement jeunes parce que, comme Antée, ils ont constamment repris force en s'appuyant sur le réel et que leurs constructions sont d'une vérité et d'une logique admirables. Ils réfléchissaient beancoup et ils étaient attentifs à étudier en euxmêLîSS le jeu délicat des sentiments et des passions qu'Us incarnaient dans leurs personnages. Au contraire, les productions romantiques, par leur invraisemblance, ne tj'^r^nent pas debout : il est difficile de supporter la représentation de Ruy Blas ou d'Iiernani malgré la splendeur des vers, tandis qu'une bonne farce sur solide fonds de raison, comme le Malade Imaginaire, semble écrite d'hier. C'est que la fantaisie elle-même, chez les maîtres comme Rabelais, Molière, Cervantes, Swift, repose sur un fonds solide de logique. Leur

fiO VÉRITABLE INTELLIGENCE ET PSEUDO-TRAVAIL

vision des choses demeure exacte, cohérente, fermement ordonnée par les lois de la raison : la passion déréglée ne fausse pas leur jugement, ni l'ordre profond des rapports des choses. Jamais leur fantaisie no dégénère en illogisme, en incohérence, en absurdité, parce que ces claires intelligences ne perdent jamais le sens de la vérité.

ÉllUDlTION n'est pas INTELLIGENCE

Nous comprenons maintenant que la véritable intelligence est autre chose que l'érudition. On peut être un érudit et demeurer fort inintelligent. Les sots les plus complets que j'aie rencontrés étaient deux agrégés et l'un avait deux agrégations : lettres et grammaire. On peut être un laborieux, bos suetus aratro, plier sous le faix du détail inutile et n'avoir jamais confronté ses acquisitions avec l'expérience personnelle. Un fatras encyclopédique n'a rien de commun avec la véritable culture. Collectionner des fiches et les assembler comme un joueur de dominos qui met un six auprès du double six, un cinq auprès d'un cmq, c'est du pur mécanisme d'où toute pensée peut être absente. L'Allemand excelle à confondre précision avec minutie, sérieux avec lourdeur, et il considère l'esprit comme un grenier à remplir.

Tenons-nous en ferme aux vérités que nous avons découvertes.ijBtre intelligent c'est regarder en face le ^réel, et être inspiré par le plus profond du réel, par la raison. Seul ce regard limpide posé sur la vérité permet l'action féconde et la modification du réel par les idées. \

Donc tout ce qui détournera l'esprit de cette double réalité au dehors et en nous, tendra à nous abêtir.

« La prière naturelle de TAnie à la vérité » qu'est l'attention peut être Iroiibléo, fausser, égarée par K

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