‹ Le travail intellectuel et la volontéChapitre 34 sur 119 · NÉCESSITÉ EN POLITIQUE D'ALLER JUSQU'AUX RÉALITÉS · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ EN POLITIQUE D'ALLER JUSQU'AUX RÉALITÉS

Que je suis fou ? Cependant, des millions d'êtres humains ont cru et croient encore qu'au même instant un môme homme peut être dans deux endroits. La croyance au double a été universelle. Nous n'y croyons plus parce que des milliards d'expériences ont enfoncé en nous à l'état de certitude absolue, le principe d'identité, si bien qu'aujourd'hui celui qui agit comme s'il n'y croyait pas est qualifié d'aliéné. De même nous sommes nombreux à croire que nul effet ne se produit sans cause et les philosophes considèrent la nécessité des principes de la raison comme la seule réalité objective, et comme constituant le fonds même de la pensée commune à tous les êtres pensants.

Partout on verrait qu'être intelligent c'est pénétrer dans la réalité et qu'on n'y pénètre que par une espèce de tact délicat, de sympathie qui se développe dans une longue amitié avec les choses : c'est ainsi qu'un bon médecin sent ce qui se passe chez son malade à la f.n'on rFuno mamnn qui « a mal à la tête de son enfant». On ne comprend les choses que quand on les a longuement fréquentées. Etre intelligent c'est pouvoir s'orienter dans le réel par suite de l'habitude de regar der calmement et lucidement ce qui est.

NÉCESSITÉ EN POLITIQUE d'aLLER JUSQu'aUX RÉALITÉS

En politique le besoin d'intelligence véritable est urgent. Quel est le démagogue qui cherche à imaginer de quelles poches sort l'argent qu'il fait distribuer sous diverses formes à ses agents électoraux et à sa clientèle de mendiants ? Faute d'une claire intelligence des réalités économiques, on en arrive comme en Russie à brimer les meilleurs éléments de la Nation. Aux yeux du démagogue les seuls gens dignes d'intérêt, ce sont les ratés, les propres à rien, les incapables. Un homme qui réussit par son énergie, par son travail, Pavot. ~ Travail 5

par une économie sévère, est par Là-môme suspect. Les ministres, dont le devoir primordial serait de s'armer de la lanterne de Diogène et de chercher dans leur personnel les hommes d'intelligence et de caractère, afin de les mettre à la tète, ont leur temps hâ-ché bI menu, que presque tous font banqueroute à cette tâche qui est la seule nécessaire.

^Aussi les grandes administrations de l'Etat sontelles trop souvent le refuge des traditions usées et qui ne s'adaptent plus aux réalités nouvelles. Elles vivent de « précédents ». Privées de la stimulation des esprits capables de discerner les choses fausses, mortes ou malades des vivantes, elles sont parfois un obstacle très lourd au progrès. C'est ainsi que la France s'est endormie et qu'elle a laissé une part énorme de ses richesses naturelles inutilisées (1). Qu'on compare la médiocre organisation du ministère de l'agriculture avec l'organisation pratique, stimulante du même ministère aux Etats-Unis, et Ton sera édifié (2).

Le correspondant étranger d'un journal (3) appréciait ainsi le chef d'un grand ministère : c< il travaille du matin au soir et du soir au matin comme un cheval, mais à la façon d'un fonctionnaire ou d'un moine qui ne connaît pas les hommes et ne se bat qu'avec des mots ou des idées ». Le correspondant se moque de sa foi « dans la vertu curative des rapports administratifs *

Page 1