DISCERNEU LES MEILLEURS CERVEAUX, QUESTION DE VIE OU OK MORT
Si nous insistons sur les caractères distinctifs de la critable intelligence, c'est que nulle part nous n'avons
(i) Lysis, Versia Démocratie nouvelle, et Pour renaître.
(2) Fhaskr, L'Amérique au travail, Iraduclion Sarville.
(3) Le Temp*, 2 dt^cembre 4905. il s'agit de Wille.
mSGERNGR LES MEILLEURS CERVEAUX 67
Vil ce sujet capital traité. Les chefs n'ont aucun moyen sur pour discerner les talents naissants et ils sont embarrassés par la quantité de pseudo-intelligents que fabriquent nos lycées. La facilité verbale et même l'éloquence peuvent coexister avec une inintelligence réelle : ce sont des dons que nous surévetluons avec une exagé- ] ration absurde. Quiconque connaît par le dedans nos méthodes éducatives superficielles, sait qu'elles ne peuvent aider une intelligence originale à se développer.
Cet état de choses constitue un grand danger, car une nation n'assure son avenir qu'en mettant ses cerveaux les plus vigoureux au premier plan. Rome et la Grèce ont rapidement décliné parce que les guerres incessantes, puis les guerres civiles, les proscriptions, le bannissement, les exécutions en masse ont fait disparaître les intelligences et les caractères d'élite. Les hommes de grande valeur ont beaucoup de jaloux et beaucoup d^ennemis parce^ijl&jii^£iiseT^ : habitués à regarder choses et gens en face^ à, ne pas s'en faire accroire et à engager avec les difficultés et les routines une lutte courageuse et intelligente, ils appellent « un chat un chat et Rollet un fripon ». Aussi, en temps de démagogie, sont-ils les premiers frappés. Le massacre est, pour le parti au pouvoir, un moyen commode et expéditif de faire taire les gêneurs du parti adverse, et quand les partis ont passé successivement au pouvoir, il ne reste plus un homme de valeur debout ! C'est ainsi qu'Octave laisse tuer Gicéron !
Aussi, dans cette Rome qui avait conquis le monde, la période qui va des premiers massacres à l'invasion des Barbares (1) a-t-elle été perdue pour les progrès humains. De cette lourde pâte humaine, privée de son levain, ne sont sortis que des rhéteurs < ( quelques historiens comme T&cite, d'ailleurs incapables de saisir
(1) Cinq cents ans environ.
les causes de la décadence. La routine devint telle que pas un médecin de génie, pas un savant ne put mûrir. Même dans Tarmement du soldat et dans la tactique, aucun progrès, aucune invention...
Au point de v.ue politique, l'abjection fut complète et le peuple romain toléra à sa tôte et applaudit des fous sinistres comme Néron, Galigula, Commode, etc. Au point de vue social, aucune institution ne prit naissance. Terrible déchéance d'une nation qui laissa périi* son élite et ne fit rien pour la reconstituer !
La Russie ne nous offre-t-elle pas en ce moment J1919) une leçon de choses effroyable qui démontre le péril de mort que court une nation privée de son élite? Un régime d'oppression, sans aucune intuition de l'avenir du pays, a écrémé chaque génération de ses esprits les plus vigoureux, de ses hommes de caractère. Chaque tzar a envoyé en prison ou en Sibérie, ou à la potence les jeunes gens les plus actifs, les plus courageux. L'exil a déséquilibré la plupart de ceux qui ont pu fuir, car ils ont rompu toutes les racines qui apportent à la sensibilité et au cerveau d'un homme les seuls aliments assimilables qui sont ceux du terroir natal. Incessamment appauvrie de ses cléments clairvoyants et énergiques la Russie avait le mal de Pott. Le jour où a été brisé le corset de fer qui la tenait debout artificiellement, la Nation, dépourvue de colonne vertébrale, ne pouvait que s'eflondrer.
Nous pouvons ajouter à cet exemple celui de l'Autriche-Hongrie où un régime policier étouflant et une dynastie stupide ont éteint toute liberté d'esprit, de sorte que depuis cent ans cet immense pays n'a pas donné un grand écrivain, un grand savant (1).
Nous-mêmes, j^arce que notre régime politique mal organisé avait rempli les hautes situations de créatures
(1) W. Steed, La Maison des Habsbourg.