DISCERNER LES MEILLEURS CERVEAUX
et souvent éliminé les vraies âmes de chefs, capables de profiter des expériences des guerres sud-africaine, russo-japonaise et balkaniques et d'en faire passer les leçons dans la pratique, nous avons failli disparaître comme nation indépendante en 1914. Heureusement, nous avons pu faire à temps pour nous sauver — mais, à quel prix ! — l'élimination de quelques centaines d'officiers généraux pseudo-intelligents.
On le voit, c'est pour notre pays une question de vie ou de mort que de savoir discerner l'intelligence vraie de la fausse.
( L'intelligence vraie, c'est la limpide lumière de l'attention pénétrant jusqu'au fond des réalités. Seule la connaissance exacte des réalités peut mettre à même d'agir sur elles. Cette connaissance implique un haut degré de maîtrise de soi, de désintéressement, de pureté d'âme (1). C'est la forme la plus élevée de la liberté humaine.) Aussi est-elle rare et la' foule des bavards s'efforce-t-elle de faire prendre pour de l'intelligence vraie ce qui en est une contrefaçon.
Nos morts se seront donnés en vain au pays si le lendemain de la guerre nous n'apportons dans nos méthodes de gouvernement et d'éducation de profondes réformes. Gouverner, c'est mettre à leur place, à la première, les hommes compétents, énergiques et iv^î/t? inintelligents.
Eduquer la nation, c'est avant tout former ces hommes.; On ne les forme pas avec nos méthodes surtout propres à développer des rhéteurs\On obtient des hommes en formant des esprits observateurs, candidement respectueux des faits, c'est-à-dire des esprits scientifiques. II les faut on outre assez énergiques pour qu'ils insèrent dans les réalités leurs idées, leurs hypothèses suggérées par rcxpcricnce mais coustamment réadaptées sur elle.
(1) La haiile lumière de l'inlelligenee suppose la perfcclion moraie, Con/ucius, Tciioung-Young, ch. XXi.