‹ Le travail intellectuel et la volontéChapitre 4 sur 119 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

Est-ce survivance du préjugé qui regarde le travail . comme servile ? Préféraient-ils que nous croyions leurs \ succès dus à une facilité naturelle qui œuvrait comme ' en se jouant?

D'autre part — la nature humaine n'en est pas à une . contradiction près — quand ils avouaient le labeur, ils l'exagéraient jusqu'à Tabsurde, afin de paraître d'une énergie surhumaine — mais qui nous décourageait. C'est ainsi que ce grand musard de Flaubert se vante de travailler dix-huit heures par jour ! Combien de fois n'ai-je pas entendu des « intellectuels » dire modestement : « Moi, je travaille quinze heures par jour ». A ceux-là, demandez qu'ils vous montrentleurs œuvres.

Pendant mes études, personne ne me rendit attentif à quelques vérités que je découvris — pas trop tard, heureusement ! Je ne soupçonnais pas qu'il y eut dans le travail une perfection technique et qu'on l'obtient par l'adaptation intelligente de l'énerp^ie aux lois de la j^^ mémoire ^^e l'attention et aux lois qui règlent Téner- ^^ gie corporelle. L'art d'apprendre c'est l'art de savoir obéir aux lois de l'esprit et du corps.

Mais l'obéissance à des lois inéluctables est un crucifiement pour notre paresse, pour notre vanité, pour notre besoin d'activité anarchique. Nous avons tous le fol espoir qu'en ce qui nous concerne les lois ne joueront pas. Aussi préférons-nous laisser les choses aller et notre développement intellectuel se faire à l'aventure. Nous vivons sous le régime du Hasard. Nos idées s'associent suivant leurs attractions propres, au gré de la fantaisie et cette vie intellectuelle qui n'est qu'une rêverie un peu cohérente, est agréable par son imprévu. Ce qui rend la vie du touriste savoureuse, c'est la variété des spectacles qui se présentent à lui et l'imprévu des incidents de la route, rencontres, orages, inconfortables chalets de montagne, etc.

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