ALLONS JUSQU'AUX RÉSERVES PROFONDES D'ÉNERGIE
qui n est qu'illusion. On n'est vraiment fatigué que si la sensation de fatigue persiste après qu'on a agi. C'est alors seulement qu'il faut s'arrêter. * I
Si nous écartons ces fantômes ou plutôt si nous ne permettons pas à Timagination de les construire avec quelques sourdes suggestions viscérales ; si nous leur refusons notre attention, offensés de notre dédain, ils disparaissent. Ils ne tenteront de reparaître que lorsque, à la suite d'efforts sérieux, les suggestions internes et la protestation du corps trop longtemps immobilisé, auront pris plus d'intensité.
ALLONS jusqu'aux RÉSERVES PROFONDES''d'ÉNERGIE
Si on les néglige à nouveau, ils disparaissent encore, et on peut, si l'on est courageux, faire ainsi une découverte capitale, à savoir que nous avons de profondes réserves d'une énergie qui semble dormir, mais qui réveillée, fait accomplir des merveilles. Nous restons presque toujours au-dessous de notre pouvoir d'agir et presque tous, nous prenons l'habitude lâche et pernicieuse de capituler, dès qu'elle apparaît, devant l'hallucination de fatigue. Nous ne voulons pas voir que nous possédons des réserves considérablement plus riches que celles que nous nous contentons d'utiliser. C'est ainsi que dans le naufrage du Titanic beaucoup ont péri parce qu'ils ont capitulé devant le froid et la fatigue. Ceux qui ont eu Ténergie de lutter ont été sauvés.
Aujourd'hui même le journal apporte un exemple qui illustre ce que nous disons (l) :
« Gérard F., vingt et un ans, sergent au ... de ligne, reçoit une balle dans le nez. Celle-ci traverse la moitié de la figure, fracture en passant le maxillaire et sort par la région parotidienne en coupant la carotide
(1) Temps, 47 décembre 1914.
02 SAVOIR ïhAVAILLER
exicrnc. Avec un remarquable sang-froid, le blessé comprime avec son pouce le vaisseau qui donnait des flots de sang et rampe à trois pattes pendant plusieurs centaines de mètres jusqu'au poste de secours. Là le caillot qui s'était formé sous la compression et qui constituait un véritable anévrisme ditfus arrête en partie l'hémorragie et provoque un état demi-syncopal. Une automobile était là : on transporta le sergent, sans le réveiller de cette torpeur favorable, jusqu'à l'ambulance dont le médecin-chef était le docteur Pauchet. La carotide externe fut aussitôt liée et, exactement trois quarts d'heure après l'instant de la blessure, la figure se recolorait. Le lendemain, le teint était normal et Gérard F. est actuellement en pleine convalescence ».
Sans une énergie persévérante, qui le fait lutter jusqu'au bout^ il était perdu comme tant d'autres qui se sont abandonnés et sont morts de leur manque de persévérance.
Nous devons nous dire que le sentiment de faiblesse, de fatigue, d'impuissance, cP impossibilité n'est qu'une forme de neurasthénie. Il n'y a qu'un traitement efficace de cette maladie mentale, c'est que le malade acquière, par des actes de volonté, l'expérience de sa propre énergie . Tout ..afite jdevolonté , quelque minime ^'il soit, est tonique. Se lever, aller chercher l'atlas poup situer un pays cité dans la page qu'on lit, vérifier un mot malgré la répugnance qu'on en a, refuser d'avancer tant qu'on n'a pas parfaitement compris un passage qu'on traduit, etc., il y a mille pcUts actes de volonté qui exercent le vouloir, qui nous assurent peu à peu la maîtrise de nous-mêmes et qui peu à peu aussi nous donnent foi dans notre énergie. N'acceptons jamais d'évaluer trop bas notre pouvoir de travailler. Les gens confinés, qui vivent d'une vie ralentie, déprimée, ne respirent qu'avec une partie de leurs poumons : les alvéoles