‹ Le travail intellectuel et la volontéChapitre 54 sur 119 · BESOÛNE N'EST PAS TRAVAIL ICI · texte numérisé non relu

BESOÛNE N'EST PAS TRAVAIL ICI

vêtir^ nourrir, armer ses hommes, préparer l'attaque pendant le temps nécessaire en canonnant les positions ennemies, et le moment venn, ne plus envisager aucune des conséquences de Faction et se lancer avec la furia francese, coûte que coûte, sans regarder derrière soi, sans perdre une minut\

BESOGNE n'est PAS TRAVAIL

Cette préparation : lectures, références, notes à prendre et à classer, etc., on peut la faire avec une faible dépense d'énergie et l'on peut par conséquent y passer beaucoup de temps. Nietzsche évalue à 200 le nombre des volumes que consulte chaque jour un philologue de dispositions moyennes : naturellement ce malheureux perd toute possibilité de penser par lui-même. Ce sont ces besognes passives que les esprits mous et pataugeants confondent avec le travail. Ils se figurent que rassembler d'énormes quantités de fiches/ c'est travailler. Non, c'est besogner. C'est si peu du travail, que ces fiches dont sont faits une multitude de livres sont inutilisables, par la raison qu'il y a peu de faits de valeur. Claude Bernard nous a enseigné qu'une observation digne de ce nom est toujours une réponse à une question claire ou pressentie. Seuls les faits significatifs ont de l'importance, pr un fait n'est significatif, ne présente un sens que comme réponse â"une* question. Le farTne^s^ecIaire'^ que si une penséeTécTairèr^S*!!'' n^entre pas dans une pensée comme un élément organique, il ne sert de rien. Rassemblé avec d'autres, il forme un amas de décombres inutilisable.

Je ne vais pas chercher mes « faits » dans des œuvres de second ordre pour plusieurs raisons. D'abord parce que, comme nous venons de le dire, ils ne sont jamais donnés : il faut leur faire subir, comme au diamant, la taille pour qu'ils diffractent la lumière de la

iOi SAVOIR TitAVAILLER

pensée et cette taille exige le tranchant d'un jugement hien affilé, ce qui n'est pas une qualité ordinaire. Bien affdé et de pur acier, car si le métal est mal épuré de ses scories, c'est-à-dire des scntimenls et des passions, il est^LCile à ébrccber. Or les esprits de second ordre sont incapables de cette pureté : leurs idées sont mêlées de leurs vanités, de leurs rancunes, de leur esprit de parti.

Par exemple, en sciences, l'orgueil d'un Cuvier à l'intelligence alourdie par les honneurs, l'a rendu incapable de comprendre la grandeur des conceptions d'un Geoffroy Saint-Hilaire : il est fréquent qu'un grand homme déchoie à la fin de sa carrière du rang d'un esprit supérieur. Napoléon en est une autre preuve lui qui, à Waterloo, s'est perdu en acceptant le combat dans des conditions absurdes, au lieu de battre en retraite, comme un Jofîre non aveuglé par l'orgueil, l'eût fait.

Une autre raison pour ne pas aller chercher un fait dans des auteurs médiocres, c'est que, d'instinct, ils vont avec leur curiosité de brocanteurs aux faits pittoresques, bien visibles, mais qui, généralement, sont sans influence. Au contraire, les faits essentiels qui sont causes de grandes séries de conséquences, ne payent pas de mine : seul le regard pénétrant de l'esprit de valeur les discerne.

Par exemple, vous chercheriez vainement dans les historiens la couse delà décadence de l'Empire romain et de la routine où il s'enlise, sans aucune invention ni dans l'armement, ni dans la tactique, ni en littérature, ni dans les arts, ni en médecine, ni en sciences. C'est que le ])rogrès n'est promu que par les esprits énergiques : les luîtes et les proscriptions sanglantes des Gracques, de Marins, de Ginna, de Sylla, de César et de Pompée, des triumvirs, d'Octave avaient fauché tous les buiumes de caractère, dignes et courageux.

LES HEURES SAGKÉES iOi

Je n'ai jamais trouvé d'explication plausible des invasions des barbares, ayant les travaux de Kropotkine sur rassèchement progressif de la Terre, assèchement iéjà complet dans la partie de l'Asie que les barbares ont dû quitter.

Donc, seul un esprit de valeur peut reconnaître les faits qui ont de la valeur. Les esprits ordinaires accumulent d'énormes quantités d'épisodes sans importance. Les faits significatifs sont peu nombreux et une des corvées du savant c'est d'être obligé de perdre un temps considérable à chercher à travers un amoncellement de pseudo-travail, de livres, d'articles de revue, etc., quelques grammes d'or pur, quelques observations bien faites, quelques remarques profondes... C'est ainsi que les orpailleurs des torrents des Alpes laYcnt des tonnes de sable pour recueillir une pincée de paillettes précieuses. A cette recherche passent des b euros innombrables de pseudo-travail que les érudits inertes et patients confondent avec le travail.

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