‹ Le travail intellectuel et la volontéChapitre 65 sur 119 · IMPORTANCE DE L ATTENTION · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DE L ATTENTION

Les jeunes gens qui veulent travailler à la mise en valeur de leurs aptitudes doivent connaître les deux outils de leur perfectionnement, l'attention et la

mémoire. ^ *"^'

"^TTa maîtrise de l'attention est ce qui distingue le sage du fou et Fesprit de valeur du médiocre. Le sage sait refuser de penser aux inévitables contrariétés de la vie que l'hypocondriaque mâche et remâche pour en extraire l'amertume^ L'esprit de valeur darde son attention sur les faits qui ont de 'l'influence et il les organise tandis que la demi-attention se disperse sur les faits insignifiants qui font dans Tesprit un fouillis inextricable et inutilisable.

L/attention seiilo peut faire de nous des hommes libres, des personnes. Eu eliet, il ii'(ist pas libre celui

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qui est baliolté comme une barque sans gouvernail par les vents qui soufflent de tous les points de rhorizon. Etre libre, c'est diriger par un choix réfléchi ses sentiments, ses pensées, ses actions. On ne peut les dfpîger dans le détail mais on pèuTdonner la direction d'ensemble. , C'est ainsi que fait le commandant du navire qui ne peut éviter les influences des vents contraires et des courants rencontrés, mais qui rectifie constamment là marche, les yeux ûxés sur le compas. De même, je suis libre quand, ayant choisi ma voie conformément ta mes goûts et à mes tendances profondes, je maintiens ma direction malgré les tentations de la paresse, malgré les passions, malgré les mille distractions qui séduisent la volonté. Or je ne puis garder une direction que si je suis capable de maintenir une idée dominatrice constamment présente devant l'attention.] Le distrait en est incapable : à chacîue instant, il l'oublie^ quitte le bon chemin et s'égare. Pinel raconte qu'un fou, très désireux de recouvrer sa liberté, avait subi avec présence d'esprit un examen mental qui lui fut favorable. Mais au moment où on lui présenta la levée d'écrou, il signa Jésus-Christ ! Le malheureux, fatigué par la tension prolongée d'un interrogatoire pénible et distrait par la joie d'être libre, avait oublié de maintenir présente sa résolution de cacher sa folie.

Faire qu'une idée agisse constamment comme un aimant puissant qui est là sans qu'on le voie, c'est la forme la plus haute de la volonté. Si c'est l'ambition qui est toujours présente, on a Napoléon I^'. Si c'est j l'idée du salut, on a les saints et les martyrs comme î Polyeucte. Si c'est une hypothèse scientifique, on a les î^ewton et les Pasteur.

Aux antipodes de ces héros de l'attention persévérante sont les déments incapables de maintenir au-delà de quelques instap*^« l'i4ée des réalités, puis à des

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degrés plus élevés, les distraits, les dispersés, qui sont foule.

La précipitation et la distraction sont les grands maux de l'époque actuelle. La plupart des gens souffrent d'une crise de P attention. Les élèves ne savent plus écouter. Ils sont incapables de répéter correctement une question dès qu'elle n'est pas élémentaire. Ils ne peuvent saisir la suite d'un raisonnement, la relation entre plusieurs propositions, un rapport un peu complexe entre plusieurs idées. J'en connais qui éprouvent un découragement quand ils doivent réaliser en pensée la proportion A est à B comme G est à D.

Nos classes sont remplies de neurasthéniques, de névrosés, de somnolents sans énergie qui n'attrape»^ que des miettes de connaissances. ^Gomment pourraient-ils ne pas être des dispersés?

Ghez eux, ils sont l'objet d'un culte attendri. La famille ne leur cache rien de ses contrariétés, de ses chagrins, de ses jalousies, de ses préoccupations. Ils sont initiés à la vie extérieure. De plus on prend leur parti contre le maître qui a l'inhumanité d'exiger des efforts de ces pauvres petits!

Au lycée, trop souvent, l'enseignement est dénué d'intérêt; les élèves y sont en proie à l'abstraction grammaticale, inintelligible et qui distille le poison de l'ennui. Les programmes surchargés leur donnent officiellement l'habitude de bâcler ce qu'ils font. Ges pro- i grammes, dit Spencer, sont des mesures prises en vue de l'augmentation de la stupidité (1) et trop souvent on néglige A'éclairer le travail et de le vérifier en en démontrant l'utilité précise pour la culture de l'esprit Aussi, reconnaissons-le, les éducateurs ont une grande part de responsabilité dans la crise de l'attention che^ les élèves.

^i) Autobiographie, p. 398.

Pavot. — Travail i%

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La situation étant ce qu'elle est, l'étudiant dont ni Téducation de la volonté ni celle de l'attention n'ont été faites doit se mettre courageusement à l'œuvre. 11 connaît le mal essentiel qui est la débilité de l'attention, sa mollesse, ses efforts fugaces, vacillants. Cette infériorité de l'attention volontaire est aggravée par le }x vagabondage de l'esprit. Nous sommes « toujours ! répandus au dehors » (1), toujours en promenade, cette

I paresseuse promenade de l'esprit qui ne veut point s'assujettir à Tattention, à l'ordre, aux règles (2).

Noub avons décrit ailleurs (3) l'éparpillement de l'attention chez l'étudiant. Que d'esprits affinés, brillants, primesautiers, auraient pu donner à la nation des ouvres de valeur, consacrer à quelque réforme une activité féconde, qui se sont dissipés jour après jour sans rien produire, faute d'avoir su concentrer leur attention 1

l'attention volontaire est rare

Hélas, comme le montre Ribot, les actes d'attention volontaire sont rares : « Eliminons d'abord la routine de la vie, toute cette masse énorme d'habitudes qui nous meuvent comme des automates. Eliminons les périodes de notre vie mentale où nous sommes surtout passifs... Eliminons cet état de repos relatif pour l'esprit, où l'on ne pense à rien... Eliminons les états de passion et d'agitation violente .. Ces éliminations faites... le reste peut s'inscrire au compte général de l'attention. Dans ce compte général, les cas d'attention spontanée sont le grand nombre, les cas francs et nets

(i) MAiF-imANCHR, Traité de momie, ch. H, § X.

(2) Lkib.mz, ThéorUcée, § 5».

(3) Education de la volonté, 3o« mille. Livre I, cb. I. Et ipprentissage de Cart d* écrire. Passim.

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