‹ Le travail intellectuel et la volontéChapitre 66 sur 119 · L'ATTENTION VOLONTAIRE EST RARE · texte numérisé non relu

L'ATTENTION VOLONTAIRE EST RARE

d'attention volontaire sentie petit nombre. Chez beau- à coup, ils équivalent à presque rien » (1).

Il est déplorable que les moments d'attention soient si clairsemés quand on constate combien de progrès sont réalisés par des dépenses d'attention de courte durée ! Elle est comme le radium qui sous un petit volume contient une puissance prodigieuse. En effet, quand on suit de près le travail, d'an bon élève, on est surpris de constater combien souvent il est distrait pendant qu'il apprend une leçon. Il se l'assimile à la faveur de courts instants d'attention. Voici un élève de sixième, incapable de faire attention plus de cinq minutes à ce qui l'intéresse, et qui se classe cinquième sur vingt-quatre élèves ! Si nous sommes sincères avec i nous-mêmes, nous sommes obligés d'avouer que nos \ plus beaux développements intellectuels sont le fruit j de quelques quarts d'heure^ d'attention fervente. '

Les progrès réels de l'humanité sont donc dus à une quantité minime de cette précieuse attention qui fait des merveilles quand, à travers les préjugés, les habitudes, elle pénètre jusqu'à l'or vif des réalités et jusqu'aux rapports essentiels, comme l'ont fait les intelli- | gences créatrices en sciences, en arts, en politique, en \ lettres.

Dans le silence du dehors, dans le calme des passions (2), dans Tapaisement du tumulte intérieur, arriver | à maintenir pendant quelques minutes haute et brillante t la pure flamme de l'attention ■— faire que ces minutes sacrées se renouvellent plusieurs fois durant les heures de recueillement qui les préparent, voilà le but suprême auquel doit tendre l'étudiant qui >^eut devenir quelqu'un. Du même coup, il diminuera le temps de séden-

(1) RiBOT, L'attention. Conclusion. F. Alcan, éd.

(2) Les cinq obstacles à Tattention sont, d'après les religieux bouddhistes : le désir brutal; la haine et la malice; la paresse de l'esprit; l'inquiétude et le repentir; la perplexité et l'indécision.

tarité qui n'est ni du travail ni du franc ropos : il gagnera du loisir en proportion de l'énergie de ses moments d'attention. îl est donc de preraièi^e importance de se rendre capable d'efforts intenses d'attention.

Or l'attention' volontaire est susceptible d'éducation, donc de redressement et de progrès. Il faut par conséquent en connaître le mécanisme, afin d'en augmenter le rendement.

BÔf.E DE LA RESPIRATION DANS l'aTTENTION

Les livres de ps.ycboIogie sont empêtrés de discussions métaphysiques. Il ne nous importe pas d'élucider s'il y a dans l'acte d'attention une intervention mystérieuse de l'âme, ou non-.\Nous ne cherchons dans cette étude que l'intérêt pratique : savoir pour agir. IVous ignorons d'ailleurs ce qu'est l'attention, nous ne connaissons que son fonctionnementA

Ce fonctionnement a un lien étroit avec la respiration. Visez attentivement, même en imagination, un but avec un fusil ou un pistolet, et vous constaterez que vous ne pouvez viser, c'est-à-dire faire attention que si vous suspendez les mouvements respiratoires. Toute modification dans rattention s'accompagne nécessairement de modifications dans Ja rapidité et la profondeur de la respiration.

Les moiues bouddhistes qui ont jiorté à un admirable degré de perfection l'éducation de la volonté comme pouvoir d'arrêt, ont compris l'importance de la respi-ration dans l'acte d'attention. Ils ont découvert le pouvoir que nous donne la maîtrise de la respiration sur nos pensées. En s'entraînant à respirer douze fois par minute, puis cinq ou six fois, puis une seule fois, ce qui demande des mois d'exercices assidus, ils abolissent en euj^-mêmes la colère, la haine, l'inquiétude, la peur,

ROLE DE LA ftESt»! RATION DANS L'ATTENTION 149

ces poisons de la volonté. Par la respiration lente et profonde, nous nous mettons dans les conditions qui aident à la méditation, car un grand calme se produit dans les battements du cœur. Nous avons pris l'habitude paresseuse de ne pas respirer profondément : nous n'aspirons et n'expirons que par une narine et c'est toute une affaire que de prendre l'habitude de respirer par l'une et par l'autre. Cependant cette petite conquête a une relation avec la puissance d'attention J D'autre part, dans notre vie casanière, à la suite du divorce insensé du travail intellectuel d'avec le travail) manuel, nous avons pris une autre mauvaise habitude, celle de ne respirer qu'avec une partie de nos poumons. De cette inaction partielle résulte une notable diminution de la capacité respiratoire, donc de la puissance de l'acte d'attention.

L'importance attribuée par les moines bouddhistes à l'acquisition de la maitrise de la respiration e^j&aâée en fait et nos enfants devraient être entraînés oebonn* heure a l'acquérir. Je ne me mets jamais au travail san^ quelques exercices de respiration profonde. Mais ces exercices physiques doivent être complétés par les exercices de volonté respiratoire (1) recommandés par les maîtres hindous de la vie méditative.

Puisqu'on ne fait attention que dans les intervalles respiratoires, l'attention ne peut être uniforme : elle consiste en une succession de tensions qui se produisent pendant l'immobilité qni sépare les mouvements respi- ^T^te^^^^ fi^- q^^i ^^ssent pendant ces mmivp.mftnfs, P^ndant une minute d'attention, il y a chez un homme qui a d'amples mouvements respiratoires, une douzaine d'inspirations et d'expirations qui prennent un peu plus

(1) Méthode de Patandjau (ve* siècle de notre ère) commentée par VivEKANANDA dans un livre édité en anglais sous le titre de Raja Yoga (Voie royale).

de deux secondes chacune, soit au total près d'une demi-minute. Durant une minute, il faut donc concevoir l'attention comme formée par une douzaine d'elToris tendus, coupés par autant de repos pendant lesquels s'eifectue le va-et-vient respiratoire. On peut comparer le mécanisme de l'attention aux faisceaux de lumière d'un phare qui aurait par minute douze éclipses de deux secondes.

Chez la plupart des enfants, le déchet de l'attention dépasse quarante secondes par minute. Chez beaucoup il atteint cinquante ou cinquante-cinq secondes. Il dépasse même ce taux chez les enfants qui ont des végétations dans le nez, ou qui sont enrhumés du cerveau et chez les emphysémateux.

' Il est donc important, dans la culture de l'attention, de veiller sur le rythme de la respiration. Il est évident que des inspirations profondes, faites avec la totalité des pounions, laisseront dans leurs intervalles des pauses immobiles plus longues, donc favorables à des efforts d'attention plus prolongés et plus fructueu:A Or la plupart des enfants et des adultes ne savent pas respirer. Font-ils une escalade dans les. rochers ? Il se produit dans leurs poumons des crépitements qui proviennent du déplissement des cellules pulmonaires qui violemment sortent de leur inaction. J'ai constaté sur moi-même, qu'après de nombreuses excursions dans Ues Alpes, mes inspirations restaient^ longtemps plus \profondes, par conséquent plus espacées etj]ue j'ctais capable d'efforts d'attention plus intenses. De jnênieje travail intellectuel accompli à la campagne, dans les Intervalles d'une vie physique active, est plus profond.

Gela condamne une fois de plus les longues études pernicieuses imposées à des enfants immobiles enfermés deux et même trois heures dans des salles où ils respirent un air usé.

l*as d'attention sans air pur, qui provoque l'appétit

LE MÉCAiNISME 2)E NOTRE LIBERATION 151

(les poumons. 11 est donc nécessaire d'interrompre sou- l vent son travail, d'ouvrir ses fenêtres, de faire quelques | exercices respiratoires énergiques, et d'une façon générale, de veiller de près à la pureté de l'air, à l'aisance et à l'amplitude du rytiime respiratoire. Lespro- | menades au grand air, en plein soleil et surtout les excursions en montagne et le travail un peu rude à la campagne, sont salutaires.

Naturellement il faut éviter ce qui comprime la cage thoracique. Le corset, chez les jeunes filles peut arrêter le développement intellectuel, en diminuant la capacité respiratoire.

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