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LES IDÉES ESSENTIELLES

Mais qu'est-ce qu'une idée essentielle? Ici, nous touchons au fond même de l'éducation. Nos classes ne peuvent faire que de la « confection » qui va à tï>us

sans aller' à personne. Un professeur qui a de nombreux élèves et qui ne les instruit que quelques heures par semaine pendant neuf mois, ne peut découvrir leurs tendances profondes ni par conséquent savoii' quelles seront pour chacun d'eux les idées essentielles, les idées vitales.

Au contraire, Tétudiant, dans le silence des longue? méditations, peut s'interroger et prendre conscience de ses désirs, de ses tendances. Nous ne retenons vraiment que ce qui nous intéresse. De môme que les grandes chaînes de montagne imposent à un pays sa configuration, le régime de ses eaux, ses voies de communication et en partie son histoire, de même nos tendances fondamentales imposent à la mémoire sa ■tructure et sa physionomie. Toute mémoire est individuelle : elle a la couleur de notre sensibilité ; elle est conditionnée par notre constitution et par nos tendances stables. Ayons la persévérance de nous réaliser dans notre mémoire par la patiente tlicsaurisation en elle de nos énergies à' mesure qu'elles sourd eut du fonds de nous-méme. Nous verrons peu à peu nos instincts se muer en facultés, de même qu'en un feu de bois qui n'est d'abord que fumée, la flamme jaillit quand par l'entr'aide que se donnent de nmltiples petits foyers, la chaleur augmente.

Doué sous le rapport de la vue, j'aurai une brillante mémoire des couleurs et sans doute, pour peindre l'automne, je trouverai de délicates nuances. Doué musculairement, j'aurai une mémoire riche en lignes, eu mouvements. Un auditif pourra retenir des symphonies entières de Berlioz ou de Beethoven.

Un sensuel aura, coumie Musset, le cerveau dominé par des images d'amour. Un passionné de la nature retiendra une riche variété de beaux paysages. Un Corneille, liéroïque et sincère, s'emplira l'imagination do la vie des héros antiques, taudis que La Fontaine, féru

LA VRAIE PUISSANCE EST CONCENTRATION iSI

des bêtes, n'oubliera rien de leurs faits et gestes. Un esprit religieux aura, comme Bossuet, l'imagination débordante de souvenirs bibliques.

Non seulement les prédispositions et les tendances profondes modèlent la structure organique de la mémoire, mais les manières d'être de la volonté en déterminent la physionomie. Un impulsif y inscrit les données telles quelles, en hAte, sans qu'elles aient subi l'élaboration de l'esprit d'examen et sa mémoire est remplie d'erreurs, de préjugés, de parti-pris. Le distrait n'y inscrit que des demi-souvenirs, des bribes de connaissances inutilisables.. Au contraire une volonté calme et patiente , peut organiser une mémoire bien ordonnée, fortement constituée autour de quelques grandes idées directrices qui communiqueront avec le fonds permanent de la sensibilité.

Tout étudiant intelligent ira non seulement dans le sens de la moindre résistance, mais encore dans le sens où il est porté par le courant profond de ses tendances. ! Nous 'n'avons pas de forces a gaspiller dans une lutte ' sourde contre notre personnalité : un Michelet passionné d'indépendance ne recevra pas de l'iiistoire les impressions qu'en tire un jésuite affamé d'autorité. Un Français généreux, élevé dans le respect de la personnalité d'autrui et de la vérité éprouvera du dégoût à lire une histoire allemande où les faits sont déformés par l'orgueil pangermaniste.

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