‹ Le travail intellectuel et la volontéChapitre 80 sur 119 · L'OUBLI LIBERATEUR · texte numérisé non relu

L'OUBLI LIBERATEUR

I Ne soyons nullement inquiets de nous limiter, car j j universalité est synonyme de dispersion, donc de I médiocrité et pour ignorer beaucoup de choses, onlj n'est pas un demi-savant, car ce terme ne flétrit que | ri^eranee présomptueuse. Dispersion, médiocrité,'; c'est faiblesse d^esprit. /

( Etre fort, c'est ne pas jeter aux quatre vents l'éner-f gie striotem^Ht mesurée du cerveau, e'ést se concen-| trer. \0n a défini une belle vie, une idée de jeunesse \ réaligèedittts Tà^e mùy. Heureux ceux qui, vers la î vingt-septième aàïlée, ont découvert une idée féconde j dont ^eale atinéés de travail feront une œuwe influente ! ( C'est à juste titre que nous disons « l'œuvre » d'un î écrivain ou d'un savant, car les ouvrages d'un esprit \ qui pense et qui a^t ne «ont que les approximations ■ successives d'une vérité unique dont le travail et la ; médita^n découvrent peu à peu la richesse et la ] fécondité.

: Une mémoire ordonnée est différente d'une mémoire | livrée au hasard. Elle est une création de la voionté cpmme ces payes où le gé^e de Le Nôtre a tout dis- f posé pour que l'esprit put goûter la beauté de la nature I rendue intelligible.

L*(C(tBLI LIBÉRATEUR

Il est heureux qu'un nombre immense d'états de conscience sontbrent dans un oubli définitif, car si nous nous souvenions de tout nous serions encombrés et ne retrouverions rien. C'est ainsi que dans un passage appris par cœur, le morceau fait bloc : nous pouvons difficilement en isoler une pensée ou une phrase. ( Une mémoire trop prenante, trop tenace, constitue une infériorité pour un développement supérieur du talent, à cause de l'encombrement : pour l'éviter, il faut une énergie rare dans le choix des faits et des

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fonrjaissances à admettre. Ce n*est pas à dire qu'il faille souhaiter une mémoire défectueuse oomme celle dont se plaint Montaigne : « pour apprendre trois vers, il m'y faut trois heures » (1)^ mais c'est un avantage de ne pas retenir trop facilement, parce que la mémoire dxm homme supérieur doit être une création volo7itaire : tous les éléments doivent concourir au travail efficace et donner un plein rendement. "Quidqidd nonjumt, obstaf. ' ("je dois donc élaborer une mémoire qui ttic soit propre, et qui, comme une armée disciplinée, soit docile à ma volonté. Elle doit faire plus : aller tiu-devantdes ordres, les deviner, les pressentir et i;vr!'"nfl!i?or avec nirs désirs profonds^ ( Pour cela, il faut à l'entrée, nous l'avons dit, un choiî éclairé et rejeter au néant les faits et les souvenirs indilierents. C'est le pouvoir d'oublier qui me confère cette faculté de créer ma mémoire.^

Voubli^ etfroi des érudits, « qui font de leur tôte une bibliothèque de dictionnaires » (2), est la puissance qui nous libère de l'asservissement au hasard.

11 y a un oubli capricieux, malfaisant parce qu'il fauche les souvenirs à l'aventure — mais il y a un oubli soumis à la volonté et bienfaisant, parce qu'il est l'outil de notre liberté intellectuelle. C'est par son habile maniement que nous pouvons dégager notre personnalité, comme à coups de maillet et de ciseau le sculpteur dégage de la pierre lourdement matérielle une figure où rayonne la pensée.

rOMMRNT NOUS SOMMKS LES MAITRES DE NOTRE MÉMOIRE

Pour créer l'œuvre d'art qu'est une mémoire bien faite, comment nous servir intelligemment de cette

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