‹ Le travail intellectuel et la volontéChapitre 90 sur 119 · LECTURES DE DISTRACTION . S · texte numérisé non relu

LECTURES DE DISTRACTION . S

qu« dans d'autres temps, d'autres lieux, d'autres conditions, nous serions heureux. CW. an tempf4 oii nf>i]g sommes, aux lieux où nous résidons, que nous devons courageusement faire notre devoir.

LrCTURES DE DISTRACTION

Restent les lectures que Von fait pour se distraire. Immense est le nombre des romans qui paraissent. La critique, outre les défauts dont nous venons de parler, n a plus aucune indépendance (1).

(jl est impossible, avant de l'avoir lu, de savoir si un livre a de la valeur. Aussi ne doit-on lire que les romans dont la réputation est établie.) La plupart des romanciers sont avant tout des commerçants, pressés de gagner de l'argent : ils n'ont ni le temps, ni le goût de tenir compte de la vérité, ni de la vraisemblance. Ils excellent à éveiller les sentiment élémentaires en plaçant leurs héros et leurs héroïnes dans des situations dangereuses d'où les tirent d'autres héros invulnérables aux balles, capables de passer à travers les murs et qui se moquent des lois de la pesanteur, inexistantes pour eux. On sort de telles lectures comme on sort du Salon des Indépendants, l'œil faussé par Tirréalité du dessin et de la couleur, l'esprit hébété par la contagion de l'absurde. Cette littérature malsaine pullule à cause de l'énorme besoin de la foule qui ne demande à un livre qu'une sorte d'excitation analogue à celle que donne le récit d'un crime ou d'un vol audacieux. Si fragiles sont encore les conquêtes de l'esprit scientifique que le commerce avec la folie peut « déca-

(i) Un publioîste de valeur ayant fait passer dans un j^pand quotidien réloge de mon Cours de Morale, fui blâmé par le directeur. Celui-ci ne pouvait admettre qu'un journal, entreprise financière, % fit de la réclame non payée » à qui que ce fut 1

Pavot. — Travail 14

210 GOMMENT S'INSTRUIRE PxVK LES LIVRES

1er » un esprit de son aplomb. Aussi est-il prudent de s'y refuser.

i D'ailleurs les lectures qui intéressent la curiosité présentent le danger de nous faire accepter de longues heures d'immobilité et des efi'orts oculaires excessifs.) Presque toujours c'est une galopade qui laisse abêti, car le lecteur, énervé, dévore les pages pour arriver à la lin et pour savoir comment riiéroïne va se tirer des embûches qui se succèdent d'une façon effrayante.

(Ces lectures représentent, dans la vie d'un intellectuel, ce qu'est l'alcool dans la vie de l'ouvrier^ C'est un plaisir analogue au plaisir de boire ou de fumer.

[Gros danger, car comme tous les besoins d'excitations, ces lectures deviennent vite tyranniques. ]

Elles remplissent les heures qui devraient être données à quelque occupation manuelle re^^osante, dont, hélas I notre éducation déraisonnable nous rend incapables.

Nous n'éprouverons pag o#î'besoin de lectures frivoles si nous aimons notre tâche au point qu'elle devienne le centre do noire vie intellectuelle et si nous savons trouver dans notre travail les joies de l'aventure toujours nouvçdle qu'est la poursuite de la vérité. Seuls les malheureux pour qui le travail est une corvée, fuient hors d'eux-mêmes et recherchent le tabac, l'alcool, les courses, le théâtre, le roman policier ou le roman romanesque. C'est pour eux que les rotatives vomissent les romans-feuilletons et que les « pornographes » écrivent, eux qui considèrent que l'intelligence n'a d'autre rôle que de se mettre au service des organes logés au-dessous du diaphragme. ^

1 En résumé, souvenons-nous que pour être un esprit cultivé, un savant digne do ce nom, il ne faut pas être accablé sous le poids des connaissances.) Les hommes qui ont bAfi une œuvre savaient ménager l'énergie conquérante de leur esprit. En général ils avaient peu lu,

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