‹ Le travail musculaire et l'énergie qu'il représenteChapitre 30 sur 53 · MODIFICATIONS DE L'EGIIAUFFEMENT MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

MODIFICATIONS DE L'EGIIAUFFEMENT MUSCULAIRE

d'autre chose que du travail positif. C'était beaucoup du reste. Heidenhain d'abord, puis Ficl<: et ses élèves, ont cherché à démontrer que le travail positif absorbe de l'énergie. Heidenhain semble convenir lui-même que les faits, d'ailleurs si exacts, si précieux, qu'il a recueillis n'emportent pas nécessairement cette interprétation. Dans le laboratoire de Fick, on a été, sous ce rapport, plus- heureux. On y a comparé réchauffement musculaire quand l'énergie contenue dans le travail mécanique est ou n'est pas restituée au muscle qui exécute le travail ; c'est-à-dire quand la charge soulevée retombe libremententendantlemuscleetquand, au contraire, elle reste soulevée, ou bien retombe sans être arrêtée dans sa chute par le muscle lui-même. Il est certain que l'absorption d'énergie parle travail extérieur ressort 1res nettement de toutes les expériences comparatives exécutées dans CCS conditions. Les résultats ont eu constamment cette signification, quel que fût le procédé employé pour soustraire le muscle à la restitution de l'énergie qu'il cède au travail extérieur. C'est ce qui se constate dans les expériences faites à l'aide du collecteur de travail de Fick, soit par lui-même (1), soit par Karl Ilarteneckavec sa collaboration (2) et dans celles que B. Da- jiilcwski a ingénieusement instituées pour faire sup- Korter la chute de la charge tantôt par le muscle, tantôt

^^K (1) Eocperimenteller Beitrag zur Lehre von der Erhaltimg der Kraft v^mi der Muslielzusammenzichung . — Aus Untersuchungen aus den ï^^hysiologischen Laboralorium der Ziiricher Hochsvhule. Herausgegeben

von A. Fic/c. Wien bei Bran millier, 1869, n° 1.

(2) Pflugers Archiv fur gesammte Physiologie, Bd. 16, 1878. —

Ueher die Warmeentwicklung bei der Muskelzuckung .

par un fil de caoutchouc (1). On y pourrait joindre aussi les expériences de M. Blix (2) dont j'aurai à dire quelques mots plus loin.

Toutes ces contributions à l'étude de ce point spécial de la thermodynamique musculaire sont intéressantes. Il est inutile d'y insister, puisqu'elles sont universellement connues et acceptées.

c. Expériences sur les muscles de mammifères vivants. — J'ai fait moi-même, avec la collaboration de M. Kaufmann (3), des expériences ayant pour but de s'assurer si les muscles qui se contractent spontanément, pour accomplir une fonction régulière et normale, cèdent au travail extérieur une partie de l'énergie mise en œuvre parla contraction. Dans ces expériences, d'un caractère tout particulier, on a utilisé l'entraînement synergique des muscles appartenant à un même groupe fonctionnel. Grâce à cette synergie, il est bien difficile de les empêcher de se contracter' énergiquement et régulièrement,

(1) Pflugers Archiv., Bd. 21. 1880. — Thermodijnamische Tintersiichungen am Miiskel.

(2) Zeitschrift fur Biologie, Bd. 21, N. F. III. —ZurBelauchtungder Frage, ob Wàrme bei der Muskelkontraktion sich in mechanische Arbeit wnsetze.

Les divers travaux exécutés sur la thermodynamique musculaire dans les laboratoires de A. Fick et publiés dans divers recueils viennent, au grand avantage de ceux que ces recherches intéressent, d'être réunis en un volume : Myothermischc Untcrsii- -chungen ans den physiologischen L<ih iraluricn zu Zurich und Wiirzbiirg,eiG. Wiesbaden, Bergmann, 188'J.

(3) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. CV. — De la quantité de chaleur produite par les muscles qui fonctionnent utilement dans les conditions physiologiques de Vétat normal.

MODIFICATIOiNS DE L ECIIÂUFFEMENT MUSCULAIRE. 191

pendant l'accomplissement de la fonction à laquelle le groupe est préposé. L'effet de cette synergie s'observe encore même quand, par la section de son insertion mobile, un muscle est mis dans le cas d'agir à vide et de ne produire aucun effet utile. Il peut arriver alors que le travail chimique, source de l'énergie, ne soit pas sensiblement modifié, et cependant réchauffement que subit le muscle est sensiblement supérieur à celui qu'il éprouve quand il se contracte en accomplissant son travail extérieur normal. Ces expériences, pour la démonstration de l'absorption d'une partie de l'énergie créatrice de la contraction musculaire par le travail extérieur, dans les conditions de la vie physiologique, empruntent à leur originalité leur principal intérêt. Il n'est besoin, pour le moment, que de les signaler, purement et simplement, comme je l'ai fait pour les expériences exécutées sur les muscles de la grenouille.

d. Programme des expériences à faire, sur l'homme^ pour la détermination des modifications que le travail inécanique introduit dans Véchauffement musculaire. — De ce que les expériences de J. Béclard, sur l'espèce humaine, n'ontpas répondu àTattente des physiologistes, s'ensuit-il qu'il faille renoncera toute nouvelle tentative pour démontrer, sur l'homme physiologique, l'absorption d'énergie par le travail positif et la restitution d'énergie par le travail négatif? Au moins, faut-il, avant d'abandonner la méthode, en essayer l'application en se plaçant dans les conditions d'égalité ci-devant indiquées, tant pour les comparaisons entre le cas du

travail statique et celui du travail mécanique, que pour celles dans lesquelles on met en présence les deux formes du travail mécanique, c'est-à-dire le travail positif et le travail négatif. Je me suis déjà demandé précédemment si la méthode ainsi appliquée permettrait d'aboutir à une solution, et j'ai laissé subsister, en guise de réponse, un grand point d'interrogation. Sans doute^ il n'est pas* possible de prévoir ce que donneraient les expériences consacrées à cette application correcte de la méthode, à cause de l'incertitude dans laquelle on se trouve encore au sujet de la dépense d'énergie qu'entraîne, dans les différents cas, l'entrée en activité des agents excitateurs de la contraction musculaire. Mais le sujet vaut la peine qu'on s'en assure. Le temps m'a manqué pour exécuter cette étude conformément au programme que je m'étais tracé. Je ne suis en mesure de donner actuellement guère plus que ce programme. Il ne sera peut-être pas sans utilité de le faire connaître.

Expériences à faire sur le biceps pour comparer réchauffement dit à la contraction statique et à la contraction dynamique correspondante, tantôt positive, tantôt négative. — Deux procédés sont à signaler pour ces expériences.

On pourrait d'abord tenter d'imiter la manière de J. Béclartl, mais avec répétition égale des excitations volontaires provoquant les deux sortes de travail musculaire qui doivent être comparées, c'est-à-dire en faisant cesser et en reproduisant la contraction statique autant

Hf modifications de L'ECiïÂUFFEMKNT MUSCULAIRE. 193

de fois que se répète le mouvement qui élève ou abaisse le poids dans l'exécution de la contraction dynamique. Mais il est certain qu'il doit être difficile d'y réussir correctement.

Le mieux est, sans doute, d'agir dans les deux cas avec la contraction unique. Par exemple, on comparerait réchauffement de la contraction statique, avec charge soutenue pendant une minute, dans deux positions différentes de l'avant-bras, à celui qui résulte d'une seule contraction dynamique faisant mouvoir la même charge, dans le même temps, entre lesdites positions, soit de bas en haut, soit de haut en bas. Ce serait, comme on le voit, purement et simplement, la reproduction exacte des expériences décrites ci-devant à l'article 3 du dernier chapitre (page 168). Répétées un grand nombre de fois, elles donneraient peut-être, sur la question, des renseignements plus significatifs que ceux que j'en ai déjà obtenus. Il est à craindre toutefois que le travail mécanique accompli soit, avec ce procédé, beaucoup trop minime pour traduire son influence sur réchauffement, soit dans le sens de la soustraction, soit dans celui de l'addition de chaleur. Pour pallier autant que possible cet inconvénient présumé, il faudrait donner à la charge la valeur la plus grande possible. Mais il serait difficile de dépasser de beaucoup six kilogrammes, avec l'armature dont je me sers habituellement, qui place le point d'application de la charge à trois centimètres environ en avant des articulations métacarpo-phalangiennes.

Expériences faites dans le but spécial de comparer

d94 LE TRAVAIL MUSCULAIRE ET L'ÉNERGIE, ETC.

réchauffement des muscles de F homme ^ gui élève ou descend son propice poids. — Les expériences sur le biceps, dont je viens d'indiquer le programme, auraient surtout de l'intérêt au point de vue du travail négatif. En ce qui regarde le travail positif, on sait déjà, d'après l'expérience, à quoi s'en tenir sur l'absorption d'énergie qu'il entraîne. Nous sommes loin de cette certitude expérimentale avec le travail négatif. La littérature physiologique est, du reste, sur ce point, d'une rare pauvreté. C'est exclusivement aux mémoires de Ilirn et à celui de J. Béclard qu'il faut s'adresser. Or les expériences de Hirn, si démostratives à l'égard du travail positif, ne contiennent pas réellement les enseignements que l'auteur a cru y voir, au sujet du travail négatif, car les résultats signalés sont contradictoires. Quant aux expériences de J. Béclard, on sait maintenant ce qu'il en faut penser, et combien est justifiée la défiance instinctive avec laquelle, dès le premier moment, ces expériences ont été accueillies.

Cette défiance était, du reste, entretenue par la contradiction très nette qui existe entre les résultats annoncés par J. Béclard, d'après ses expériences sur son muscle biceps, et ceux que l'on constate sur l'homme qui élève ou abaisse son propre poids. Je connais un nombre très respectable d'expériences dans lesquelles les sujets ont cherché ce qu'il advient de la température du corps quand celui-ci se déplace, en montant ou en descendant, soit des escaliers, soit des pentes plus ou moins rapides. La descente détermine toujours moins d'échauffement que l'ascension. Mais il ne faut pas perdre de vue

Page 1