DU TRAVAIL CORPOREL EXAGÉRÉ
et le nombre d’hommes. Dans le premier, le fort William, le service était excessif; on y compta quatre-vingt-dix scorbutiques. Dans le fort Auguste, où le service ne dépassait pas la limite des forces humaines, on n’en compta que deux.
Est-il besoin d’insister sur ces faits? Ne convient-il pas mieux de rappeler à vos pensées ces hommes qui sont quelquefois victimes de fatigues excessives et réitérées, qui, poussant le courage jusqu’au dévouement, ne connaissent plus la limite de leurs forces, en usent jusqu’à l’épuisement, et s’offrent ainsi à toutes les causes des maladies chroniques, telles que maladies du cœur, marasme, phthisie, si une affection aiguë ne les précipite sur cette pente fatale. Combien de pauvres ouvriers chargés de famille ne sont-ils pas ainsi tombés! Heureusement que, dans notre siècle, les institutions publiques et privées de charité et de prévoyance ont déjà beaucoup fait pour s’opposer à ces maux. Mais il faut continuer à marcher rapidement dans cette voie de progrès. Il n’est pas de condition plus digne de sollicitude et de respect.
Parmi ces victimes de l’épuisement produit par un travail exagéré de tous les jours, permettez-moi de vous citer ces pauvres médecins de campagne qui, emportés par les devoirs d’une clientèle répandue dans de lointains villages, ne trouvent jamais de repos. Ils ne peuvent laisser leurs malades sans
secours; ils rentrent chaque soir chez eux excédés de fatigue, sans y trouver une nuit de sommeil tranquille. Beaucoup d’entre eux ont, à ma connaissance, été ainsi frappés à la fleur de l’âge.
Le perfectionnement de nos chemins vicinaux a déjà fait beaucoup et fera plus encore pour rendre ces cas moins communs, en permettant à ces hommes courageux de visiter leurs malades sans autant de fatigue.
Reconnaissons cependant, pour rester dans le vrai, que ce sont de rares exceptions sur lesquelles je viens d’insister.
»e l’effort.
Si l’épuisement par suite d’un travail continu audessus des forces n’est pas une chose commune, par contre il n’est pas d’homme qui, dans des occasions variées, n’ait fait un effort. Nous désignons sous ce nom un déploiement instantané des forces vives de l’économie.
L’effort présente des inconvénients et des avantages. Il est utile dans la jeunesse pour élever progressivement le niveau des forces. Les résultats obtenus grandissent par l’habitude et la réitération des actes. Cette puissance acquise peut être heureusement utilisée dans un moment de danger.