‹ Le travail. Son influence sur la santéChapitre 12 sur 41 · BE LA PARESSE · texte numérisé non relu

BE LA PARESSE

Les plus graves inconvénients du déploiement instantané des forces vives, c’est que ce déploiement n’est pas symétrique, qu’il peut amener un déplacement brusque des organes mobiles. C’est là une des causes les plus ordinaires des hernies. L’effort peut encore déterminer la congestion des capillaires, la rupture des gros vaisseaux, etc.

Il faut dire que les inconvénients du déploiement instantané des forces sont beaucoup diminués par l’habitude, et surtout quand on a eu le soin de les graduer. Les hommes dans la force de l’âge, et encore plus les vieillards, doivent être très circonspects pour faire ces tours de force qui sont véritablement l’apanage de la jeunesse.

Inflnuencc de la paresse corporelle snr la santé.

Je vous ai rapidement exposé les inconvénients du travail continu exagéré et ceux du déploiement instantané de toutes les forces. Combien ils sont faibles et peu nombreux, si nous les comparons aux maux qu’engendre la paresse corporelle !

Je vais faire en sorte de vous esquisser rapidement l’influence de la paresse sur l’appareil digestif et sur ceux de nutrition, sur les principales excrétions, sur le système musculaire, sur la calorification , sur la production des principales

cachexies, et enfin sur l’intelligence et la moralité.

Influence du défaut d’exercice sur la nutrition. — Le premier effet de la paresse corporelle habituelle sur l’appareil digestif, c’est d’abaisser le niveau de l’appétit. La dépense s’amoindrissant, la nécessité de la réparation est moins pressante, et ce plaisir qui naît de la satisfaction du premier des besoins va chaque jour en s’affaiblissant.

L’anorexie peut atteindre des limites telles qu’elle constitue souvent une maladie véritable.

Le mal de cœur des noirs de Cayenne en est une des formes les plus saisissantes; elle atteint presque exclusivement ceux, comme nous l’a appris M. Laure, qui oublient, pour ainsi dire, de manger, et dont le bonheur suprême est de passer la vie dans le som^meilet /ere/jos. Avec le temps, tous ces malheureux succombent aux suites des infiltrations ou de la phthisie, conséquences de l’appauvrissement de l’économie qu’engendre cette indolence.

Il est des paresseux qui, tout en restant plongés dans l’oisiveté corporelle, conservent un excellent appétit : bien des incommodités les attendent. Nous allons parler plus loin de la goutte et de la gravelle urique, mais avant il faut nous occuper de l’obésité (X).

J’en ai déjà parlé dans mon Mémoire sur Ventral-

DE l’obésité.

netnent des pugilistes {l)-, j’y ai rappelé que les Grecs et les Romains considéraient cette forme de santé comme une fâcheuse infirmité.

Quand l’obésité atteint de grandes proportions, c’est un fardeau énorme que le malheureux est condamné à porter toujours avec lui, ce qui a pour résultat, soit dit en passant, d’augmenter sa fâcheuse tendance à l’inertie corporelle. Plus à plaindre que l’avare, condamné à garder son trésor, l’obèse doit toujours le porter. Il n’y a rien de forcé dans cette comparaison : la graisse accumulée en excès dans le tissu cellulâire est parfaitement comparable au trésor inemployé de l’avare.

Sans doute il faut de la graisse en réserve dans l’économie pour les jours de privation et de maladie , mais l’excès ici devient un mal à bien des titres.

Ce fardeau fâcheux qu’a l’homme bouffi d’embonpoint n’a pas pour seul effet d’alourdir sa marche, les organes les plus essentiels sont comprimés, réduits dans leur volume et dans la puissance de leurs fonctions.

Dans les conditions normales, cela peut offrir peu d’inconvénients; maisvienne une maladie accidentelle, et des accidents imprévus se révèlent soudainement.

Une simple bronchite envahissant des poumons

(1) Supplément à VAnnuaire dé thérapeutique de 1861, p. 260.

refoulés par un énorme tissu adipeux suffit pour déterminer une asphyxie promptement mortelle.

Les mouvements du cœur deviennent moins libres et moins énergiques : d’où ces hydropisies qui frappent les obèses. Ai-je besoin de mentionner les hernies qui les menacent à tant de titres? la glycosurie par excès d’alimentation, si, fréquente et si souvent méconnue ?

Voici en quels termes j’apprécie {loc. cit., p. 261 ) les moyens de combattre cette prédisposition fâcheuse à l’obésité excessive :

<t II est bien certain que rien ne convient mieux aux jeunes gens prédisposés par hérédité à la polysarcie que l’ensemble des pratiques de l’entraînement du pugiliste, que je vous ferai connaître bientôt. C’est, je le pense, une voie assurée pour combattre cette imminence morbide de l’obésité qui est fatale à plus de gens qu’on ne le croit. On peut atténuer quelques-unes de ces pratiques, et cela est indispensable quand on a des devoirs sociaux à remplir.»

J’approuve l’usage du biscuit de mer pour les obèses, et mieux celui du pain de gluten, ou au moins du pain rassis, comme cela est prescrit dans les pratiques de l’entraînement du pugiliste; mais je recommande par-dessus tout l’exercice et la sobriété.

Influence du défaut d'exercice sur les excrétions. — Toutes les excrétions sont amoindries et

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