DU SCORBUT
miné par la paresse corporelle est une des causes du scorbut sur lesquelles j’insiste dans mon cours d’hygiène. Parmi les exemples que je cite, en voici un très remarquable :
En 1633, la Compagnie hollandaise du Groenland fit laisser dans ce pays sept braves matelots dans le but de se procurer des observations sur le climat.
On avait tiré des vaisseaux de quoi les pourvoir abondamment de provisions de toute espèce. Rien n’était donc à désirer du côté de l’alimentation; mais ils ne surent, en restant dans l’inaction commandée par la nécessité des études, se défendre de la continuité d’action du froid, et ils périrent tous scorbutiques. Ils n’avaient point été éclairés par l’exemple de huit Anglais qui furent laissés sur la même côte glacée, en 1630, par un accident de mer, et qui, dépourvus, depuis le mois de juillet jusqu’au mois de mai suivant, de toute autre subsistance que de celle que leur propre industrie pouvait leur procurer, furent à l’abri du scorbut et survécurent tous à leur désastre. Ces Anglais n’avaient ni pain ni biscuit; ils étaient absolument dépourvus de végétaux et de liqueurs spiritueuses ; ils ne buvaient que de l’eau, et ne mangeaient que la chair des ours, des rennes et autres bêtes fauves qu’ils pouvaient tuer. Pour pourvoir à leur subsistance, les Anglais furent toujours en mouvement, tandis que les Hollandais,
ayant de suffisantes provisions, restèrent inactifs. L’influence pernicieuse du repos du corps dans ces contrées glaciales est donc bien évidente.
Je pourrais multiplier ces exemples, mais je dois me borner à vous rappeler que les fatigues excessives, comme le repos, conduisent également à la continuité du refroidissement à la périphérie. Le même effet physique étant produit par deux causes qui paraissent opposées, il n’est point étonnant de voir apparaître le scorbut dans des conditions physiologiquement identiques, quoique très dissemblables en apparence.
L’homme qui vit dans une inertie continuelle perd l’habitude de réagir contre les causes de refroidissement, qui passent inaperçues pour un homme vigoureux et agissant, et le résultat de ce refroidissement produit souvent chez lui les plus graves affections.
Influence du défaut d’exercice sur la production des eachexies. — L’individu chez lequel toutes les fonctions organiques sont alanguies n’excrète point régulièrement tous les résidus des actes chimiques qui se passent incessamment dans le corps de l’homme.
Sans doute, ces principaux résidus, comme l’acide carbonique, l’urée, l’eau, sont éliminés avec la plus grande facilité ; mais il en est d’autres, comme le
DE l’ennui.
mucus et les matières épidermoïdales, qui, lorsqu’elles ne sont pas régulièrement excrétées, peuvent s’accumuler en subissant des modifications incomplètes dans divers organes.
Après avoir longuement réfléchi sur ces questions difficiles, j’ai été conduit à rechercher, dans cette diminution ou cette aberration des excrétions insolubles, une des causes prédisposantes les plus importantes des affections scrofuleuses, tuberculeuses et cancéreuses, que je considère comme devant être rapprochées les unes des autres par ce lien étiologique.
Vous le voyez, je regarde le défaut d’exercice comme une des causes les plus puissantes des plus grave, et des plus meurtrières maladies chroniques qui affligent l’humanité.
Influence du défaut d'exercice sur l’intelligence. — Un mot seulement sur l’influence de la paresse corporelle sur l’intelligence.
L’homme qui ne travaille pas a une grande tendance à subir le joug de ce mal insupportable que les Anglais désignent sous le. nom de spleen,, que nous connaissons sous celui ééennui de la vie; telle peut être sa puissance que, dans bien des cas, il devient la cause déterminante du suicide (XI).
Si nous considérons l’influence de la paresse sur la moralité, il me suffira de vous rappeler ce mot
bien connu de l’illustre Franklin : « Celui qui ne fait rien est bien près de mal faire. »
Dans cette appréciation, il s’agit tout à la fois du travail corporel et du travail intellectuel. Cela nous conduit à nous occuper de ce dernier.
DU TRAVAIL INTELLECTUEL
Après avoir démontré que le travail corporel en rapport avec les forces, loin de nuire à la santé, en est au contraire une condition, il me reste à accomplir la partie la plus délicate de ma tâche, mais celle aussi pour laquelle j’ai l’auditoire le plus sympathique. Je vais chercher à établir que parallèlement au travail physique nécessaire au développement du corps, doit marcher un autre travail indispensable au développement de l’intelligence (Xll).
L’homme, je suis porté à le croire, ne ressemble pas à la fourmi, et n’a pas, comme elle, un goût instinctif pour le travail. Si primitivement il s’y est soumis, c’est pour obtenir les moyens de satisfaire ses besoins et ceux des siens, d’éloigner ses ennemis de tout genre, et de jouir de la vie dans la plénitude de ses facultés. C’est là le but du travail de
DU TRAVAIL INTELLECTUEL. 31
l’homme; son caractère essentiel, c’est d’être perfectible sans qu’on puisse assigner des limites à cette perfectibilité (XIII). Les générations qui suivent peuvent profiter des progrès des générations qui les ont précédées. L’abeille exécute sans contredit d’admirables travaux, mais qui sont et seront toujours les mêmes.
L’homme approche de la perfection à la fois par la répétition des mêmes efforts, par la tradition, par l’invention. Pour suivre le mouvement du progrès humain et pour l’animer, il faut, par une étude de longue haleine, cultiver son esprit pour connaître les travaux des autres et pour s’élever, si cela est possible, à la recherche de la vérité.
Au physique, comme au moral, nous rencontrons toujours le travail comme le principal moteur de la perfection.
Oui, messieurs, l’union du travail corporel et du travail intellectuel a produit les merveilles du bien et du beau. Le marbre, sous le ciseau de Phidias, a pris des formes qui ont excité l’admiration des siècles. Les couleurs, grâce au pinceau de Raphaël, ont revêtu les apparences de la vie dans ce qüe l’on peut rêver de plus pur. L’homme emprunte à la nature son bois, son métal, ses fibres; il les transforme en instruments divers qui, grâce à lui, rendent des sons divins.
Partout transfigurée à son précieux contact, la matière se voit soumise à des lois nouvelles. Plus heureux que ce roi de la Fable qui changeait tout en or, l’homme de génie transforme ce qu’il touche en beauté, en force, en poésie.
Je n’en finirais pas si je voulais simplement vous énumérer les découvertes utiles du travail humain : l’imprimerie, les machines à vapeur, la télégraphie électrique, le daguerréotype, etc. L’honorable président de l’Association vous a trop bien initiés à ces grands sujets pour qu’il me soit permis d’insister; mais vous conviendrez avec moi que l’imagination du plus hardi poëte est dépassée par les résultats obtenus par le travail de l’homme. La mythologie est vaincue. Qu’est-ce, à côté des merveilleuses découvertes de notre siècle, que ces pauvres coursiers d’Homère qui franchissaient d’un saiit les bornes de l’horizon?
C’est bien le travail collectif qui a produit ces grandes choses. Supposons pour un moment l’homnie abandonné à lui-même.
Est-il nécessaire d’insister sur l’incroyable désordre d’une intelligence qui n’a point été cultivée, et que le travail n’a pas développée? Les préjugés les plus monstrueux, les croyances les plus ignobles, la stupidité la plus bestiale, déshonorent la divine créature devenue l’image de la brute.
DU TRAVAIL INTELLECTUEL
Le travail intervient, il anime cette chair, il réveille cette âme endormie qui s’ignore, il refait un homme enfin de ce pauvre délaissé qui allait descendre aux derniers confins de l’animalité.
C’est par le travail des générations, uni au travail individuel et à une heureuse nature, que se sont produites ces nobles figures qui constituent la gloire du genre humain : dans la philosophie et l’éloquence, Socrate, Platon, Démosthène, Cicéron; dans la poésie, Homère, Virgile, Milton, Dante; dans la science, Aristote, Hippocrate, Newton, Lavoisier.
Le but le plus élevé auquel l’homme puisse atteindre, la vertu, on n’y parvient pas sans travail. Le dévouement à ses semblables, l’amour de la patrie, paraissent des sentiments spontanés qui brillent souvent de l’éclat le plus vif dans des natures incultes en apparence ; mais si l’on y regarde de près, on y trouvera toujours l’empreinte du travail des générations et d’un effort individuel considérable, qui a pris son point d’appui dans quelque condition exceptionnelle. Ainsi, dans notre France, le type le plus pur du dévouement à la patrie s’est produit sous l’influence de malheurs publics inouïs. Jeanne Darc avait sans doute une nature d’élite ; mais ce qui est bien remarquable en elle, c’est qu’elle a été l’éclatante représentation des sentiments qui animaient les
cœurs de la nalion française et du temps; elle n’a pas dû arriver à cette perfection sans combats et sans efforts inouïs sur elle-même.
Aristocratie Un travail.
Nous sommes, par les exemples que je vous ai cités, invinciblement conduits à admettre des degrés dans l’énergie et dans les résultats du travail.
L’aristocratie du travail ne saurait être méconnue; c’est la seule que les générations futures accepteront, car elle est dans la nature de Lhomme, elle découle du principe de perfectibilité. C’est le fondement du progrès.
Encourager, honorer, récompenser pour lui et pour les siens celui qui a travaillé plus et mieux que les autres, cela est parfaitement légitime ; malheureusement il n’en a pas toujours été ainsi.
Pour ne point sortir des exemples que j’ai choisis, vous vous rappelez tous que des jugements ont condamné Socrate à boire la ciguë, Jeanne Darc à monter sur le bûcher; mais la postérité n’a-t-elle pas protesté contre ces arrêts iniques, et ces noms glorieux ne viennent-ils pas au premier rang parmi ceux qu’elle honore ?
La dévorante activité des travaux de l’esprit est parfois méconnue par le vulgaire, qui est souvent
DU TEAVAIL INTELLECTUEL EXAGÉRÉ. 35 tenté de prendre pour des oisifs et dè mépriser les hommes qui ont le plus travaillé (XIV).
Vous le savez, c’est par leur immense aptitude au travail que se sont élevés les dominateurs du monde ; je n’ai besoin de citer que César et Napoléon.
« C’est par le travail qu’on règne », disait aussi Louis XIV.
Incoménicnts de i'exeès des triîvanx de l’esprit.
Moyens d’y remédier.
Le principal inconvénient de l’excès des travaux de l’intelligence, c’est l’abandon de l’exercice corporel : l’homme emporté par son esprit oublie son corps ; il oublie ces soins opposés que réclame la dualité humaine. Les principes si admirablement posés par Platon sont journellement méconnus de nos jours.
Cette négligence des soins du corps chez les travailleurs de la pensée est très commune en France; elle l’est beaucoup moins en Angleterre.
L’aristocratie, dans ce grand paySj s’est maintenue et a quelque raison d’être, parce que plusieurs vieilles races sont restées vigoureuses par les soins harmoniques du corps et de l’esprit. Le lord anglais fortifie son intelligence par l’étude et son corps par un exercice de chaque jour.
Je veux vous retracer rapidement les principaux
dangers de la négligence de l’exercice corporel chez les personnes vouées principalement aux travaux de l’esprit ou condamnées à une immobilité relative.
La classe de la société dans laquelle l’intelligence est développée par le travail intellectuel exclusif se trouve le plus souvent dans les conditions d’une modeste aisance si favorables au maintien de la santé; elle sait généralement mieux se mettre à l’abri de ces excès dangereux.
Malgré toutes ces conditions favorables, la sénilité est prématurée plus qu’elle ne devrait être, et la mort frappe relativement trop tôt dans cette classe privilégiée ; c’est parmi eux que le cancer de l’estomac fait le plus de victimes. La surexcitation du système nerveux est une des causes de la fréquence de certaines des formes de l’aliénation mentale, et parmi elles je dois en mentionner une qui passe souvent inaperçue ; c’est l’orgueil poussé jusqu’aux dernières limites.
Le culte exclusif de l’intelligence, avec cet abandon de l’exercice du corps, conduit fatalement à la diminution des forces ; puis, par le fait des alliances entre individus entachés originairement du même vice, on observe l’abaissement du niveau physique des races, qui finissent par s’éteindre après un nombre bien limité de générations.
La perfection, je ne saurais trop le répéter, c’est le partage bien ordonné du temps pour arriver, par
DE l’entraînement DES PUGILISTES. 37 le travail physique et intellectuel, au développement harmonique de toutes nos facultés et de tous nos organes. Rien n’est plus facile que d’atteindre ce but; pour cela il ne faut point gaspiller nos heures. Ne l’oubliez jamais, du temps perdu c’est de la vie perdue,
DE l’entraînement DU PUGILISTE.
Je vous ai dit qu’en Angleterre, parmi les classes lettrées de la société, l’exercice corporel était beaucoup plus en honneur que chez nous ; peut-être doivent-ils cet avantage à l’observation des effets vraiment merveilleux du régime et de l’exercice suivant la méthode diététique connue sous le nom d’entraînement du pugiliste (i).
Certes, je ne voudrais pas défendre le but pour lequel on soumet un homme à l’entraînement du boxeur ; mais les effets de ce régime sont vraiment si extraordinaires, que je crois devoir vous les faire rapidement connaître. Ces détails sont empruntés aux Mémoires de Barclay, que H. Royer-Collard a popularisés chez nous. Rien ne prouve mieux l’influence heureuse d’un exercice énergique quand la réparation est bien ordonnée.
« Un boxeur est un homme ordinairement âgé de
(1) Supplément à l’Annuaire de thêrapeulique de 1861 : De l'entraînement du pugiliste.
dix-huit ans au moins et de quarante au plus. Il entre dans l’arène nu jusqu’à l’ombilic; ses mains sont fermées, mais non armées; placé en présence de son adversaire, il attend un signal convenu pour commencer le combat. Alors les deux champions cherchent à se lancer de vigoureux coups de poing, depuis la tête jusqu’à l’épigastre. Si l’un des deux est renversé ou étourdi par la violence de l’assaut, on lui accorde une minute de repos ; avant que la minute entière soit écoulée, il se relève et recommence la lutte, sinon il est déclaré vaincu. Des boxeurs ordinaires, durant un combat d’une heure et demie, s’arrêtent ainsi trente à quarante fois. Il y a quinze ans environ, dans un luttecélèbre entre les boxeurs Maffey et Maccarlhy, qui dura quatre heures quarante-cinq minutes, l’un des deux tomba étourdi cent quatre-vingt-seize fois. La durée du combat est très variable : tantôt elle ne dépasse pas quelques minutes, tantôt elle est de trois, quatre et cinq heures^ On conçoit que des blessures graves et même la mort puissent en résulter; on en a vu de tristes exemples, mais c’est là une circonstance extrêmement rare* Le plus souvent, chose remarquable, il ne reste pluSj après quelques jours, aucune trace de ces coups si terribles en apparence. »
On peut dire, sans exagération aucune, qu’eri général les combats des boxeurs ne compromettent
DE l’entraînement DES PUGILISTES.
pas plus leur vie et même, leur santé qu’une foule d’autres professions qu’on ne regarde point comme dangereuses. Une force prodigieuse, une adresse singulière, une insensibilité aux coups qui passe toute croyance, et, en même temps, une parfaite santé, tels sont les phénomènes que nous présentent ces hommes, assurément fort différents des autres hommes. Comment se sonhils ainsi modifiés? Voilà la question. Est-ce par l’habitude même des combats? On serait tenté de le croire : ne sait-on pas, en effet, que le corps s’endurcit, comme on le dit , vulgairement, aux coups et à la fatigue? Mais les débutants, ceux qui s’essayent à ce pugilat pour la première fois, ressemblent, .sous ce rapport, à ceux qui ont vieilli dans la pratique. Si ces hommes se sont fait, pour ainsi dire, un nouveau corps et de nouveaux organes, c’est par les préparations qu’ils ont subies, par l’éducation spéciale qu’ils ont reçue, par l’entrais nement, la condition, pour parler leur langage ordinaire, c’est-à-dire par le régime.
En 1740, le fameux boxeur Broughton perdit, après sei;2e ans de victoires éclatantes, la couronne du pugilat pour avoir une seule fois négligé de se soumettre à l’entraînement : il reçut sur le front un coup qui sur-le-champ donna lieu à un tel gonflement, qu’il lui fut impossible d’ouvrir les yeux. Remarquez qu’il était devenu gras, pléthorique; la peau
ÛO LE TRAVAIL.
s’était amollie et distendue : l’entrainernent eût remédié, sans aucun doute, à ces inconvénients. On cite encore le combat mémorable qui eut lieu, en 1811, entre le boxeur Crible et le nègre Molineaux. Des paris étaient engagés pour 50 000 liv. sterl. Molineaux était d’une stature colossale et d’une force herculéenne ; il refusa de se préparer. Crible, au contraire, se trouvait dans des circonstances défavorables : il était gras et pesait 188 livres. Après un entraînement de trois mois, sous la direction du capitaine Barclay, il fut réduit à 152 livres. Le combat ne fut pas longtemps douteux; bientôt la face de Molineaux devint le siège d’une tuméfaction considérable, et la lutte ne put être continuée.
Sir John Sinclair assure que l’entraînement donne aux os plus de résistance, et qu’ils sont rarement fracturés dans ces sortes de combats; il est plus probable qu’ils sont protégés alors par le volume, la dureté et l’élasticité des masses musculaires.
Il paraît à peu près certain que cette gymnastique athlétique diminue notablement la sensibilité, ce qui se conçoit, puisque cette faculté est ordinairement en proportion inverse du développement de l’appareil locomoteur. Toutefois, si le corps se fortifie ainsi contre la douleur, il ne faut pas croire que les sens perdent en rien de leur activité ; les hommes qui ont subi ce régime prétendent tous que leur vue est de-
DE l’entraînement DES PUGILISTES.
venue plus nette, leur ouïe plus fine, leur esprit plus dégagé; un sentiment général de bien-être, de confiance en soi-même, est le résultat de cette transformation : de là vient que les Anglais ont coutume de dire que l’entraînement agit sur le moral aussi bien que sur le physique de l’homme.
Voici en quels termes j’apprécie, dans le Supplément à mon Annuaire 1861 (page 2Zi8), les pratiques essentielles de l’entraînement des pugilistes :
« On a confondu les pratiques de l’entraînement avec celles des gymnases ; mais, dans ces derniers, l’exercice domine tout, tandis que dans l’entraînement des pugilistes il est un grand nombre de préceptes dont la stricte application est indispensable au succès de la méthode. Si l’on voulait rechercher des antécédents aux procédés employés par les entraîneurs des pugilistes, on pourrait les retrouver dans la pratique des méthodistes.
» Le but qu’ils se proposaient d’atteindre s’applique aux résultats que l’entraîneur du pugiliste en a vue :
» Éliminer les solides ou liquides viciés, ou inutiles à l’harmonie des fonctions ; imprimer une activité nouvelle à la nutrition, afin de favoriser le rétablis^ sement et le développement des organes : voilà en quelques mots le programme des méthodistes en ce qu’il a d’essentiel; c’est aussi celui de l’entraînement du pugiliste.
» Lés préceptes de rentraînement peuvent être rangés sous huit titres ; 1“ évacuants; 2" alimentation; 3" exercice; !f soins de la peau; 5“ air pur; 6® influences morales ; 7“ abstinence vénérienne ; 8“ abstinence alcoolique et autres stimulants du système nerveux.
» Evacuants. “ Tous les entraîneurs s’accordent à prescrire des purgatifs ; ils diffèrent, sur leur nature : les uns adoptent les pilules bleues, d’autres l’huile de ricin, d’autres enfin les purgatifs salins ; quelqués-üns y ajoutent un émétique, et d’autres enfin prescrivent une saignée.
» Sans me refuser â croire à rutiïité des évacuants, je serais assez d’avis qu’il est entré dans ceS préceptes quelque chose des habitudes de la polypharmacie anglaise, soüvent si aveuglé et nuisible en tant dé cas. Je Serais tenté souvent de chercher à remplacer tous ces moyens par un peu de temps, en supprimant lés drogues de cet admirable traitement hygiénique.
» Pour lé pugiliste qui doit être préparé à jour fixé pour le combat, rien dé mieux ; mais pour nous, qui n’avons en vue que la santé, prenons du temps et moins de remèdes, si cela se peut.
» Alimentation .—-Elle joue un rôle considérable dans les pratiques dé l’entraînement, et, sauf quelques légères objections, elle me paraît parfaitement réglée pour le but qu’on se propose.
de l’entraînement des pugilistes. as
5 ) Boire peu est un bon précepte que nous trouvons déjà dans les pratiques des anciens gymnases; donner de préférence de la bière forte ou du vin rouge, en étendant d’eau ces deux boissons alimentaires, et en les prenant journellement en quantité modérée.
» On ne peut rien faire de mieux dans nos contrées.
» Adopter comme base de l’alimentation le bœuf et le mouton grillé, avec du biscuit, du pain rassis, des pommes de terre, voilà des aliments bien choisis pour un homme qui doit faire un large usage de ses forces musculaires.
» Je n’ai qu’à approuver la suppression du laitage, des fromages, du veau et de l’agneau ; mais pourquoi la défense de la viande de porc que Pythagore prescrivait aux athlètes?
5> Cette défense n’est pas aussi exclusive dans les méthodes nouvelles de l’entraînement; il est utile, que le porc à chair grasse et dense subisse une parfaite mastication.
» Pourquoi supprimer le gibier? Une aile de perdreau, une cuisse de chevreuil, etc., ne réparentelle pas le muscle comme la côtelette de mouton?
» Je remarque dans le régime de l’entraînement du pugiliste une grande réserve dans l’emploi des aliments gras ; c’est probablement dans le but de les
écarter que la viande grasse de porc est éloignée; mais, pendant la saison froide, je considère les corps gras comme indispensables au maintien de la santé de la plupart des hommes.
» Pythagore donnait à ses athlètes des figues, des soupes farineuses, des fromages ; mais les athlètes anciens étaient chargés de graisse, le muscle du pugiliste moderne doit en être net.
» J’approuve les préceptes de l’entraîneur qui éloignent les aliments épicés, j’y ajouterais les viandes conservées; je ne comprends pas le précepte de l’emploi restreint du sel, qui, avec le vinaigre, forme les deux condiments permis.
» J’ajouterais le précepte d’une mastication parfaite, et je permettrais l’usage très modéré desherbes, salades vertes, etc., malgré la nécessité de leur digestion qui est intestinale.
» La distribution des heures de repas me paraît bonne, elle est malheureusement peu compatible avec nos heures de travail : déjeuner à huit heures, dîner à deux heures ; souper deux heures avant le coucher, avec un peu de biscuit et de viande froide.
» Exercice. — Les exercices bien gradués, à différentes heures du jour, poussés jusqu’à la sueur, me paraissent un des éléments principaux des pratiques des entraîneurs. Je dois faire observer seulement que si ces exercices sont endurés par des personnes ou un
DE l’entraînement DES PUGILISTES. 45 peu avancées en âge, ou appauvries, il faut toujours être en garde contre les refroidissements non suivis de réaction. J’approuve les jeux actifs : le palet, le crick, la boule, la paume, la marche accélérée, le billard, l’opération de scier du bois, toutes les pratiques bien entendues de nos gymnases modernes.
)) Soins de la, peau. — C’est encore là une des parties essentielles de la méthode de l’entraînement. Il ne s’agit pas seulement de bains de peu de 'durée et d’une température la moins élevée possible, mais de frictions énergiques répétées à chaque suée en changeant dé flanelle. Ces frictions, sont pratiquées avec des linges rudes, avec des brosses de crin; j’ai adopté les brosses de caoutchouc de Galante, qui conviennent très bien. Je fais suivre ces frictions d’un massage avec la main enduite d’une ou de deux gouttes d’huile d’olive parfumée au benjoinvanille.
» Pour obtenir une netteté complète de la peau, outre les moyens précédents, les pugilistes emploient le savon et des frictions avec une terre douce, dépôt récent qu’on trouve au bord de plusieurs rivières.
)) L’état parfait de la peau, l’extrême sensibilité aux étincelles et courants électriques, sont des attributs d’une santé brillante que le pugiliste possède à un degré extraordinaire.
» Combien ces soins de la peau sont préférables à
toute la cosmétique vaine, qui n’a de la santé que le masque ?
» Vair pur est une condition à laquelle les entraîneurs paraissent tenir beaucoup ; je n’y vois pas d’inconvénient, mais je crois que, dans les villes, en prenant les exercices au grand air, cela doit suffire ; si l’air des champs est utile, c’est que l’élève y subit moins l’influence de dangereuses tentations.
1) hiflüencés morales.- —J’apprécié l’utilité dés préceptes de l’éntraîneur qui se rapportent aux influences morales. J’ai eu tant d’occasions d’observér chez les glycoSüriqués une augmentation dans la quantité dé sucré évacué, après un accès de colère, dés chagrins violents, des préoccupations tristes, des abus vénériens, que c’est une dés choses sur lesquelles mon attention ést le plus éveillée ; voici en quels termes je formule ma prescription : .
» Éviter les préoccupations tristes, la colère, l’envie, la contention d’esprit trop soutenue ; combattre les passions, éloigner les causes de chagrins ; vivré autant que possible en paix et en joie avec des habitudes journalières bien réglées.
» Ahiis vénériens. —Je n’ai rien à ajouter aux préceptes des entraîneurs sur ce sujet, je les approuvé complètement, quand ils proclament tous les inconvénients des abus vénériens.
î Modificateurs dti système nerveux. — Combien
DE l’entraînement DES PUGILISTES. Ul
les entraîneurs ont raison lorsqu’ils condamnent les abus alcooliques ! Rien n’est plus contraire à la conservation et au perfectionnement de la santé. Je conseille aussi une réserve extrême dans l’emploi de tous les modificateurs du système nerveux, même les m.eilleurs; il est bien entendu que je proscris l’opium, le haschisch. L’usage et surtout l’abus du tabac me paraissent contraire à l’élévation du niveau de la force; je serais réservé sur l’emploi du thé et du café, quand on doit faire un très large emploi de ses forces musculaires ; mais dans les pays chauds le café est souvent indispensable pour remplacer les alcooliques. »
Voici les effets les plus ordinaires de l’entraînement du pugiliste. Supposons qu’un boxeur pèse, avant d’entrer en condition, 64 kilos. Au bout de quelques jours, il n’en pèse plus que 60. Peu de temps après, il en pèse de nouveau 64, quelquefois plus, quelquefois moins, selon l’organisation ; mais ses membres ont singulièrement augmenté de volume. Les muscles sont durs, saillants et très élastiques au toucher; ils se contractent avec une force extraordinaire sous l’influence du choc électrique. L’abdomen est effacé, la poitrine est saillante en avant, la respiration est ample, profonde et capable de longs efforts. La peau est devenue très ferme, mais lisse, nettoyée de toute éruption pustuleuse ou
squameuse, très transparente. On attache une grande importance à cette dernière condition. Quand la main d’un homme convenablement préparé est placée devant une bougie allumée, il faut que les doigts paraissent d’une belle transparence rosée. On tient beaucoup aussi à l’uniformité de sa coloration ; si une partie est plus colorée qu’une autre, on juge que la circulation ne s’y exécute pas avec une régularité suffisante. Ces modifications de la peau sont des plus remarquables ; on les observe constamment, et elles sont considérées comme un des effets certains de l’entraînement. On note encore que les portions de la peau qui recouvrent la région axillaire et les côtés de la poitrine ne tremblotent pas pendant les mouvements des bras, qu’elles paraissent, au contraire, parfaitement adhérentes aux muscles sous-jacents. Cette fermeté de la peau et la densité, du tissu cellulaire sous-cutané, résultant l’une et l’autre de là résorption des liquides et de la graisse, s’opposent à la production des épanchements séreux ou sanguins qui suivent ordinairement les contusions : c’est là aussi un point essentiel.
Parmi les détails dans lesquels je suis entré à propos de l’entraînement du pugiliste, vous remarquerez que l’exercice le plus varié, les soins de la peau les plus minutieux, en forment les parties les plus essentielles, et ce sont précisément ces prati-