‹ Le travail. Son influence sur la santéChapitre 17 sur 41 · LES AGES, LES PEUPLES · texte numérisé non relu

LES AGES, LES PEUPLES

Nous arrivons maintenant aux parties les moins faciles, mais aussi les plus importantes de notre sujet ; nous allons chercher à apprécier l’influence générale, non-seulement du travail corporel ou de l’exercice, mais aussi du travail intellectuel, sur l’homme, dans les conditions principales où il peut être placé.

Du travail selon lès habitudes.

On a dit avec grande raison : l’habitude est une seconde nature. En partant de ce principe, il coiîvient de proportionner le travail corporel et intellectuel aux aptitudes de l’individu, et aussi à sès habitudes.

Ce que je viens de dire de l’individu, on peut l’ap^ pliquer avec autant de raison aux races. Les efforts doivent être gradués, ne pas excéder les forces, et ne peuvent, quoi qu’on fasse, élever un individu au delà d’un certain niveau.

Vous conviendrez cependant avec moi que par la suite du défaut de persévérance et d’une mauvaise direction, la plupart des hommes sont loin d’atteindre

DU TRAVAIL SELON LES IMMINENCES MORBIDES. 67 le développeriiént complet de leurs forces corporelles, intellectuelles et morales.

Du fraTail selon les inuuinences morbiaes.

11 est des conditions dans lesquelles on a un éloignement inné ou acquis, soit pour le travail corporel, soit pour le travail intellectuel ; c’est alors qu’il faut recourir à de longs et constants efforts pour vaincre cette fâcheuse disposition. Il ne faut pag se laisser glisser sur la pente où l’on descend, car au bas il y a un précipice.

Les personnes affaiblies, soit de race, soit par un régime mal dirigé, et j’entends par régime l’exercice aussi bien que l’alimentation, doivent redoubler d’efforts pour surmonter cette aversion pour toute fatigue corporelle.

C’est surtout dans les cas de diathèses scrofuleuse, tuberculeuse ou cancéreuse, où cette Vigilance de toUs les jours est indispensable. Quand la constitution sera détériorée par le mal progressant incessamment, les efforts de la médecine Seront le plus souvent sans puissance, tandis que le médecin de la santé, qui sait prévoir les accidents qui doivent fatalement se succéder, peut les prévenir, si on lè seconde par une intelligente et persévérante volonté, et si on ne laisse pas écouler, sans rien tenter, un temps irréparable.

La gymnastique forme la base du traitement le plus efficace contre la chorée (XX). Les inconvénients del’obésitéipeuvent être tous conjurés, quand on s’y prend à temps, en se soumettant à un exercice suffisant, en réglant bien l’alimentation. Le glyçosurique a horreur de toute fatigue, et c’est le travail corporel qui est le principal remède de cette affection.

Vous le voyez, messieurs, si notre instinct ou notre propension naturelle nous conduisent le plus souvent dans de bonnes voies, il est cependant à cette règle de remarquables exceptions, que l’expérience et l’observation nous ont fait découvrir.

»e la paresse Intellectuelle.

Si dans bien des circonstances il faut de persévérants efforts pour vaincre la paresse corporelle innée ou acquise, ces efforts sont encore plus indispensables pour se rendre maître de la torpeur de l’intelligence, cette première forme de l’idiotie.

C’est dans ces conditions fâcheuses qu’il faut dès la plus tendre enfance, de la part des parents, une incessante surveillance. La tendresse d’une mère peut seule, par une vigilance de chaque jour, de chaque heure, stimuler un esprit indolent. Comme elle doit s’ingénier pour découvrir les cordes qui peuvent heureusement vibrer dans une organisation

ingrate. C’est parce que j’ai vu de véritables merveilles provenant de ces soins prodigués à chaque instant pendant toute une jeunesse, que j’ai foi dans le succès.

Sans doute on ne fera pas un homme de génie ni une femme exceptionnelle, de ces natures déshéritées, mais par le travail intelligent de chaque jour on réduira, dans quelques cas, le mal inné à un simple retard d’évolution.

Pour la femme qui fait une pareille éducation, c’est être deux fois mère. De quelle joie ses efforts ne sont-ils pas couronnés lorsqu’elle voit une noble aptitude, un bon sentiment se développer dans une âme condamnée sans elle à l’inertie !

I>n travail selon les conditions.

La loi de l’énergie et de la perfection du travail se résume en deux mots : famille et liberté.

Je vais m’expliquer. Regardez autour de vous ; comparez le travail d’un fermier qui laboure le champ de son maître à celui du petit propriétaire qui défonce le sol qui lui appartient, quelle nonchalance d’un côté et quelle action de l’autre ! Il convient donc de favoriser tout ce qui peut amener les citoyens à travailler chez eux et pour eux.

Il faut le reconnaître, la loi française, issue de la

révolution de 89, qui a consacré le partage égal entre tous les enfants, et le niôuveraent des travaux püBlics depuis le commencement du siècle, ont fait marcher sans secousse et à grands pas dans cette voie fé^ conde. « La division de la propriété est l’œuvre la plus considérable de la révolution. Le sol est àujourd’hufla grande caisse d’épargne des habitants des campagnes, c’est ce morcellement de la terre qui a fondé chez nous, sur la base immuable du travail, le bien-être, l’aisance, l’égalité des citoyens (1). »

©a travail dans ses rapports avec resclavage.

Si par l’observation attentive des faits on est conduit à admettre que le sentiment de la propriété a animé l’ardeur au travail, à plus forte raison doit-on reconnaître, malgré les sophistes, que l’esclavage est antipathique à la loi suprême du travail humain.

En effet, on a des esclaves pour les faire travailler de force, pour transformer des hommes en de pauvres machines, pour rapprocher par la contrainte l’homme de l’animal, en comprimant chez lui le divin caractère de la perfectibilité.

11 nous faut, pour nous élever, de la spontanéité;

(1) Influence du morcellement de la propriété sur les progrès de l'agriculture et sur le bien-être de la masse dés citoyens, par M. Bouchardat. Brochure in-8, 1847.

pour inventer, pour progresser, il faut que nos bras soient animés par l’esprit, par le noble sentiment de la liberté.

Quel avenir] pouvez-vous attendre d’un pauvre esclave que vous condamne? à un labeur toujours uniforme, et çbez lequel vous étouffez toutes les nobles aspirations ?

travail selon les climats.

« Les Indiens regardent l’entière inaction comme l’état le plus parfait; ils donnent au souverain Être le surnom ^immobile.

» Dans ces pays od 1^ chaleur excessive énerve et accable, le repos est si délicieux et le mouvement si pénible, que Foé, le législateur des Indes, a suivi ce qu’il sentait, lorsqu’il a mis les hommes dans un état extrêmement passif ; mais sa doctrine, née de la paresse du climat, la favorisant à son tour, a causé mille maux,...

» La culture des terres est le plus grand travail des hommes. Plus le climat les porte à fuir ce travail, plus la religion et les lois doivent les y exciter^ Ainsi, les lois des Indes,, qui donnent les terres aux princes et ôtent aux particuhers l’esprit de propriété, augmentent les mauvais effets du climat, c’est-à-dire la paresse natui'elle. Le monachisme y a fait les

mêmes maux ; il est né dans les pays chauds d’Orient, où l’on est moins porté à l’action qu’à la spéculation.

» En Asie, le nombre des derviches ou moines semble augmenter avec la chaleur du climat ; les Indes, où elle est excessive, en sont remplies ; on trouve en Europe cette même différence.

» Pour vaincre la paresse du climat, il faudrait que les lois cherchassent à ôter tous les moyens de vivre sans travail.... » (Montesquieu, Esprit des lois, liv. XIV, chap. v à vu, extrait.)

C’est Montesquieu, messieurs, que vous venez d’applaudir, j’ai textuellement cité un passage remarquable de Y Esprit des lois.

Je vais chercher à vous montrer comment cette antipathie pour le travail est née dans les pays intertropicaux, quelle est la pente qui semble, dans ces contrées, fatalement y conduire l’homme ; puis, développant la pensée de Montesquieu, je vous dirai combien il importe d’y résister.

Voici la loi physiologique de la nécessité du travail, telle que je l’ai énoncée et démontrée dans mes cours d’hygiène.

« La nécessité du travail croît pour l’homme en marchant de l’équateur au pôle. »

Notre température propre devant constamment osciller aux environs de 37 degrés et demi centigrades, quand nous habitons un pays froid ou tem-

péré, il est un ennemi contre lequel nous devons incessamment lutter : cet ennemi, c’est le froid ; la lutte sera d’autant plus difficile, que la température extérieure sera plus basse.

L’homme résiste au froid par l’alimentation, par les vêtements, par le chauffage, par les habitations bien construites. Ses besoins sont donc d’autant plus grands que le climat est plus rigoureux, et d’autant moindres que la température moyenne du lieu qu’il habite, se rapproche davantage de sa température propre.

La chaleur extérieure est donc pour lui le symbole le plus net de la richesse. Elle l’est à un double point de vue; 1“ en diminuant tous ses besoins physiques, car y en a-t-il d’autres que ceux qui se rapportent aux soins de nous alimenter, de nous abriter, de nous vêtir, de nous chauffer; 2“ en déterminant une assimilation plus large des principes de l’atmosphère par les végétaux, et fournissant ainsi plus abondamment les matériaux utiles au développement des animaux ou des hommes.

Vous le voyez, messieurs, ces deux mots, richesse et chaleur, nous présentent des relations intimes et qui surprennent au premier abord.

Vous comprenez sans peine comment le travail est plus nécessaire à l’homme à mesure qu’il s’établit dans un climat plus froid. Vous admettrez aussi que

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l’habitant du Midi, ayant moins de besoins à satisfaire . que celui du Nord, s’adonne plus aisément à la vie contemplative en négligeant l’exercice.

Examinons maintenant l’influence de ce défaut d’activité sur la longévité humaine ; voici quelques chiffres qui vous en donneront une idée suffisante :

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