‹ Le travail. Son influence sur la santéChapitre 29 sur 41 · PARESSE CAUSE DE SUICIDE · texte numérisé non relu

PARESSE CAUSE DE SUICIDE

«L’homme a la missiondetravaillerpourlui, pour les siens, pour les autres. Son existence, celle de sa famille ne sont assurées qu’à ce prix. Et cependant on ne saurait se faire une idée du nombre prodigieux d’individus qui éprouvent un éloignement invincible pour le travail. On a dit, si au lieu d’accabler l’enfant d’occupations pénibles, qui n’ont aucun rapport avec ses goûts, ses aptitudes, ses penchants, vous lui rendiez l’étude agréable, vous triompheriez de sa paresse. La remarque est juste, mais l’immense majorité préférera toujours le jeu, la dissipation, l’oisiveté aux études, quelles qu’elles soient, fussent-elles même de leur goût. Les rues et les places publiques sont remplies d’enfants qui contractent, dès leurs plus jeunes années, l’habitude de ne rien faire et l’horreur de toute surveillance. Entrez dans les administrations, les bureaux, vous serez frappés de la nonchalance et du laisser-aller avec lesquels beaucoup d’employés remplissent leurs devoirs. Pénétrez dans les ateliers, et vous acquerrez bientôt la conviction que le travail est un fardeau que la plupart ne supportent qu’impatiemment. Lorsque l’histoire parlera de notre époque, elle aura une page pour les ateliei-s nationaux ! Que de camarades j’ai connus qui passaient leurs journées au café, à causer, à muser, quoi- <iu’ils fussent attendus à des rendez-vous d’affaires. On les

avait prévenus qu’une excellente occasion se présentait, qu’il fallait se hâter, naalgré le besoin ; ils n’en étaient pas plus pressés, et n’arrivaient jamais à temps. On peut le dire, sans crainte de se tromper, h moins d’immenses réformes, le monde appartiendra longtemps encore à ceux qui ont un but d’activité vers lequel ils marchent avec résolution et persévérance.

«Cinquante-six individus, la quatre-vingt-deuxième partie environ du chiffre général, se sont donné la mort par l’impossibilité où ils étaient de vivre sans travailler et par le dégoût que leur inspirait le travail. Les uns aimaient le plaisir, les femmes, mais ne voulaient rien faire pour satisfaire ces penchants; les autres, sans énergie, sans courage, ne se levaient que fort tard pour se rendre au bureau ou à l’atelier, malgré les réprimandes et souvent même malgré les corrections. Celui-ci, paresseux, gourmand, convoitait tout ce qu’il voyait, passait sa vie devant les boutiques, achetait souvent sans pouvoir payer ; celui-là, sans fixité dans les idées, sauf son éloignement invincible pour toute occupation régulière, tour à tour voyageur, soldat, déserteur, employé, domestique, fréquentant les cabarets, les filles, le jeu, tombait dans la plus affreuse misère, et finissait par le suicide.

» La plupart manifestaient, dès leurs jeunes années, une répugnance extrême pour tout ce qui exigeait du travail. Ils étaient légers, évaporés, insouciants. Il est surtout une classe d’hommes chez lesquels la paresse semble innée : ce sont les domestiques. Il serait sans doute à désirer que les maîtres leur donnassent de meilleurs exemples et n’oubliassent pas qu’ils sont des hommes et des chrétiens comme eux, mais

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il faut reconnaître que la plupart des serviteurs prennent cet état par ennui d’un travail régulier.

» La mobilité dans les idées existait chez beaucoup de ces individus; ils passaient continuellement d’un projet à l’autre et changeaient d’état comme de vêtement. Un de ces malheureux répondit à ses parents qui l’engageaient à prendre une profession, qu’il préférait la mort à l’ennui d’aller passer ses journées dans un atelier. C’est une renaarque déjà fort ancienne, que bien peu d’hommes aiment leur état; nous reconnaissons que beaucoup n’ont pas été consultés sur le choix, mais nous croyons aussi être dans le vrai, en disant que cela tient aussi à ce qu’un grand nombre n’en voudraient avoir aucun. »

(Brierre de Boismont, Du suicide.)

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