‹ Le travail. Son influence sur la santéChapitre 30 sur 41 · SIMULTANÉITÉ DES TRAVAUX · texte numérisé non relu

SIMULTANÉITÉ DES TRAVAUX

M. le docteur Gabier Boissière, dans son ouvrage sur la ' goutte, apprécie de la manière suivante la nécessité de ne pas séparer le travail corporel du travail intellectuel.

« Un jour, me trouvant avec le regrettable auteur des Lettres sur Vanatomie et la pathologie de l’encéphale, dans le bureau de rédaction du recueil périodique où il a d’abord inséré les premiers mémoires qui composent son ouvrage sur l’éducation publique, j’entendis ce savant médecin soutenir que s’il y avait tant de manœuvres abrutis ou féroces, tant

de savants au corps rabougri ou au cœur sec, tant d’artistes !

inonomanes ou sensualistes, c’était surtout à la division ex- j

trêine du travail que ce fâcheux résultat était dû. Et le livre '

que Lallemand laisse malheureusement inachevé est un .

plaidoyei- éloquent et rempli de faits que ce célèbre professeur académicien avait entrepris dans le dessein de faire cesser ce grand mal.

» Platon, dans le livre III de sa Bépublique, avait déjà fait une remarque analogue: « Crois-tu, mon cher Glaucon,

» comme bien d’autres se l'imaginent, que la musique et » la gymnastique aient été établies, l’une pour former l’âme,

» l’autre pour former le corps ? — Pourquoi pas ? — C’est » qu’il me semble que l’une et l’autre ont été établies’prin- » cipalement pour l’âme. — Comment cela ? — As-tu pris |

» garde à la disposition du caractère de ceux qui se sont » exclusivement appliqués toute leur vie à la gymnastique ou » à la musique? — De quoi veux-tu parler? — Je veux » parler de la rusticité, de la dureté, de la férocité des pre- » miers, et de la mollesse, de la nonchalance des derniers. » (Traduction de Schwalbé.)

» Consultée par Descartes pour savoir d’elle quel est le moyen de rendre communément les hommes plus sages et plus habiles qu’ils n’ont été jusqu’ici, la Médecine répond :

« Étant accepté que la religion doit résumer tous ses préceptes dans celui-ci : « Il faut aimer Dieu par-dessus tout,

» et nos semblables comme nous-mêmes, » l’hygiène peut condenser ses prescriptions téléianthropiques dans cette formule : « Il faut avantager de plus en plus chacun, dans son B âme et dans son corps, de la culture morale, artistique,^ lit-

NOTES ET DOCUMENTS

» téraire et scientifique, pour obtenir en retour de tous, 3 dans leur famille, un travail corporel intelligent, alors » aussi utile à leur personne que profitable au bien-être de » tous leurs semblables. »

» Le jour où ce vœu médical sera accompli, toutes ces maladies que l’on avait d’abord confondues sous le nom de gouttes, avec toutes leurs dégénérescences hypertrophiques, ou hypotrophiques, causées par une nourriture ou surabondante ou insuffisante, disparaîtront, et un autre Giannini pourra dire alors : a Se la goûta ha veduto nascere la medecina, la medecina ha veduto morire le goûte. »

» Alors en effet tous les prédisposés à ces diverses maladies pourront connaître, comprendre et pratiquer l’aphorisme d’Hippocrate, sous la protection duquel j’ai placé ce travail, et que la science moderne traduit ainsi : « La santé » se maintient en consommant une nourriture simple, mixte, » variée, et suffisante seulement pour réparer les pertes oc- » casionnées par un labeur raisonné et productif de l’en- » semble des aptitudes de notre double puissance. »

DE LA PERFECTIBtLlTÉ HUMAINE.

Quand j’ai dit que le caractère essentiel du travail de l homme, c’était d'ètre perfectible, sans qu’on puisse assigner de limites à cette perfectibilité, j’ai énoncé une incontestable vérité. Mais s’ensuit-il de là que l’homme lui-même

OU les sociétés humaines puissent aspirer à une perfection indéfinie ? C’est une question aussi élevée que difficile, et qui est très distincte de celle de la perfectibilité indéfinie du travail.

Les oscillations diverses dans la fortune, l’élévation et la décadence des peuples anciens, et même des familles illustres, sont bien faites pour nous imposer de la réserve sur un aussi grave sujet.

Un des hommes les plus remarquables de notre temps à tous les titres, l’abbé Frère, à traité ces graves questions dans un ouvrage trop peu remarqué, intitulé : Principes de la philosophie de Vhistoire {Gmme, 4 838, 1 vol. in-S®).

Je vais en extraire ici quelques passages qui pourront donner une idée de la manière de voir de ce savant penseur sur cette grande question des limites de la perfectibilité humaine :

« Voici comment s’opère le perfectionnement ou la civilisation des peuples sauvages, soit au moral, soit au physique.

« L’enseignement de la doctrine, les exemples de ceux qui pratiquent, frappent d’abord les sens des sauvages et impressionnent leur âme.

» Frappée par l’action, l’âme se rend attentive; cette attention la dispose à saisir ou à concevoir ce qu’on lui dit, et à recevoir la lumière divine qui interviendra pour l’éclairer.

1 ) Les premières ébauches de la civilisation se font dans l’âme; c’est donc le moral qui se forme le premier.

«Cependant que se passe-t-il en même temps dans le phy- ' sique? Les sens sont frappés, les nerfs ébranlés, et le fluide

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nerveux, mis en mouvement, porte l’impression à l’intérieur du cerveau.

» Mais où aboutira ce fluide? où l’âme le fixera-t-elle? Sans doute dans l’organe destiné à conserver les impressions des signes, des idées qu’on lui communique. Supposez que ces organes soient dégradés, extrêmement faibles, c’est-à-dire à un état de longueur et de grosseur au dixième seulement de l’état naturel à la perfection humaine ; la répétition journalière ou continue des mêmes idées produira peu à peu le même développement de cet organe, par cela même qu’il sera exercé, et cet exercice n’est autre chose que l’impression physique qui détermine l’afflux nerveux, puis l’action de l’âme qui l’attire et le fixe : cela fait la nutrition de l’organe dont le résultat est son augmentation en longueur et en épaisseur. Voilà, pour ainsi dire, la loi du développement d’un organe. Voyons comment celte même loi peut s’appliquer au développement de tous les organes qui constituent la nature humaine dans son intégrité.

» Supposons que la doctrine qu’on enseigne, et que les exemples que l’on donne, l'enferment toutes les idées et toutes les actions de la vie humaine parfaite. Cet enseignement, que nous appellerons universel, frappera nécessairement tous les organes destinés à les recevoir, à les retenir ; en conséquence, tous les organes du corps humain seront exercés, nourris, développés. Mais en même temps que cette doctrine parfaite donne toutes les idées, elle donne aussi leur subordination ; elle indique le degré d’importance des actions qui en dépendent ; elle détermine ces mêmes actions, les coordonne et les règle; ainsi le développement sera

harmonique, conforme à la nature intègre de l’homme • et en lui donnant une science complète, elle formera aussi une organisation parfaite. Ainsi, l’homme dégradé sera ramené par la vraie doctrine à la perfection originelle.

» De ces principes qui sont évidents et confirmés par les lois de la physiologie et par l’expérience, nous déduisons les axiomes suivants :

» C’est le moi'alqui forme le physique.

» C’est l’esprit qui, par son attention et son vouloir, développe l’organe.

» C!est l’esprit qui régit le corps.

» C’est par la science reçue, par l’enseignement et par la lumière divine, que se dissipent les erreurs, les superstitions ; qu’on rétablit les rapports, qu’on forme les vertus, qu’on corrige les vices, et que l’homme retrouve sa perfection morale et physique. »

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