LE PRESBYTERE DE MONTBERNARD
Alpes ! forêts, glaciers ruisselants de lumière, Sources des grandes eaux où j’ai bu si souvent Sommats ! libres autels où, dans ma foi pre- [mière,
J'ai respiré, senti, touché le Dieu vivants 1... De tous les grands espoirs vous m'avez fait [largesse ;
Je vivuis dans l’effroi, vous m'avez russuré, J'avais soif de beauté, de bonté, de sagesse.:. Le liou que je cherehais, vour me i’avez [montré,
A travers votre asur, danse l’insondable espace, Hissé eur vos sommets j'entrevis son séjour ; Je n'ai pu, moi chétif, lui parler face à face, Mais vous m'avez redit que son nom est amour Et je l’ai si bien oru, dans ma longue jeunesse Qn’à lui, qu’à son ouvrage, à mes frères hus [mains,
Admirant, adorant, joyeux, épris sans cesse, J'ai prodigué partout mon cœur à pleines mains
(VICTOR DE LAPRADE, Adieux aux Alpes).
Vous avez bien souvent rêvé des vallons sauvages de la brumeuse Ecosse, de ces glens parsemés de bruyères, que domine quelque vieille our démantelée, dont le highlander, tartant sur l'épaule et claymore au côté, vous conte les mélancoliques légendes.
Sur les traces de cet enchanteur, qui vendait si cher sa poésie, — Walter Scott, — vous avez combien de fois parcouru les sentiers abrupts hérissés de sapins, les forêts de grands vieux chênes séculaires, les ro-
Aches vêtues de mousses, riche manteau de velours, les gorges désolées et
Mes marais verdoyants ? Ces vertes vallées du royaume des Stuarts, où
le boiteux d’'Abbotsford promène ses héros, l’aventureux Halbert Clendinning, ou le valeuroux Cosme Comyne de Bradwardine. vous les avez rues dans vos rêves, riantes ou grandioses, coquettes sous leurs purures de feuillage, pittoresques, avec leurs entassements de rocs, et d’une étrange poésie.
Nos Alpes, en quelqnes endroits, ressemblent aux montagnes d’Eosse ; elles en ont les grandes lignes, les vastes échancrures, la verdure sombre, les granits rouges, les ctmes déchiquetées. Le val de Montbernard se creuse entre deux énormes controfarts du assif alpestre.
À gauche, c’est un mont taillé à pic ; des forêts de mélèzes et d’arole en couvrent la pente, cà et là tailladée de balafres profondes, mettant à u la roche noire, schisteuse, luisante,—et plus bas les couches de calaire Pr a qui vont peu à peu se désagrégeant. roite, la pente est moins raide. Sur les premières croupes, étagées omme les assises d’une gigantesque pyramide, ce sont des vignes exposées au soleil, avec leurs provins fouillés dans la terre grise, leurs berchés régulières, leurs cabotes rustiques, huttes de planches peinturées, pu tonnelles de chèvrefeuille, bâties à l'ombre des amendiers. Plus haut, des prairies, des pâturages, plantureux et gras, bordés de bales vives ; des vergers pleins de pommiers : plus haut encore, des proussailles brunes,—des arcosses, comme on le dit là-bas, —et tout en jaut la roche dépouillée, diaprée de couleurs bizarres, ici violette, là
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