‹ Le treizième fils de Jean-PierreChapitre 17 sur 38 · L LS · texte numérisé non relu

L LS

… se découpe en arrêtes nettes, en pics aigus, sur le ciel limpide. … Au fond, s'élève la masse du Charvin, aux flancs ravinés, au sommet arrondi comme un dôme, presque toujours couvert de neige, et derrière encore d’autres sommets, les glaciers d'un blauc opaque, ,des aiguilles hardiment lancées dans l’espace.

Entre les deux montagnes, un torrent court, bouillonne, se précipite, à travers un dédale de blocs, se creusant un lit dans les détritus d’ar: doise jaillissant en cascade, et parfois s'engouffrant à grand bruit dans

… un tunnei d’où il sort blanc d’écume.

Au delà des vignes, au delà des prairies, ce clocher à flèche luisante, “qui émerge d’un bois de tilleuls, de noyers, de hêtres, c’est Montber. hard, une pauvre église, assurément !

La façade est ‘‘ oruée’’—que la langue française est pauvre | —ornée de trois fresques. La Vierge, daus unc gloire de nuages, trône au fronton; d'un -côté de la porte, saint Georges monté sur un cheval plus gros qu'un élephant ; de l’autre lo bienheureux saint François causant de bonne amitié avec le loup de Gubbio.

Le peintre a épuisé sa palette ; l’azur et le vermillon, il les a prodi: ué, s’inquiétant peu au surplus, en véritable coloriste, des règles du essin et dès lois de la perspective. Naïf artiste dont la renommée n'a

pas-dépassé les frontières de la paroisse, heureusement paur lui !

Mais le bon Dieu, qui donne le génie. aime ces temples modestes à légal des splendides basiliqués, enrichies à profusion des chef-d'œuvre . des Michel-Ange et des Raphaël, de toutes les merveillos de l'art. Cette * pauvre église avec ses peintures grossières. ses autels de bois et de pli tre, ses statuettes informes, ses murailles crevassées, son dallage rabofeux, n’en est pas moins un sanctuaira. k

Et quand la foule des fidèles l’emplit, quand on y voit prier ces vieillards et ces jaunes gens en habit blanc, brodé aux coutures de laine verte et noire, ces bonnes femmes au large escoffion de toile, à la rohe de bure épaisse qui se tiendrait debout toute seule, comme une cloche de

bronze, et ces fillettes blondes, si jolies sous leur calotte ronde à galons d’écarlate, tous venu par le froid âpre et la neige dure ou par la grande

Chaleur du soleil d’été, des hamaux situés à plusieurs heures de marche, —on admire quand même comme laide bâtisse, qui est la maison de tous, et où tous les cœurs viennent battre à l’unisson pour honorer le Seigneur.

‘Autour de l’église, quelques chaumières se groupent, ombragées d’arbres fruitiers. Ce sont de pauvres bâtises, faites de pierre brute et de mortier, avec de planches de sapins que le temps a vermilonnées, et des toits de chaume, épais comme le tapis de neige qu'ils doivent supporter l'hiver, mais tout brodés, en été de pariétaires et de mousses.

Le paysan, qui ne veut point payer au gouvernement plus d'impô que son logis ne vaut de capital, se condamne à l'obscurité : les murs sont percés de lucarnes étroites ; une fenêtre, deux au plus, pour don: | ner l'air et la lumière. L’écurie a des soupiraux grillés ; le fenil, une Il large baie, et les greniers, des trou protégés par des auvents de tôle.

|" Au-dessus de la porte, une croix peinte en bleue, ou, dans une niche

euâtre, là encore d'un roux tacheté des étincélles du mica.. Et la crête |

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