IT L’ANNEE D’OR
‘ En ce temps-là, je n’avais point de demeure sur la terre ; mais quels châteaux seront jamais tels sur la terre que j’en faisais dans les nuages? Et quelles souples voitures égale
* ront les ailes de l’esprit qui m’y portaient ? Je peux me dire pauvre quand je songe à là richesses de ce temps-là ! ””
[Lovis VRuILLOT, Ca et l).]
O primatera, giorentà dell” anno ; o gioventà, primavera della vita.
[Syzvio Pezzico.]
Longtemps après les émotions ineffaçables de sa première communion, Félix fut en proie aux joies sans limites de la ferveur religieuse. 1l
pavait des élans de foi et d'amour divin qui le plongeaient dans les su:
blimes enivrements de l’extase. Ce fut, comme il se plut à s’en souvenir plus tard, l’époque heureuse de sa vie : il ignorait absolument la souffrance ; il ressentait parfois, ingénuement, le repentir de fautes véuielles, dont il s’accusait comme de crimes atroces, et qu’il pleurait au pied des autels ; mais une douce parole du juge devant lequel il s'agenouilliait souvent, guérissait aussitôt son âme endolorie, et jamais il ne put, en sa jeune imagination, se représenter le Dieu de justice, —car : elle éroquait toujours le sourire tendre du Dieu de miséricorde.
Il advint que le Saint-Père envoya au diocèse de Félix le corps saint d'un martyr exhumé des catacombes : un enfant de treize ans, mis à mort sous Dioclétien. Les précieux ossements étaient cachés sous une: effigie de cire.
Une à Rd EN procession fut organisée pour transporter les reliques de saint Alban à la chapelle de Saint Christophe, dont le maître autel fut préparé pour les recevoir. Quatre archipêtres en dalmatique rouge soutenaient le baldaquin sous lequel on entrevoyait le visage pâle et beau du petit martyr. Félix était l'un des enfants vêtus d’aubes de dentelies qui portaient des palmes vertes aupres du brancard. Il ne cessait de contempler cet ange de la terre, dont le sang vermeil avait été. répandu pour le Christ, et de grosses larmes venaient à ses yeux et son cœur battait à rompre sa poitrine, et il se disait avec enthou- Slasme, sans détacher son regard des plaies saignantes :
rl0 “ Oh!je voudrais être martyr ! Donnez-moi cette grâce, Jésus, de mourir pour vous ! ” “
Ah ! comme il eût répondu fièrement aux préfets des provinces romaines, aux consuls, à César lui-même, dans la splendeur de sa pourpre et la majesté de son empire !
Et depuis lors il alla, souvent, le jour, contempler à travers le pur
cristal, saint Alban, vêtu d’une tunique de moire d’argent, une couronne de laurier ceignant ses boucles brunes, mollement étendu sur des coussins de damas vert que cachait à demi une draperie d’écarlate ; il admirait ce front d'ivoire, fendu par la hache du bourreau, ces yeux .mi-clos, et le sourire angélique de ces lèvres déjà décolorées ; il regardait la cicatrice rouge q.:i trouait le cou délicat du martyr, et la main blanche soutenant une longue palme, symbole de sa gloire, et la fiole de verre qui renfermait le-sang déchessé.….
Un jour, dans sa foi naïve, abtmé qu'il était dans une vision du ciel, il lui sembla qu’il voyait la main de cire se soulever lentement, les
aupières s'ouvrir, les lèvres palpiter.. Ce fut un choc terrible! Il
aillit s'évanouir.…. Il courut chez le vieux curé qui l’avait baptisé. Le vieillard, cruel qu'il fût ! le détrompa, calma ses effervescences et le ramena par des paroles sévères à l'humilité du chrétien.
Félix reçut là sa première blessure, mais il s’humilia. Le curé, charmé de sa gentillesse, le fit causer une heure durant, lui donna tout un paquet d'images, et, le soir, après souper, vint faire visite à Jean-Pierre. ’était au moment des vendanges. Félix se divertit le plus qu'il put à cueillir le raisin doré sous les pampres vermillonnés par l'automne, Puis un matin, son père lui annonça qu'ille conduisait au collège, et Félix fut heureux : il avait envie d'étudier et de savoir.
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Devenu grand garçon, à seize ans, il passait en rhétorique. Cette
‘année là serait la dernière du bon temps de captivité où l'âme et le cœur jouissent de la plus délicieuse liberté. … Un triste jour d'octobre, dès le matin, des groupes nombreux de Jeunes gens au visage assombri parcouraient les rues tortueuses de la Ville. Ils s’abordaient en souriant, se tendaient la main, s’embrassaient avec ces effusions tendres de la première jeunesse. Il en venait beaucoup, les uns hâlés et robustes, des sommets alpestres,les autres vifs et rieurs, des bourgs, de la plaine. Ils causaient bruyamment, lançaient de joyeuses fusées de rires, puis ils prenaient en soupirant le chemin du collège où les attendaient leurs maîtres, devenus leurs amis.
Au collège, c'était une grande animation ; dans les escaliers, des valets portant des malles, des paniers, des paquets : dans les corridors, des élèves se promenajent en se contant leurs aventures de vacances ; au parloir des familles, de bons vieux paysans en veste de ratine ; des mères, aux yeux humides, regardant ces lambris dénudés ; les jeunes sœurs, fraîches et roses, faisant la moue à ces murailles austères ; les petits frères, qui eussent voulu rester, pour s’äbattre à leur aise sous les beaux arbres de la cour, et qui disaient : ‘ Maman ne m'’emmène pas !”’ du même ton que leurs ainés : “ Maman, emmène-moi !
Félix aimait le collège. Il y venait avec plaisir. Cette vaste maison blanche, posée comme un palais italien au milieu d'un grand jardin
lui plais.ait leuls, la te d'agaves a dans la m doré, encon soleil d’aut de la salle « sieurs marc rangs press les lampes poussiéreu reposer Sa Y lait toutes la poitrine ( vière paille Et le réfe Les mets q vait du vi nait la cloc tonneaux s Quelles foll rieur agitai douillé deu Puis le d rant dans le voûte ; ave naient à la saient entr Dans cet:
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lui plaisait. Il ne savait rien de plus charmantque la cour plantée detilleuls, la terrace ornée de parterres aux bordures be buis, avec sesplantes : d’agaves aux quatre coins des carrés ;il se sentait calme et recuelli
dans la modeste chapelle, dénudée d’ornements, dont l'autel de bois
doré, encombré de cierges et de fleurs, brillait aux rayons éclatants du
soleil d'automne. Il se revit avec émotion à sa place préférée, au fond
de la salle d'étude ; là-bas, la chaire du surveillant, surélevée de plu-
sieurs marches, et dominée par le crucifix ; des bancs, s’allongeant à
rangs pressés , le poêle bourré de charbon, ronflant du matin au soir;
les lampes fumeuses, à l’odeur nauséabonde ; les cartes géographiques,
poussiéreuses, pendues au mur ; à travers les vitres claires, -il pouvait reposer sa vue sur les jardins, les bois ombreux, la vallée qui dérou-
lait toutes les magnificences d’un paysage incomparable, rayé, comme
la poitrine d’un prince d’un grand cordon, du ruban moiré de la ri-
vière pailletée d’étincelles.
Et le réfectoire, vous en souvenez-vous ? La vaisselle était d'’étain. Les mets qu’on y servait n’eussent tenté aucun gastronome ; on y buvait du vin suret — catholique, assure-t-on, car l’un des espiègles son: nait la cloche pour le baptême, quand les vignerons apportaient les tonneaux sur les chariots trainés par des bœufs. —Mais quel appetit ! Quelles folles causeries autour de ces tables étroites, lorsque le supérieur agitait sa clochette, après que le lecteur de semaine avait bredouillé deux versets de l’Imitation.
Puis le dortoir, avec sa quadruple file de couchettes blanches, se mirant dans le paquet ciré; avec sa veilleuse doucement balancée à la voûte ; avec ces fenêtres dépouillées de rideaux et de volets, qui donnaient à la salle immense l'aspect d’une serre sans fleurs, et qui laissaient entrer à flot , le matin, les rouges lueurs de l'aurore.
Dans cette maison bénie, tout était sans faste, simple, presque pauvre ; mais l’éternelle joie y régnait : on n’y voyait que frais visages souriants, yeux effrontément candides et fronts purs. Les anges du ciel y venaient faire la ronde, vigilantes sentinelles, et si l'esprit du Mal, qui a la terre entière pour domaine, y passait, il ne séjournait point dans cette demeure de la Paix.
Trois fois par semaine la bande joyeuse prenait sa volée, et allait s’abattre sur la compagne. Au printemps quels cris de joie sous les frênes verts du bois d’Albigny !
Les belles saulaies, au feuillage srgenté, les peupliers frissonnant sous la brise, les roches veloutées de mousse et les troncs vêtus de lierre se miraient dans .'eau gazouillante du ruisseau ; d’étroits sentiers serpentent sous l’ombrage, de grasses prairies parsemées de primevères et de violettes étalent leur tapis d'herbe tratche...Des voix vibrantes retentissent :alertes refrains ou vers plaintifs.…
Et le plateau de Montplan, tout garni de gentianes bleues, entouré de ravins escarpés, dont les roches sont brodées de saxifrages et de
joubarbe”..Des touffes d’arbustres entrelacés de guirlandes de viorne ceignent les trembles aux rameaux grêles, et les noirs noyers.…
Et la ceuillette des cerises, à l'ancien prieuré dans la combe tapissée | de vignes, et l’interminable défilé sur la chaussée, dans les marais, |
dont les joncs oscillent, massues de velours enrubannées d'éméraudes,
NUE ut Et le manoir féodal, campé fièrement sur un massif de granit, avec
ses tours demantelées, son préau jonché de décombres, son donjon à tourelles en poivrière, son oratoire profané, ses douves profondes, ses
l'âme s’effre chasse une veille, et ne
- tenaient sans cesse, ne se
pierres branlantes.. Le manoir imposant et gigantesque, dont les ruines s’enveloppent d'un manteau de verdure... Le manoir avec ses souterrains humides, ses oubliettes plein d’ossements, ses légendes poétiques ou terribles, que l’on se contait l’un à l’autre en parcourant les salles effondrées, où quelques vestiges subsistaient des temps qui furent ! Quel intérêt passionné s’attachait à ses murailles antiques . où de preux chevaliers et de belles châtelaines, jadis, avaient vécu, puissants.et riches. Maintenant des fantômes errent sous ses voûtes, et la nuit on n’y entend que le Awement du hibou, les cris discordants de la chouette et de l’orfraie.… Ce tut là pourtant que Félix apprit à aimer le passé. En courant sur les pelouses fleuries, sous les châtaigniers séculaires ; en cueillant la colchique violette et l’aubépine parfumée, Félix sentit s'ouvrir son cœur à des sentiments jusqu'alors inconnus. Il éprouva, dans sa première fratcheur et sa limpidité sans nuage, ce besoin de tendresse qui s’éveille à l'aurore de l’âge : il ne savait de l’amitié que les théories littéraires qu’elle a inspirées ; il ne formulait pas encore, comme les égoiïstes des années mûres, cet axiome plein de vérité :
# Un ami, c’est un coffre-fort où l'on puise sans dire merci, —et qu'on
ne regarde plus quand il est vide. ” x *%
Parmi ces nombreux jeunes gens au milieu desquels il grandissait, . Félix chercha celui qui deviendrait son ami. Une irrésistible sympathie le poussa vers Edouard, son rival de labeur et de gloire, et le pacte d'une affection réciproque, aussi pure qu'elle était sincère, fut bientôt conclu. Tous les deux pensaient de la même façon des hommes et des choses : tous les deux aimaient Dieu, son œuvre, l’impérissable beauté de la nature, les jouissances vives que donne le culte de l'art. Epris de grandeur, assoiffés d'idéal, exubérants d'enthousiasme ils s’entrequittaient plus, s'étant juré, l’amitié éternelle.
Que de rêves ils firent ensemble, plongeant le plus tranquille regard dans l'avenir tout éblouissant de rose et confiants en leurs mutuelles promesses, parce qu'ils croyaient encore aux serments de seize ans !
Cependant Félix ouvrait son cœur à Edouard, ne lui cachait rien de ses aspirations, de ses pensées, de ses illusions d'or plus tenaces que le cristal dans sa gangue, et qu'on arrache l'une après l’autre, comme on arracherait des épines de sa chair saignante.
Edouard écoutait beaucoup, parlait peu et raillait souvent celui qu'il désignait à ses camarades, par moquerie, du nom de pote élégiaque. La délicatesse innée de Félix fut froissée, quand il vit son “ ami” le railler avec une verve spirituelle de ses expansions juvéniles.
Telle se referme la sensitive au contact d’un insecte brutal, tel l’adolescent’se replia sur lui-même, tout endolori par ce désenchantement qui l’avertissait de ne plus se fier à tout venant.
Et malgré cette leçon cruelle, qui fut plusieurs fois répétée il chercha des amis, qui durèrent un jour, éphémères joies de ce temps où
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l'âme s’effraye de la solitude, amis de peu, que gagne un sourire, que chasse une larme, qui ne se consolent point, qui se jetent à votre cou, la veille, et ne vous reconnaissent plus le lendemain. | Il les connut, ces médisances perfides, ces trahisons mesquines, ces!" querelles futiles, ces mépris et ces haines qui survivent à vingt ans de. séparation. Le ue, est un monde en raccourci, où l'enfant prélude aux amertumes de l’homme, aux luttes sombres du découragement, aux combats que jamais ne couronne la victoire. On aime et on fre, là comme ailleurs et on y trouve tout, même des désespérés….,
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Pour fuire ces déceptions qui l’amollissaient, troublant son imaginaion et lacérant son cœur, Félix se réfugia dans le travail. Il vécut avec les grands poètes, s’élevant sur les ailes de la poésie dans les régions sereines d’où elle plane sur les intelligences : Lamartine lui apprit la tendresse, Corneille le sublime, Racine le vrai dans l'art, Shakespeare l'étrange, Dante le grandiose. Il lut tout ce qu’on lui permit de lire, et peut-être même davant.ge.
Il médita, se disant que le génie de ces hommes représentait une somme énorme de re de haïnes, de basses rancunes vaillamment supportées, et qu'après tout ce génie n’est qu’un don funeste, puisqu'il le faut payer de son bonheur. Qu’étaient-ce que les :coups d'épingle dont ces malicieux compagnons le piquaient, auprès des souffrances endurées par un Camoëns ou un Milton ? Misére ! la vie est tissue de tourments que l’on doit supporter, et l’heureux Félix, qui n’en connaissait encore que les joies, et tournait les pages séduisantes de la préface, s’éveilla un beau matin en murmurant :
“La vie est une ironie amère ! ” di
L'année s’avansait. A l'hiver, diapré de neige, au ciel gris moucheté de flocons blancs qui tonrnaient en spirales avait succédé les jours ensoleillés et le ciel d'azur du printemps.
Puis vinrent les brûlantes ardeurs de juin où les dahlias de pourpre et d'améthyste s’'épanouissent dans le vert foncé des feuilles. Tout languit aux chaudes heures. Félix alors, se blottissait derrière la charmille d'ifs aux baies bleuâtres, sous les pins; il écoutait l’eau couler dans le vaste bassin de pierre, où elle se gonflait en ‘ondes glauques ; il aspirait le parfum des œillets, et, le regard distrait, il voyageait avec Homère dans les merveilleuses péripéties de l'Iliade où chantait avec Virgile les aventures d’Enée, fils des dieux !
Son âme religieuse goûtait de plus pures délices aux fêtes de l'été. La Saint-Louis de juin, la fête de ce jeune et beau Gonzague , modéle des adolescents, l’écarta des réflexions où il se laissait glisser insouciamment. [] redevient le fervent disciple de l’aimable Patron : de ses mains il dressa l'autel triomphal, élevé sous les tilleuls de la cour ; il se mêla du programme des divertissements, en sa qualité de “ grand ”,et reconquit à force de persévérance et d’entrain, la faveur de ses camarades que sa sauvagerie soudaine avait éloignés de lui.
La tristesse vague qui s'était emparée de Félix se dissipa, il oublia un peuses livres, et se résigne à son sort. Un mois encore, et la captivité serait terminée !.…. Ce dernier mois est le plus long. Chaque journée
\se traîne, interminable : on voudrait qu'elle disparût aussi vite qu'on l'efface du bout de son crayon sur le calendrier. La nuit, constellée d'étoiles, repose de l'ennui languissant des heures laborieuses ; mais elle est si courte! Et l’aube ramène, avec ses teintes de nacre et d’opale, le souci de la veille et l'angoisse de l'attente. | Félix avait hâte que l'année fintt. Il ressentait la nostalgie de l’atelier paternel, des âcres senteurs du sapin, du ruisseau fangeux de la rue.
Enfin le grand jour arriva. La maison blanche est en fête... en désordre aussi. Les collégiens vont à la rencontre de leurs parents, qui viennent, radieux, couronner de lauriers leurs têtes blondes. Un théâtre est élevé dans la salle de récréation ; Le piano du »aestro servira d'orchestre.
Les chœurs sont formés et les choristes ont eut soin d'assurer leurs
. voix au moyen de libations matinales. Félixest vêtu en sénateur de Rome ; la toge se drape en plis majestueux sous le laticlave bordé de - pourpre : Edouard a l’habit modeste d’un pèlerin, une vieille soutane
et un camail fané : l’un se nomme Euphémianus, et l’autre Alexis, et l’auteur dramatique dont l'œuvre va être interprétée par ces Talma im- ‘berbes, n’est autre qu’un cardinal de la sainte Eglise romaine.
Voici que les fanfares annoncent la cérémonie , cuivres, flûtes et ‘hautbois font rage ; les cloches sonnent à toute volée, les invités se pressent en foule : on place les dames en corbeilles au centre, derrière les fauteuils où se carrent les personnages importants, fontionnaires officiels et beaux messieurs en uniforme. Le piano prélude, la musique ‘äitaque l'ouverture de Zampa, le chœur entonne ensuite une cantate ‘composée par le professeur d'humanités, puis un garçonnet débite gentiment une chansonnette, et enfin le rideau se lève sur un décor superbe, un palais sur le mont Aventin, dû à la brosse de Félix et dont la maquette avait été fournie par un ancien condisciple, présentement
louave pontifical.
… Lesillustres feuilletonistes de lundi, qui tiennent suspendues au bec de leur plume les destinées des cinquante théâtres de Paris, n'auraient assurément prédit les triomphes scéniques à aucun des tragédiens improvisés qui se pay anèrent deux heures durant entre les coulisses, en déclarant ayec plus de feu et de conviction que de goût. Maisils eussent admiré la verve, l’entrain, les accents de sincère passion de ces jeunes soctaieurs deMelpomène. Ils furent applaudis à outrance; les mamans tétaient fières, les sœurs battaient des mains, et,—chose qui certainement, ne se rencontre sur aucun autre théâtre — le succès des acteurs \méverila pas la moindre jalousie parmi leurs camarades !
Félix fut couronné sept fois. Jean-Pierre, qui pourtant n'était pas orlgueïlleux, levait haut le front, et disait à tous ses voisins :
‘C'est mon treizième : il me fait honneur ! ”
Et le brave homme se carrait dans ses habits des dimanches, tout hi- | laire à la pensée des pleurs de joie que verserait sa femme Rosalie lors- . qu'elle saurait que son fils était si savant, et qu’il portait avec tant de
noblesse l’ample draperie des pères conscrits, présage de splendeurs .: que lui réservait l'avenir. |
Les vainqueurs partirent, chargés de livres et de lauriers : Félix ra: |