‹ Le treizième fils de Jean-PierreChapitre 4 sur 38 · L 4 LE · texte numérisé non relu

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dieux, avait toute une bibliothèque s | Jean-Pierre, qui ne savait pas lire, traçait mentalement les plan, coupe et élévation d'un meuble en cœurde chêne, qu’il se. proposait de construire pour

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loger ces fastueux volumes. ki Félix, ayant bien travaillé, résolut de se bien amuser, pour ses der:

nières vacances. Il s'était promis de ne toucher ni plume ni papier de deux mois au moins, de relire ses chers poètes librement, de s’enivrer ” de leur doux langage, et d'oublier les sciences barbares, algèbre et géométrie, bonnes à forger des érudits à iunettes.

Il se grisa de liberté.

D'abord il alla de logis en logis receuillir ses palmes et récolter les louanges. Il y prit du plaisir. On le félicitait, on encensait sa gloire naissante. Il admirait, lui, les pavés rocailleux, les : ruisseaux fétides, les maisons noires de la ville natale, et trouvait tout cela plus beau que la coquette résidence qu'il désertait, avec ses jardins luxuriants, ses terrasses élégantes, et la chapelle blanche. Illusions du

retour qui bientôt disparurent.

Ii courut les champs jaunis, que les moissonneurs dépouillaient de |: leurs riches toisons ; il maniait la faucille, liait les gerbes, édifiait les meules, mais il se fatigua vite, et reconnut que les travaux champêtres sont moins poétiques dans la réalité qu'on le croirait en lisant les G'évrgriques. |

Ilse plut à s’enfoncer dans la majestueuse solitude des forêts alpestres, sous les sapins séculaires dont les branches s'étendent sur un tapis de mousses multicolores : il en respirait avidement les parfums subtils ; il écaillait l'écorce des arbres, en y gravant son nom; ïilécoutait le piaulement des fauvettes, le sifflement des merles, les ariettes des mésanges, le cri du pivert, ravissant concert qui s'éteignait parfois brusquement au crépuscule, pour laisser entendre le so/6 prestigieux du rossignolet.

Il escalada les montagnes, leurs croupes rebondies, leurs bizarres entassements de roches, serties de genévriers et d’épines-vinettes aux grappes de corail. Il pénétra dans les grottes. obscures tremblant-d'y rencontrer les fées ; du haut des sommets, il abaissa son regard sur les collines et lés vallées qui s’enchevêtraient à ses pieds, hérissées de clochers, semées de hameaux, avec leurs étangs glauques, cerclés d’osiers jaunes et de saules gris, et leurs torrents aux cascades claires.

Combien l’homme est grand sur les cimes ; il lui semble être plus proche de Dieu ! .

Mais on se lasse de tout, et quand Félix eut couru par monts et par vaux, traversé les forêts, franchi les collines, exploré les vallons, chanté les harmonies de la nature, il se déclara tout net que la contemplation d’un site agréable devient fastidieuse si elle se prolonge.

Il renonça donc à ses promenades, au lendemain d'un orage épouvantable, qu’il avait fort admiré. Les nappes livides des éclairs, les mugissements du tonnerte, le crépitement de la pluie, les rafales du vent, le ciel noir ‘bison la terre comme une étouffante chape de plomb, composent un spectacle magnifique, sans doute, mais la foudre n’avertit | pas quand elle va frapper, et la pluie à l'inconvénient de mouiller les: | vagabonds qui s’y exposent.

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| Félix réfléchit qu'il se divertirait peut-être davan camarades qui faisaient le plus bel ornement du Café National.

Il s’y hasarda timidement, n'étant pas grand clerc en jeux de cartes Il apprit le billard et le piquet ; il but de la bière

et de “ beuverie ”.

et des liqueurs.

Au bout de huit jours, ayant dépensé ses économies, ayant eu une querelle avec un maladroit qui lui voulait apprendre par force les secrets du carambolage, ayant dû subir certains propos qui le firent rougir, il s’avisa qu'il n’y avait rien de bien amusant à poussér des billes d'ivoire avec une canne sur un morceau de drap vert, à manier des cartes graisseuses, à boire une décoction de buis alcoolisée, où des crèmes frelatées,—en conséquence de quoi, il sécoua la poussière de ses souliers sur le seuil de la taverne et n’y revint jimais.

I1 fut séduit par le plaisir tranquille de la pêche ; les truites au ven:

tre argenté pointillé de yermillon ne manquaient pas dans la rivière

jaillie des glaciers ! Un jonc, du crin, un hameçon : l’attirail n’était ni compliqué ni coûteux ! Mais. au bout de six tentatives infructueuses, le pêcheur novice conçut une sincère vénération pour le philosophequi a porté cette sentence ; :

“ Une canne à pêche est un bâton qui se termine à un bout par un imbécile, à l’autre bout par une bête. ”

I1 fit des ricochets sur l’eau avec des cailloux plats, puis rentra à la maison, fort préoccupé des nobles déduits de la chasse.

Un braconnier l’emmensa à l'affut. Trois heures d'immobilité, la crainte des gendarmes, le désagrément de passer la nuit au grand air, la mortification de revenir bredouille, guérirent du premier coup notre jeune héros de son engouement pour la vénerie. S'il avait possédé gerfauts du Nord, sacres du Levant, laniers de Sicile, faucons et émou-

. chets, meute et vautrait, sans doute il aurait persisté ; mais que de chas-

ser avec un mauvais fusil à pierre et un méchant braque ?

Félix resta donc inoccupé ; l’oisiveté aidant, quelque peu aussi les poétes, que ses dix-huit ans exaltaient, 1l prit coutume de passer fort souvent sous certaine fenêtre encadrée d’aristoloche ,où travaillaient le jour durant une vieille dame et une jeune fille. Maman Rosalie s’en aperçut et lui dit un jour bellement :

—Fils, tu salues bien souvent dame Jacinthe, qui a septante ans sonnés ? :

Félix baissa les yeux et rougit ; il s’enferma dans sa chambrette et brûla plusieurs livres pésant d’élégies, odes, madrigaux, dizains, sonnets et ballades, qui eussent fait la fortune d’un demi-cent de confiseurs. Depuis lors il évita la fenêtre, où les feuillages et les fleur formaient une auréole aux blonds cheveux de la filette.

Octobre arriva; les vignes se dépouillaient de leurs pampres, le raisin mûr pendait aux ceps, on fit les vendages, à grand bruit des chansons et grand renfort de rasades. On mangea sur l’herbe la tourte aux épi: nards traditionnelle. Et quaud le moût fut en cave, il ne resta plus qu’à attendre les frimas de la Toussaint.

Alors Jean-Pierre, dont les douze aînés travaillaient, qui soldat, qui

en imitant ses

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