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* élèves, s'il n'est pas leur sowfre-douleur, Il surveille pour gagner son salaire. Il travaille pour s'ouvrir la carrière. En somme, indifférent son.devoir, qui est pénible, et très soucieux de ses droits, qui sont restreints. | 4 |
L'enseignement religieux, au contraire, honore et relève le pion : son poste est un poste d'honneur. D'abord il est prêtre ; son caractère sacré impose le respect, et le rend l'égal des autres maîtres. [lest un éducateur, il n'est pas un ‘chien de garde." Il apprend à causer, penser ; il est un ami, un confident, un conseiller, Il vit avec l'enfant, partout. à la salle d'étude, à la promenade, au réfectoire, au dortoir. Il étudie ses penchants et les dirige ; sa surveillance est bien “elle du berger sur sés agneaux, au lieu d’être celle du belluaire sûr svs bêtes fauves.
Cette différence du pion au réglementaire est peut-être une de causes principales de la supériorité de l'enseignement religieux su l'enseignement laïque. Elle marque assurément un plus grand respect de l'enfance, une meilleure connaissance de ses instincts, de ses besoin intellectuels, une réelle sollicitude. L'éducation, cette œuvre diflcile n'est pas abandonnée à des pauvres hères bafoués et railliés. plastron des plaisanteries de cet âge sans pitié, au dire du fabuliste.
L'abbé Félix ne refusa point cette mission délicate.
— Vous irez au collège de ,X lui avait-on dit ; vous y travaillerez se1ze heures par jour : de cinq heures du matin à neuf heures du soir vous serez sur pied, ne perdant pas de vue les cent vingt élèves qui vous sont confiés. Vous serez prudent, sage, ferme, bienveillant, vigilant modéré, sobre, pieux.
Vous devez avant tout le bon exemple. Vous vivrez en bonne har monie avec les maîtres : 1l faut que vous soyez aimé et estimé. Pour toutes ces qualités qu'on réclame de vous, pour ce labeur quotidien pendant trois cents jours, vous serez nourri, logé, et vous recevra quatre cents francs par an, c’est-à-dire le quart des gages qu'un actrice parisienne octrole à sa camériste.
L'abbé Félix calcula qu'avec de l’économie il pourrait s’entreteni décemment, et même poser les premières assises de ce monument qu'un prêtre n’achève jamais : sa bibliothèque, Il partit joyeux « plein. d'espoir.
On l’accueillit à bras ouverts. [l retrouvait des maîtres qu’il avai aimés naguère, des élèves qui l'avaient vu grandir. Parmi ceux-là, .il eut aussitôt des amis,. Il les voyait peu : quelques instants la table commune ; parfois une heure ou deux, quand un professeur se char geait de l'intérim, pour le délasser un peu.
Ce n’est point chose facile que vivre en bon accord avec huit ou di hommes d’âges et de caractères divers, fatigués par une tâche ardue, renfermés dans les étroites frontières d'un devoir strict, obligés à quelque raideur, et dans le calme austère de l'existence d'une commu nauté. Plaire aux uns et aux autres, conserver l'égalité d'humeur éviter les froissements d'amour propre, rendre à chacun ce qui lui esl dû, n’empiéter sur les attributions de personne, se dévouer en toute
*asion, se maintenir à son rang, obéir avec dignité, commander avet
té, se soumettre, plaider et gagner sa cause : voilà quelles sont les
mr ultiples ol et qui n’a d > radis Le supéri sède la scien ime tendre brofondéme e cet amou e ses petits euvent rol aison. Il qu'il sait. I] ecoins, il e1 lépouille y :
Seigneur !| Vous co: ailleur, un nénage. [1 amille ne 80 ayent pas.
our faire u iquette ; n ège, et je v aille celui « Vest le sort aire de la onne, il vit e l'infirme Le profes:
ompare à B e Louis XI Il tourne | dieux que J élégance e rdin des ante les c vres aux € ollection d' Le profes x études c caucoup d’:
inné ; une Île, au cra roscope du enfermer « e noyer pr e soit sorti uvre, œuUv iventé un & ù jour, lui
pner sonbr ultiples obligations du réglementaire, ce dernier venu parmi ses pairs fférent ilet qui n'a d’'infériorité que celle de sa jeunesse.
sont res- adtnapu à l'abbé Félix n'a trouvé au collège que des amis.
Le supérieur est un cœur d'or ; affable, expansif, éloquent, il posion : sonde la science d'un sage, mais il a la candeur d’un ange. C’est une caractèrMime tendre, confiante, inaccessible à l’idée du mal, dévorée de zèle, Il est unBrofondément attachée au devoir, 11 aime Dieu, la Vierge et les Saints, causer, ile cet amour infini qui détache des choses de la terre; mais chacun l'enfant Me ses petits tient à lui par un lien que ni les années, ni l'absence ne ortoir. Ileuvent rompre. Sa vie tout entière s’est écoulée dans cette chère . “elle difnaison. Il y vint dès qu'il put quitter sa mère. Il y apprit tout ce ses LéteMu'il sait. Il y fut élève, réglementaire, professeur. Il en connaîttous les ecoins, il en chérit la moindre pierre. [1] veut y mourir, et que sa lépouille y reste, pour y dormir l'éternel sommeil dans le repos du Seigneur !
Vous connaissez l'économe ? Il est bon vivant, narquois, ailleur, un tantinet parcimonieux. Ce n'est pas son bien qu'il nénage. [1 y a si peu de ressources, et tant de besoins ! Les pères de anille ne sont pas riches. Ceux qui payent nourrissent ceux qui ne ayent pas. On l'a surnommé le père Croûton. Il n'a pas son pareil our faire un bon marché : il achète du vin exquis, au prix de la iquette ; nulle part on ne fait de pain aussi savoureux qu'au colège, et je vous assure bien que les princes n'en mangent pas qui
une de Pieux su d respect +8 besoin dificile
plastrons
Lerez seize SOIT Vous
qui vouWaille celui dont j'ai gardé le goût. Père Croûton n’est point populaire, vigilant est le sort des grands ministres, et surtout des ministres, qui, pour
aire de la bonne politique, font de bonnes finances. On Île chanonne, il vit ; on crie, il chante à son tour ; mais pour les petits muludes mé. Poule l'infirmerie, il devient dissipateur. | quotidien Le professeur de rhétorique est un malin. Comme prédicateur on le s recevreSompare à Bourdaloue, et comme littérateur, aux classiques du siècle »# qu'une Louis XIV.
I tourne le discours latin mieux que feu Cicéron, et le vers français dieux que Jean Racine, gentilhomme de la chambre du roi. Le traité ‘élégance et la prosodie n’ont plus de secrets pour lui. Il cultive le rdin des racines grecques. Il est discret, spirituel, bel esprit. Il ante les châteaux d’alentour, fait le whist des douairières, prête des vres aux châtelains, et prépare, dans le silence du cabinet, toute une ollection d’anthologies.
Le professeur d’humanités a fait deux parts de ses loisirs : l’une est x études charmantes de ]a botanique et du dessin : il à un herbier et eaucoup d'albums ; des plantes rangées avec ordre, selon la méthode it où diiuné ; une foule de sites, de portraits, de croquis, à la gouache, à l’aquahe ardueBlle, au crayon. L'an prochain, il abordera la peinture. S'il quitte le miobligés äffroscope du botaniste, le crayon et le pinceau de l'artiste, c'est pour » commtwenfermer dans un certain atelier où, sous ses doigts habiles, le bois d'humeur Be noyer prend mille formes ingénieuses : pas un de ses meubles qui ui lui estle soit sorti de ses mains : lit, sièges, tables, bureau, tout est son en touteuvre, œuvre patiente et parfaite, où se révèle un artisan de génie Il a nder aveMiventé un style, le né-gothique, mais il ignore le confortable, et j'osai, s sont les jour, lui en faire mon compliment.
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u’il avait K-là,.il eut la table se char
Que de portraits aimables compterait cette galerie, si le peintre n'était Félix étai inhabile à ressaisir ses souvenirs et à calquer les ressemblances ! Félirouviennent était heureux parmi ces prêtres simples et bons. Il cueillait des plantes étourdis tes avec l'abbé Stéphane, faisait de la musique avec l’abbé François, discutait compatir au avec l'abbé Joseph de la grande querelle des romant uv et des classiques, —M. puissants, d Zola n'ayant point encore inventé le naturalisme. Il étudiait le blason avedustice ? l'abbé Julien, l'archéologie avec l’abbé Saturnin, la trigonométrie avec l’abb4 Voulérsv Arsène. Bref, il estimait que rien ne lui devait rester étranger, il ornait SO ut ce qui esprit à flatter d'innocentes manies, et se créait des amis à s'associer ainsi 1 Ilest cin, leurs délassements favoris. NET Raste dortoi
Félix eut aussi, bien vite, de nombreux amis parmi les élèves et, quand on lu be énfättts demandait par quels prestiges il domptait ces natures farouches et rebelles, Cures. La cl jeunes gens assoiffés d'indépendance et contraints au régime d’une disciplingéé en dust sévère : | Te — Bénissc
—Je les aime, répondait-il. É Car la pr
Personne, en effet, n’ignore que le collège est le monde en raccourci. On ! Aussitéte subit les combats, les désespérances, les déboires que la fréquentation de nt rapi humains accroît encore plus tard. On y vit, done on y souffre. Il y a là def. bonjour ” ; ambitions, des colères, des espoirs déçus, des tristesses, et quelque somme dt selle, habit joie, tout ainsi que dans la société où s'agitent nos passions. À salle dti
Ces adolescents sont des ébauches d’hommes. res
La variété des caractères et des tempéraments est infinie, il y a des orgueilleuRS, ice blan et des humbles, des laborieux et des nonchalants, des spirituels et des sots, de agne appara altiers et des soumis, des violents et des simples. On les trouve, devenu mé de bo grands, tels qu'ils étaient petits. Celui-ci, qu'on nommait l’Avocat, est av fx rogsc cat : mais il demande la tête des coupables, et ne défend plus l’orphelin. un regagrie était réservé et prudent : réservé et prudent il est encore, et, de plus, babilal,. plus Dé En louvoyant, il a su garder une place que ses convictions lui devaien ntique ; che faire perdre : clérical, assez pour qu'on ne puisse le mésestimer, pas assel pour qu’on le destitue, talent Kà
Celui-ci, un artiste, paresseux, insouciant, oublieux, je le retrouve traîne. : El
hs .) TE se & Iclen com
ses loisirs sur le boulevard : gentleman irréprochable, oisif, paisible, qui pren atte le G l'argent pour ce qu'il vaut, le temps comme il vient, les gens comme ils son eee
Te! s’est jeté dans la mêlée, a lutté vaillamment, a failli succomber cent foi s’est relevé toujours. Quand il eut soif, à l'exemple de Beaumanoir, il but sol propre sang, mais avec la confiance que c’est un cordial souverain, et que Dit regarde les pochards de cette liqueur-là. Audaces fortuna juvat ! c'était si cri de guerre : mais il disait aussi que les vrais audacieux/sont ceux qui souriell à Dieu. Peu à pe
Tel autre fut vaincu à la bataille de la vie,'et, pénétré d’un immense dégoil" cloche sq s’est réfugié dans la retraite, loin de ses frères parmi lesquels il y a tant dMR'ec ses ch Caïns et si peu d’Abels, leurs et sa
Et puis beaucoup sont morts... Beaucoup ! La couronne de la ving:i M°nsommé. année s’est effeuillée sur leur tombe et, disparus à l’aurore, ils n’ont laissé de tr Quand o ces ici bas qu’un vague souvenir, évoqué, aux jours de mélancolie, par ceux (out à fait. ont aimé le franc sourire de leurs lèvres pures, et leur candifiessinent n regard... La route parcourue est semée de combattants, gais compagnoiliit là teinté des illusions de jeunesse, tombés longtemps avant d'arriver au but, et (mes. dorment, enveloppés de la robe d’innocence, les heureux ! sous l'herbe fier Le sol gd à la garde de la croix... ords des t
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Félix était leur guide: il est resté l'ami de ceux qui ont survécu et qui se souviennent. Le pion ! Ce triste mot devenait une caresse dans la bouche de es étourdis. Qui donc l’aurait dédaigné, cet aimable jeune prêtre, qui savait compatir aux faibles, résister aux forts, et qui prédiligeait cette vertu des puissants, dont les puissants ne savent pas toujours l’irrésistible pouvoir : la justice ? '
Voulez-vous passer une journée tout entière avec Félix ? Vous saurez alors out ce qui l’intéresse. : pour luitous les jours se suivent et se ressemblent,
Ilest cinq heures. Un pas furtif retentit sur le plancher en bois de sapin du aste dortoir. Une lueur brille : la lampe est allumée. Félix est debout, tous es enfants dorment encore, délicieusement enfoncés sous les chaudes couverures. La cloche sonne à toute volée, jetant aux échos de la vallée son hymne oyeux du matin. Un susurrement annonce le réveil.
— Bénissons le Seigneur ! dit Félix d’une voix éclatante.
Car la première pensée de l’enfant appartient à Dieu.
Aussitôt c’est un instant de tumulte, vite réprimé. Les enfants se lèvent, s’haillent rapidement, en silence. A peine ose-t-on adresser à la dérobée un ‘bonjour ” à son voisin. Il se fait un grand bruit de brosses, d’eau qui ruisselle, d'habits qu’on secoue. En un quart d'heure tout est fini. On descend à a salle d'étude.
H fait nuit dehors : les fenêtres se découpent en noir sur le ciel nuageux, a neige blanchit les branches desséchées des platanes, etles pentes de la monagne apparaissent, là-bas, revêtues d’une broderie d’argent. Déjà ie poêle ronfle, bourré de bois : les lampes répandent leurs jaunes clartés sur les pupitres. Le rucifix ressort, éclairé, dans la pénombre. Lasalle est chaude, aérée. Chaun regagne sa place et se met à genoux. C’est la prière du matin. L’un les plus grands la récite, les autres répondent. C’est le. coryphée et le chœur
ntique : chœur de voix claires, aigües, vibrantes, qui salue le Maître.
Puis, en un clin d’œil, lés livres se rangent sur les tablettes ; les cahiers ‘étalent, à demi-noircis, les plumes se trempent dans les écritoires. Le rhéto-
icien compose sa narration, l’humaniste élabore une ode , tel feuilette le Gradus ad Parnassum pour y cueillir les dactyles et les spondées ; es petits de sixième s’acharnent sur le De Viris ; le paresseux songe vec effroi à son thème, qu'il a oublié la veille ; celui qui est célèbre
par sa facilité ” a terminé ses ‘‘devoirs ” ; il apprend ses leçons en leux lectures, puis il se plonge avec délices dans les merveilleuses
ventures de l’honnète Robinson Suisse.
Peu à peu l’aube naît: une lueur bleuâtre frappe les vitres ; au jour a cloche sonne. C’est la messe. On descend à la chapelle. L’'autel brille vec ses chandeliers dorés et son tabernacle qui reluit, avec ses vases de leurs et sa belle nappe de dentelles. On s’agenouille : le sacrifice est onsommé.
Quand on franchit le seuil de l’étroit sanctuaire, le jour est venu out à fait. Les montagnes émergent d’un océan de brumes violettes, et
essinent nettement leurs arêtes déchiquetées sur le bleu d'opale, çà t là teinté de rose. Le soleil envoie ses premiers rayons illuminun! les imes.
Le sol gelé résonne sous le pas; le grésil diamante les arbres: aux ords des toits la glace pend en longues aiguilles pointues, frange de
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LS cristal transparent. La neige couvre la campagne de son mœælleuxkBsaine. Des tapis. L'air est froid, mais d’une revivifiant: pureté. ternit les *
On saute un moment dans la cour, en mé à la soupe qui fume Bvaille cepe
là-haut, dans les soupières d'étain, sur les tables du réfectoire. Les déli- Le supét cats pour qui la soupe est un mets trop grossier, iront acheter pour deux bilan de la sous de lait à la cuisinière Marie, dont c'est le mince profit. Le bon donne des lait ? chaud, sans sucre, avec du pain frais... Quels imbéciles ont n'aime pas inventé le racahout et nréconisé le thé fade ? sion. On a
Voici la classe. Messieurs les professeurs traversent le jardin, coiffés des morcee de la barrette, des paquets de livres sous les bras. La grêle des pensumsLe pain es
va commencer, où l’on reg —Sais-tu ta leçon ? des présen —Je n’ai pas compris la règle Zmplere dolium vino. La prièr. —ÆEt moi j'ai oublié mon algèbre. nobis, non | Hactenus arvorum cullus et sidera cæli. tremble ur —M'sieu ! J'ai eu mal à la tête !.… invocation — Victor, vous conjuguerez six fois le verbe Piger sum ! Comm
Félix, en regagnant sa chambrette, longe le corridor où toutes ces que je rest voix joyeuses ou désespérées, se tépercutent avec le fracas d'une cata-Mde ma mor racte, Îl a une heure et demie de répit : c’est un jour de théologie je demand Demain, il revoit son cours de droit canon ; après demain, il repasse la ceux qui m liturgie. Hier, il a lu, annoté, résumé et rédigé toute l’histoire du pon-Æ votre divir tificat de Saint Léon le (Grand. À neuf I
Après une récréation de vingt minutes, l'étude recommence, jusqu'a n se prom midi, heure charmante où l’on dtne. La bande mutine défile dans le premier réfectoire. Sur la toile cirée s'alignent les assiettes de faïence, les verres haison les les bouteilles. Le supérieur entre suivi de ses professeurs. D'un coup signe de 1
d'œil 1! voit si tout est en ordre :‘* Mon Dieu, bénissez les dons que ST d ï dr . ; . à Voilà sa nous devons à votre libéralité. ” Un élève monte en chaire et lit, d’abord promenad un verset de /’Imitation is itre i ; F itation, puis un chapitre de quelque bon livre et qu'on 11608 ou
n'écoute pas.
Souvent le bon supérieur a pitié de ces enfants auquels pèse le silence Un coup de clochette. Vivat ! Vivat ! Cette fois, on peut dérouiller s langue, et quel ramage ! Un babil d'oiseaux moqueurs : des fusées d’éclats de rire ; des litanies de vanteries, des récits à terrifier un feuil letoniste, par-ci par-là une querelle. Pas une minute de repos : 01 mange, on boit, on rit. Ce qu'on dit? Qui s'en souvient à l'instant : d’après ? Je veux parier que, dans ce coin, on cause politique! Il ya des partis turbulents, Comment ne pas vénérer la République ? N'x vons-nous pas Horatius Coclès et Mutius Scævola ?
À la cour maintenant. Félix organise les parties de barrek, il fai froid, il faut courir. Les vieux de dix-sept ans—personnages sérieux, se proménent par groupes et devisent. On joue aux billes, à la paume à rien. Quelques-uns baillent au soleil et s'’ennuient. Ceux-là ne restel qu'on déj ront que jusqu’à Pâques. L'ennui est le ver rongeur des pauvres d'inteiliff tapissé d gence. Félix voit tout, entend tout. On le croit à l’autre bout du préaul@ minable, il écoute ce que Jacques narre à Théodore. Ah ! que la cloche est impor soleil, d’« tune ! elle tinte trop tôt ; le sonneur a devancé l'heure... EncordM la locom la salle d'étude, la classe, puis une courte récréation, et de nouveat Félix d l'étude. C’est le soir :l’atmosphère de la salle est épaissie, presque mal de son tr
sur la glac petits ont de fumée, pable. ïl | il suffirait
L'été or croisent.
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le silence.
uiller s1 les fusées un feuil repos : O1 . l'instant | Il ya que ? N'x
reg, il fai sérieux,— la paume à ne reste s d’intellr du préau est impor . Encore ) nouveal sque mal
ternit les vitres ; l'odeur du bois brûlé fatigue. On est las : vaille cependant, mais pour en finir.
saine. Des débris de papier jonchent le parquet poussièreux ; une nuée on tra-
Le supérieur entre, son flambeau à la main. Il s'installe. Il fait le
bilan de la journée : ainsi un président d'assises résume les débats. Il donne des avis des conseils. On l'écoute avec recueillement. C’est qu'il n'aime pas à plaisanter : on S’est permis de huer un élève puni par le
ion. On a cassé un vitrail de la chapelle, en jouant à la balle. On perd
des morceaux de pain, qui devraient être mis en réserve pour les pauvres,
Le pain est cher. Qui sait? plus tard, peut-être, un moment viendra où l’on regrettera amèrement le pain gaspillé. Et c’est vrai! Il faut user des présents divins et ne les point dissiper follement.
La prière précède le souper : on siffle, en prolongeant l’s de l'Oru pro nobis, non par irrévérence, mais pour se forcer à l'attention. Et l’on tremble un petit peu, quand retentit dans le silence cette éloquente invocation, qui touche l’âme en ses plus profonds replis :
Comme je ne sais pas, Ô mon Dieu, ce qui m'arrivera cette nuit, et que je resterai toute l'éternité dans l’état où je me serai trouvé à l’heure de ma mort, je déteste de nouveau ce qui à pu vous déplaire en, moi;
je demande pardon à ceux que j'ai offensés ; je pardonne de bon cœur à
ceux qui m'ont offensé, et je me soumets humblement aux arrêts de votre divine Providence.”
À neuf heures, les enfants dorment ; Félix veille. Il récite le bréviaire en se promenant dans le dortoir de long en large : il est sorti de son lit le premier, il y entrera le dernier. Un silence profond règne. Dans la maison les lumières s’éteignent une à une. Il faut dormir. Félix fait le signe de la croix. Il a bien gagné le :epos qu’il va prendre.
Voilà sa vie d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Le mardi et le jeudi, promenade. Ces enfants qu'il ne quitte jamais, il les emmène dans les vallées ou sur la montagne, caravane bruyante. L'hiver, on va patiner sur la glace des marais. Que de culbutes, que de vestes déchirées ! Les petits ont des engelures, on les porte. Les grands s’égarent; un nuage de fumée, là-bas, derrière ces massifs de jonc : Félix confisque la pipe coupable. Il serait si facile de guérir le collégien de la passion du tabac; il suffirait de lui permettre de fumer. C'est l'attrait du fruit défendu,
L'été on cherche les ombrages, les bois rerdoyants où les sentiers se croisent. Les oiseaux chantent dans la ramure, le ruisseau clapote sur les cailloux; la mousse est diaprée de fleurettes. La poésie monte à la tête et grise toutes ces folles imaginations. C’est l’éclosion des odes et des madrigaux, des descriptions et des élégies.
O bois d’Albigny, de Châteauneuf et de Saint-Jean, avec vos frênes et vos trembles, et vos noyers énormes! O les cerisiers de Saiut-Réal, qu'on dépouillait de leur savoureux trésor. Et le rocher de Mouplan, tapissé de gentiane bleue, et la prairie sous les châtaigniers, et linterminable chaussée le long de la rivière, poudreuse route brûlée par le soleil, d’où l’on voyait s-rpenter sur l’autre rive les trains emportés par la locomotive empanachée de fumée grise !
Félix cheminait, la chanson aux lèvres. jouissant dt la gaieté tapageuse
de son troupeau. Ces courses à travers champs, ces causeries à bâtons
au SA dei
RER — rompus, ces rondes, ces farandoles, lui permettaient d'étudier sous w : autre aspect cette énigme redoutable : le cœur de l'enfant.
I] fit ainsi parmi ces petits l'apprentissage de la vie.
I1 fut heureux. Certes, il eut à souffrir de Éd espiègleries. On ne se génait point pour lui faire de ces terribles ‘‘ farces,”' dont il sou riait, loin du regard malicieux de ses persécuteurs, et qu’il punissal dnrement, pour la règle. De si bonne humeur il acceptait ces légen tracas ! Il était indulgent à ces méchantes vexations ! il faut pardonne beaucoup à l'enfant : il fait du mal, il est vrai, mais ce n’est âäu moin jamais que lorsqu'il y a intérêt. Les hommes font le mal—pour :e plaisi
Un petit chez-soi vaut mieux qu'un grand chez-les-autres.
t Qui nous expliquera pourquoi il se trouve toujours des hommes pour se consumer dans cet obscur «| gangiant travail ; des hommes qui désirent cette vie, qui la cherchent, qui l'ont rêvée enfants, et qui cachant à leur mère ce grand dessein, mais le nourrissant toujours, obtiennent de Dieu, a force de prière: qn’il soit accompli....Jusqu’à la fin, il y aura des homues de sacrifice, illuminés d’une clarté divine, qu les yeux tournés vers Jésus, sauront parfaitement ce que la foule des autres peut né AN comprendre... À la lumière de Dieu, ils devinent les joies de cette immaelation pour Dieu ; ils Les cherchent, ils les gon tent, ils veulent s’en assouvir, le monde n’a point de chaînes de fleurs qui les empêchent de courir à ce nobles fers.” ,
[Louis VEUILLOT, Ça et là.]
Le menuisier Jean Pierre vieillissait ; autour de lui naissaient de nom breux petits-enfants, en qui l'honnête artisan revivait, et chaque anné il fallait agrandir la table déjà grande. Et tout le monde travaillait, di l'aurore au coucher du soleil, et la maison était toujours pleine de mou vement, de bruit, d’éclats de rire et de chansons. On a le cœur gai quand la conscience est tranquille.
- Félix avait durement peiné, toute l’année, avec ses écoliers indocile et turbulents. Il espérait qu’on lui donnerait à la Toussaint un pet vicariat, dans quelque pauvre paroisse de la montagne, où il se repose rait, par la solitude et les suaves fatigues de l’apostolat, des soucis dt
ouvoir : il avait assez régné, et souhaitait d’abdiquer son sceptre, L férule,—et d'abandonner à un autre monarque son peuple de garçon: nets indisciplinés.
Mais il fallait occuper les vacances. Félix vint embrasser le vieu père, la bonne mère, le bataillon des neveux qui gambadait, sautait tout le long du jour, et prenait d'assaut l'oncle abbé, en implorant des images.
Quand il eut fortifié son âme dans les joies intimés de la famille, souret inépuisable de réconfort et de bonhear pour les cœurs aimants, Félix songea que trois mois de liberté se trainerait bien lentement s’il les passait à se divertir, qu’en donnant ses loisirs à une mission utile, il allégerait les charges si lourdes de la maisonnée.
Justement Eugène et Tony,les deux aînés de son troisième frère allaient entrer à l’école ; Jean-Paul ferait l'an prochain sa première com munion ; Bernarde, ayant appris son état de repasseuse, désirait s'établir Caroline prétendait entrer comme apprenti chez les demoiselles Marcuffat, célèbres tailleuses ; toutes accasions de dépenses. Enfin Jacot:
ton Bellan, le serrurier à l'enseigne du Marteau de saint Oculi, courtisait la plus jolie des petite-filles de maman Rosalie, laquelle avait nom Jeanne : il fallait penser au trousseau de mariage.
onsulté M prêtre l’éd offrit vingt berbe au te
laient d’un grande sal
[dans leur
Félix se 1
‘ontent !
La noble
de pierres,
éventrées.
Au milie pour les d mant plant cascade en
Ces Mon
ne rehauss s'inquiétai croyait d’ liée de ve Dieu aurai humain : 1 Elle por engrélée d'h qu'elle éta perfide fig de Milan, tenu leur 1 était en tu Et ce qu ces agréab dames de savait par logie et le ignorance val, tirer | heraldiqu accompli.
Quant :
n'avait po déroger e:
L’enfan Bhautain a oisiveté, 6 fils qui po
à Les moulin
Félix n il crut na dans ses p
ier sous ur
nt, ils les gon de courir à ce
s imag'es. R Île, soures nts, Félix it s’il
n utile, il
ème frère 1iière comt s'établir Iles Mar in Jacot:
courtisait vait nom
a Vue
Félix se mit en quête. M. le marquis Saturnin de Montgellafrey, ayant ‘onsulté Madame x marquise, sa femme, résolut de confier au jeune prêtre l'éducation de son héritier présomptif, ce trimestre durant, et lui pffrit vingt francs par mois, la table et la couchée : de quoi Félix fut ontent !
La noble famille habitait un vrai château qui avait été vaste et suerbe au temps du bon roi Charles’ VI. Il en restait beaucoup, beaucoup de pierres, que d’ailleurs un lierre touffu et des ronces entrelacées habillaient d’un manteau de verdure ; on voyait encore l'emplacement de la grande salle, et de plus, de grosses murailles ruinees, des tourelles
éventrées. des créneaux et des mâchicoulis mis en pièces. ‘
Au milieu du préau se dressait le donjon, palais trop large encore pour les descendants des chevaliers, et qui dominait un vallon charmant planté de noyers et de chênes, arrosé par un torrent bondissant de cascade en cascade, en un lit de roches moussues.
Ces Montgellafrey étaient de braves gens, craignant Dieu, charitables dans leur indigence. Mais s'ils gardaient fièrement le nom illustre que
ne rehaussait plus la richesse, ils se souvenaient trop du passéet ne
s'inquiétaient guère de l'avenir. De bonne foi, Madame la marquise se croyait d’une autre race que les gens du voisinage, et se montrait humiliée de venir, en ligne directe, d'Evé, la mère commune, estimant que Dieu aurait mieux fait de donner tout de suite deux ancêtres an genre humain : l’un, pour les nobles ; l’autre pour les roturiers.
Elle portait en son écu parti d'or au pairle d'azur, el de gueules a la croix engrélée d'hermines,—et le disait à tout venant. Elle rappelait sans cesse qu’elle était, en son nom, Isaure de La Rocheperfide, et qu’un Larocheperfide figure parmi les écuyers-panetiers de Marie de Savoie, duchesse de Milan, en 1418. Elle parlait aussi des croisades, où ses aïeux eussent tenu leur rang, n’eût été qu’à ce moment le chef d'armes âgé de six ans, était en tutelle d'un sire déloyal.
Et ce qu'elle narrait de chroniques, de légendes, eût défrayé un &e ces agréables Magazines ‘ destinés à faire beaucoup de bien,” où les dames de lettres font couler à jet continu leur prose douceâtre. Elle savait par cœur d'Hozier, Menestrier, La Chesnaye des bois, la œénéalogie et le blason de toutes les maisons de haut parage. À part ce, ignorance absolue de toutes choses, et pourvu qu’on sût monter à cheval, tirer l’épée, danser, et qu'on eût approfondi les arcanes de l’art heraldique, on passait aux yeux de la marquise pour un gentilhomme accompli. Elle n'avait cure, d'ailleurs, de ceux qui n'étaient pas nés.
Quant au marquis, il chassait, cultivait ses terres, buvait sec, et n'avait pour compagnons que les paysans d’alentour, ne voulant point déroger en se montrant avec des bourgeois.
L'enfant, maigre et chétif, d'intelligence bornée, rogue avec ses égaux,
Rhautain avec ses inférieurs, infatué de sa noblesse et glorieux de son
oisiveté, était en passe de devenir, à vingt-cinq aans, un de ces beaux fils qui portent sur leurs épaules, comme adit Brantôme, les prés et les moulins de leur père.
Félix ne comprit pas, d’abord, quelle tâche lourde il avait assumé :: il crut naïvement qu’on pouvait faire un homme de cehobereau confit dans ses parchemins ; puis il dut en rabattro presque aussitôt. Le châ-
D DT pus ges DE ne ee RUE OIE RANCE EE 4 & Saber zù
telain ne permettrait point qu'un simple manant “trempé dans l'encre” disait-il avec son gros rire, infligeât des punitions au noble rejeton da sa lignée; ce bonhomme de quinze ans devait être 4 Monsieur le Comte ”’, même pour son maître, et prendre le pas sur iui, et s’asseo)i au bout de la table, tandis que l'abbé, admis par coudescendance “ expédiait ” le bénédicité, relégué au bas bout.
Félix, humble de cœur, eût toléré volontiers ces façons dédaigneuses, si elles se fussent adressése au fils de l'artisan, devenu savant par la grâce de Dieu. Mais il avait le devoir d'exiger le respect pour l’habit vénérable dont il était revêtu. Il ne devait point permettre qu’oi oubliât son caractère saderdotal.
Il s’en ouvrit à la marquise, qui fit l’étonnée, et qui tâcha de lui per. suader qu'un précepteur est une sorte de domestique de confiance, avec des gages plus élevés, reçu par convenance à la table des mattres.
Dame ÎIsaure profita, au surplus, de l’occasion pour lui reprocher ses rabats rafratchis, sa soutane, râpée, et— plus gravement— la trop grandeautorité qu'il s'arrogeait sur ‘ Monsieur le comte ”, lequel n'avait que faire de tant de latin, de grec et de rhétorique. Félix, ayant salué la châtelaine, alla se muttre à genoux devant son erucifix, pria, fit son paquet et revint prévenir ses hôtes qu’il partirait le lendemain au matin, n'ayant point la vocation de la domestiéité
On lui remit une lettre. M. Népomucène Gabalou, industriel, chevalier de la légion d'honneur, le priait de venir passer un mois ou deur auprès : ses fils, Aldabert et Tancrède, en son château de SaintA Paterne sur l’Argave. Félix remercia la Providence qui pourvoyait au trousseaun de la blonde Jeanne.
Il prit congé des trois Montgellafrey, qui parurent outrés de son ingratitude, et lui retinrent cinq francs sur son louis mensuel, parce qu'il n'avait pas fini le mois. Il partit, léger d'argent, mais le cœur libre et n'emportant aucun regret.
En chemin de fer il apprit, d'un commis voyager en faiences. de Limoges, que tous les prêtres sont des ignorants et des lâches. Il eut un ue d’être | petit mouvement de colère. À Ia station prochaine, pendant l'arrêt du rité d’es pr train, il ouvrit la portière, prit sous les bras l'ambassadeur du com-éclarait-il.
vaiteu la oyens du
Un valet dans un Sa brélassait, € t mieux ai lame invit le la dame, bnlevé son ppela nos bmpesés, gd bauchèren élix couvt On fit gr somptueux ation il ne abalou a blus, il do ue c'était I] n’était rain de la ours honor > énérosité.
Le sa charit.
reois gorgé férence en es convena leurs jourr hose.
Son opin ous les jou plus utile «
merce le déposa sur le quai, lui tira son chapeau, et remonta lestement EE: sort des en Wagon, parce que la locomotive s'ébranlait. Il fut très fort applaudilent. pour cet acte de vigueur qu'il se reprocha néanmoins, s’accusant Bref, M.
d’avoir manqué de patience. qu'aucun à
Le cœur lui battait bien fort, tandis qu’il s'cheminait, par unt|oixsonnai belle avenne de platanes, vers le château de Saint Paterne. Allait-il MFamiliarisai retrouver là cette servitude que son caractère lui défendait de subir ? Be s'enhan:
Il marchait, son petit sac d'une main, et de l'autre appuyé sur sa hes, mèm
canne à pomme d'ivoire,—un cadeau de sa grand’-mère. ardinière | Il vit, au delà d’une large pelouse bordée de corbeilles de géraniums, Félix fu:
une magnifique villa à l'italienne, crépie d’un stuc blanc comme laMputait M.
érait Mm glissaient se proposa quoi il par
neige, ornée d’une infinité de statues, pour la plupart assez peu vêtues. Des arbres superbes, catalpas et vernis du Japon, lataniers enfermés en d'énormes vases de bronze, orangers séculaires, faisaient ressortir l'éclat de ce petit palais conquis sur les chalands par M. Gabalou, lequel
es his si vait eu la chance de gagner un petit million en vendant à ses concioyens du poivre, de la morue et de la chandelle.
Un valet de pied galonné sur toutes les coutures introduisit Félix dans un salon doré du haut en bas, à tentures de damas rouge, où se brélassait, sur un fauteuil sculpté, ane grosse dame chargée de bijoux, t mieux attifée qu'une princesse. Il salua. D'une voix de harengère, la
ns l'encre’ rejeton de onsieur là t s’asseo) scendance
aigneusesMame invita monsieur l'abbé à s'asseoir. Survint M. Gabalou, mari ant par lalle la dame, lequel expliqua longuement à Félix qu'il était aise d’avoir
enlevé son précepteur au fils du marquis de Montgallefrey. Puis on ppela nos sieurs Adalbert et Tancrède, adolescents de belle venue, mpesés, gourmés, raides sous leurs habits à la mode de demain, qui
ar l’habit ttre qu'on
le lui perMbauchèrent un sourire timide en regardant la soutane et le chapeau de confiance Félix couverts de poussière.
maîtres. M On fit grande fête au jeune abbé. Il fut installé dans un appartement ocher sesllomptueux, choyé, caressé, traité cordialement en hôte et en ami. D'édu-
ation il ne fut pas dit un traître mot ; de religion, pas d'avantage. M.
- la trop xabalou avait l'honneur d’être voltairien, mais voltairien tolérant ; de
” , lequel élix, ayant ifix, pria, endemain
jue c'était un ‘“ meilleur genre ” qu’un laïque. Il n’était pas, toutefois, un méchant homme. Ionorant, prétenlieux, rain de la richesse, gagnée à la sueur de son front,—ce qui est iou- 1, cheva-MOU'S honorable, —s"il avait les petitesses du parvenu, ilen avait aussi la nu deu Pæ ‘nérosité. Il donnait, —parfois avec ostention, ce qui diminue le mérite de Sainte se charité. —mais enfin il donnait, et c'est quelque chose pour un bourvoyait au reols gorgé de Voltaire. I allait à la messe, encore qu il affectät l’indifférence en matière de religion ; il convient aux riches de ne point lésé es convenances, et d’ailleurs il voulait plaire à son curé. Il lisait pluieurs journaux, et non des pires ; les meilleurs ne valent pas grand hose. ‘
Son opinion était de n’en n'avoir aucune, ou plutôt il en changeaï, ous les jours ; les girouettes aussi tournent àtous vents, et quel tôle lus utile que celui des girouettes ? Rien ne le charmait davantage que d’être loué pour son bons sens. Modestement, il avouait sa médiorité d'esprit et l'insuffisance de son instruction ; mais le gros bon sens, léclarait-il, supplée à tout, et sa ‘ petite jugotte” lui permettait de réxler e sort des empires, de conseiller le pape et de critiquer le gouverne: nent.
Bref, M. Gabalou n'était ni plus bête, ni plus sot, ni moins vulgaire qu'aucun autre bourgeois de son acabit, et madame son épouse, dont la
ss de son el, parce œur libre
lences: de Il eut un ‘arrêt du du comestement applaudi accusant
par une oix sonnait la fanfare, se pâmait d'admiration devant lui, gâtait ses fils, Allait-il MFamiliarisait ses servantes, et n'avait, —la pauvre ! —d'autre défaut que
subir ?
é sur sa
le s'enharnacher de plumes et de dentelles, de se pavoiser de fanfreluhes, même pour arroser Les fuchsias de son jardin, car elle jouait à la ardinière florianesque.
Félix fut très heureux avec ce couple typique, à ceci près qu'il disputait M. Gabalou sur les théories bizarres deses journaux, et déses-
érait Mme Gtabalou par sa sévérité envers ses deux bons enfants, qui glissaient peu à peu dans les travers du milieu où ils vivaient, et qu’il se proposa de conquérir au collège dont il sortait lui-même; c'est à quoi il parvint. Il fut décidé qu'Adalbert et Tancrède seraient confiés
raniums, omme la:
vêtues.
ermés en ir l'éclat 1, lequel
plus, il donnait à ses enfants un ecclésiastique pour précepteur, parce
ed aux soins de l'excellent supérieur dès la rentrée des classes, et Félix prit la tâche de les préparer à l'existence nouvelle qu'ils allaient embrasser. ; Voici quelles étaient ces idées sur l'éducation, telles qu'il les exposa à M. Éatalon, un jour de pluie où ce digne homme s’ennuyait fort dans le plus reluisant de ses salons.
—Monsieur vous croyez, ainsi que beaucoup de père de famille, qu'il suffit de bourrer vos enfants de latin, de grec, d'histoire, de géographie et de mathématiques, pour accomplir le devoir de les élever. Ce n’est pas tout à faire cela. Faire un bachelier est la chose la plus difficile assurément. Or le but d’un père de famille, digne de l'honneur que Dieu lui fait en lui donnant charge d’âmes, doit être de faire des hom: mes, c’est-à-dire des chrétiens.
t en outre ez-vous to Vous déra e demanda élève que pour ennem affection, et dent comm ous ne CO
Allons pl livres, à lire ne risquent h la migrair dez-moi ce
Vous cal êtes riche, vous avez à choisir entre plusieurs modes d’édu: Races cation. Jusqu'ici vous vous en êtes fort peu occupé. Adalbert a neuf} °E & si j'en
ans, Tancrède en a huit Il y a déjà du temps perdu, mais on peut le
rattraper. Le précepteur à la maison est un objet de luxe. D'abord il pe mas faut trouver le rara avis, l'oiseau rare : un précepteur qui s'accorde avec ie re à vous, qui s'accorde avec votre femme, qui aime vos enfants et s’en fasse i& À bd £
aimés, qui impose le respect à vos gens, qui soit à la fois bon et sévère fier et affable, courtois et discret, et qui sache enfin, se tenant à sa place, exiger le maintien de ses droits et n’échapper à aucun de se devoirs. Voilà pour les rapports sociaux.
S'il est prêtre, il doit être bon prêtre, c’est-à-dire ne se point laisser gagner aux atcraits du monde, qui ont des périls. Le salon ne lui est pas interdit, mais il vaut mieux qu’il se contente d'y passer. La table lui offre plus d’un écueil ; demain peut-être on l’enverra dans la mon: tagne, où les truffes sont inconnues, où le meilleur vin coûte huit sous
émoin gên:
D'autre en petit, la une seule b danger à je accessible à cire molle ; précepte de
. « + . , À à la bouteille, où la cuisine que lui frelatera une paysanne peu raffinée pe nn mécontenterait messieurs les valets de messieurs vos chiens. J'incline “Ro I le de
par conséquent à croire que le prêtre qne jemefigure sobre, austère, silencieux, voire un peu sauvage, ne resterait pas longtemps soumis À la nécessité de partager votre faste. Ils se considérerait comme un hôte
sain. Je ne dont un pàt
pressé de s’en aller et qui reste par condescendance, et vous le verriez Fois do
décamper un beau matin, à votre déplaisir. ra-t-1l G l L Le precepteur laïque a d’autres inconvénients. S'il est jeune il se Ha ke é
marie. Pour se marier, on fait sa cour; et le hasard veut qu'ily aitf 4° Ce sa
: Le —Bon !
toujours quelqu'un à courtiser dans le voisinage, de telle sorte que Bon !1 «occupalion de courtiser nuit singulièrement aux leçons. Puis on est} le discours alors dépourvu du caractère sacré qui marque les distances, et pour peu s'il vous pl
qu'on soit chez tel marquis entiché de sang bleu, on est classé parmi les L'abbé, : subalterues : position ambiguë, mal définie, qui redouble les difficultés — Il quit d’une mission déjà pénible. ler de drap
Pardessus tout, l'enfant voué au précepteur manque d'émulation. 11 l'indécenc: ne peut ni comparer, ni apprendre par les souffrances d’amour-propre, M 205 cathéd par le travail méthodique, par l'existence commune avec d’autres enfants I 2ux musée comme lui,—cette science difficile de la vie qui s’acquiert par de si Il quitte cruelses expériences. Ce n’est pas tout. Pensez-vous que vous n’entra- D née, la pet vez jamais l’œuvre du précepteur ? Supposez-le tel que je vous le désire, M cher brille
et Félirlt en outre savant, sagace, pénétré de l'importance de sa tâche, le laislez-vous toujours libre d'agir ?
Vous dérangez ses plans sous mille prétextes : vous exigez trop ou e demandez pas assez Vous écoutez plus volontiers les doléances de 1yait fortM'élève que les admonestations du maître. Par surcroît, ce dernier a pour ennemis intimes l’ancienne bonne des enfants, jalouse de leur ille, qu'illlffection, et tous vos domestiques, obligés de lui obéir et qui se regaréographielient comme ses égaux,—parce qu'il est salarié. Vérité humiliante, que Ce n’estllvous ne contesterez pas, monsieur Gabalou. s difficile Allons plus avant. La mère s'inquiète de la santé des enfants. Tant de eur que livres, à lire, tant de thèmes, de versions, d'analyses, de compositions, des home risquent-ils pas d’ébranler cette santé précieuse ? Voici qu’Adalbert h la migraine et Tancrède est fatigué. Vite une promeuade |... et gron- Les d'éduiez-moi ce professeur qui surmêne ces organisations frèles et prétend, — le bourreau —qu'on étudie sa leçon avant de courir sur la pelouse.
ert a neul nb | è
»n peut le Et si j'entrais plus au cœur de mon sujet, Monsieur, je vous montre- ’abord ils la mère jalouse de l'affection que ces eufants porteut au maître ; la orde aveMnère toujours prête à prendre le parti de ceux-ei contre celui-là ; la
mère trop sévère et celle qui ne l’est point assez. J'irez plus loin encore : ot Uévère nl y a des familles où l'on a des plaics à cacher; le précepteur est un, nant à gMtémoin gênant, et l'on s’en débarrasse, quelquefois en le sacrifiant.
in de sel D'autre part, le collège n’est pas le parfait moyen d'éducation : il est, en petit, la société. On y trouve des bons, des mauvais et des pires une seule brebis galeuse suffit à infecter le troupeau. Il y a quelque danger à jeter dans cette fournaise dévorante une âme tendre et naïve, accessible à n'importe quelle impression. Le cœur de l'enfant est une cire molle ; on le pétrit comme on veut, et bien des gens oublient le
s’en fasse
it laisser e lui
la mon f ; suit sonMPrécepte de Juvénal. | raffiné Eu outre, ily a des questions matérielles. Au collège, on ne peut
multiplier les soins physiques ; les aliments sont abondants et gros-
siers ; le système des dortoirs, si vastes et aérés qu'ils soient, est mal-
sain. Je ne m'appesentis pas sur ces détails, en apparence futiles, mais
un Heb dont un père soucieux de l'avenir de ses fiis apprécie l'importance.
; “yarñef Voilà donc ce père plongé dans une perplexité profonde : que choisi-
ra-t-il ? l’éducarion en famille, ou Le collègel Ni l’une ni l’autre, mon-
sieur Gabzlou, ou plutôt l’une ou l’autre, s’il veut bien comprendre
que de sa décision dépend l'avenir.
rte que — Bon ! fit le bourgeois qui avait écouté avec une attention souteuue
s on est Le discours de l’abbé Félix, et qni se gardait de répondre, Que fera donc,
pour peu W s’il vous plaît ce papa modèle ? de sp
parmi les L'abbé, réprimant un mouvement de joie, poursuivit :
ifficultés —[] quittera son joli château, profitant de l’occasion pour faire habiller de draperies les status qui en décore la façade. L'art ne gagne rien à
tion. 111 l'indécence, et la mythologie devient surannés, J'estime les saintes de
r-propre, M 105 cathédrales un peu plus que les Pomone et les Cérès, qu'il faut laisser
s enfants D Ux musées.
ar de si Il quittera donc son jeli château et s’en ira habiter. dix mois de l’an-
n'entra: M née, la petite ville proprette et coquette dont nous voyons là-bas le clo-
e désire, Æ cher briller au-dessus des arbres. On peut avoir là une maison commode