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I. Histoire littéraire de la Fra?ice, XX IV

no LE TREIZIEME SIECLE ARTISTIQUE.

reconnut en elle l'expression la plus pure et la plus élevée de l'idée catholique, le dernier mot de l'art religieux.

Et pourtant, il faut le reconnaître , nos cathédrales sont presque toutes des chefs-d'œuvre anonymes. Il est très rare que les noms de ces grands artistes du treizième siècle, qui ont semé sur le sol de notre patrie les beaux monuments dont elle est si hère, nous soient parvenus. A peine connaissons-nous ceux d'Eudes de Montreuil, architecte et sculpteur, qui bâtit plusieurs églises à Paris ; de Guillaume de Sens, auteur de la cathédrale de cette ville et de celle de Cantorbéry; de Robert de Luzarches, de Thomas de Cormont , les constructeurs de N.-D. d'Amiens ; de Villard de Honnecourt , qui a laissé un album remarquable, et deux ou trois autres. Et en dehors de leurs noms, de leurs œuvres, que savons-nous d'eux? Nous retrouvons dans les arts cette humilité du génie, cette insouciance de la gloire humaine qui nous frappe également dans la littérature du moyen âge. Ses plus belles productions en tout genre sont dues à des inconnus. Ont-ils voulu eux-mêmes rester dans l'obscurité fania nesciri) ? N'est-ce pas plutôt un effet des mœurs et de l'esprit de leur temps, qui attachait plus d'importance à l'œuvre qu'à l'ouvrier , qui connaissait fort peu la propriété artistique ou littéraire, et admettait la collaboration à un même ouvrage de tous les talents de bonne volonté, sans se préoccuper d'assigner ensuite la part de chacun dans le résultat commun ? C'est ainsi, en effet, que s'élevaient ordinairement les grandes cathédrales. Un évêque entreprenait-il de réédifier la sienne ? Des travailleurs volontaires affluaient de tous côtés. Non seulement des artistes de différents pays, mais des troupes d'ouvriers, que dis-je ? des populations entières apportaient leur concours à l'œuvre sainte, poussées par le seul amour de Dieu et de l'éclat du culte qui leur était cher. Quand la cathédrale de Chartres eut été brûlée, en 1 194, on vit

les habitants du diocèse , on \it les hommes de toutes les terres voisines, jusqu'à la Normandie, se réunir par bandes pour venir rebâtir une nouvelle Jérusalem sur les ruines de l'ancienne, tant était grande la vénération universelle pour la Vierge noire ! Voilà, certes, une levée en masse comme nous ne sommes plus exposés à en voir. Les seigneurs mirent la main à la besogne ; les rois aidèrent les travaux de leurs deniers.

Cette association spontanée des fidèles pour la construction des églises était un fait général, un usage traditionnel. Haimon, abbé de Saint-Pierre sur Dive, l'atteste, dès i 145. dans une lettre qui jette un jour admirable sur l'attitude de ces ouvriers, de ces artistes improvisés.

« C'est un prodige inouï, dit-il, que de voir des hommes puissants, fiers de leur naissance ou de leurs richesses, accoutumés à une vie molle et voluptueuse, s'attacher à un char avec des traits et voiturer les pierres, la chaux, le bois, et tous les matériaux nécessaires à la construction de l'édifice sacré. Quelquefois mille personnes , hommes et femmes, sont attelées au même char, tant la charge est considérable, et cependant il règne un si grand silence qu'on n'entend pas le moindre murmure. Quand on s'arrête dans les chemins, on parle , mais seulement de ses péchés, dont on fait confession avec des larmes et des prières ; alors les prêtres engagent à étouffer les haines, à remettre les dettes, etc. S'il se trouve quelqu'un assez endurci pour ne pas vouloir pardonner à ses ennemis et refuser de se soumettre à ces pieuses exhortations , aussitôt il est détaché du char et chassé de la sainte compagnie (i). »

Ainsi s'explique la rapidité avec laquelle sortaient du sol, sans le secours d'aucune machine, des constructions aussi gigantesques. L'union des cœurs faisait germer des inspira-

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