‹ Le treizième siècle artistiqueChapitre 15 sur 104 · Dictiotmaire d' Architectwe^ VI · texte numérisé non relu

Dictiotmaire d' Architectwe^ VI

3. V. la reproduction donnée dans le Saùit Louis àe M. Wallon, 2*^ édition, p. 91.

1293, par Marguerite de Bourgogne, femme de Charles d'Anjou et belle-sœur de saint Louis. Cette princesse y demeura ellemême depuis cette époque jusqu'à sa mort, uniquement occupée à servir et à soigner les malades. Là encore, c'est un vaste vaisseau gothique, mais surmonté d'une voûte très curieuse, formée d'une infinité de petites pièces de bois, sans une seule pierre. La grande salle était autrefois divisée en cellules par des cloisons assez élevées, et tout autour, un peu plus haut, régnait une galerie d'où l'on pouvait surveiller ce qui se passait dans ces divers compartiments sans avoir besoin d'y pénétrer ; rien de mieux conçu au double point de vue de la salubrité et de l'indépendance des malades. Dans certains hôpitaux, comme celui de Beaune, qui est un peu plus récent, une galerie analogue régnait à l'extérieur, sur la cour, et procurait aux malades un double promenoir abrité, soutenu par des colonnes et des arceaux. L'hospice de Tonnerre est devenu église paroissiale, sans avoir été défiguré pour cela ; ce qui prouve une fois de plus combien l'analogie était grande entre la structure de l'église et celle des édifices de cette catégorie.

Les hôpitaux du treizième siècle furent en grande partie détruits au quinzième, et remplacés par des bâtiments moins bien conçus, au point de vue de l'hygiène et de la vraie charité, de la charité pratique, qui distinguait à un si haut degré les âges de foi. Au principe de la séparation des malades et de la division des hospices, succéda le principe opposé : on chercha à réunir le plus de malades possible dans un même établissement. Louis XIV, grand concentrateur en toutes choses, perpétua cette nouvelle tradition, et elle a subsisté jusqu'à notre époque, où les hôpitaux ne sont plus que de vastes hôtelleries, aussi banales comme séjour que comme architecture.

Entrons, cette fois, dans le monde profane, et abordons l'étude de l'architecture purement civile. Quels sont ces hauts

et lourds ddifices qui frappent tout d'abord nos regards au sortir des maisons de Dieu, et qui, sans atteindre l'élévation merveilleuse de celles-ci, dominent encore de très haut les maisons ordinaires ? Ce sont des palais et des châteaux. Gardons-nous de confondre ces deux termes et ces deux genres de monuments : ils diffèrent à la fois dans leur destination et dans leur origine. Le palais (palatiuni) était primitivement le local où l'on rendait la justice ; mais, l'exercice de la justice étant la prérogative essentielle du pouvoir suprême, il est devenu naturellement et peu à peu l'habitation du roi ou du prince souverain quelconque ; le palais dérive donc du tribunal, et nous disons encore le palais de justice. Au contraire, le château (castrinn, castellmn) a, comme l'indique son nom latin, une origine toute militaire : c'est la forteresse, c'est la citadelle antique, transformée, humanisée. Le château deviendra donc la demeure des guerriers, des commandants de troupes, et, par extension, de la noblesse en général, dont la guerre était autrefois la première occupation et la raison d'être. Néanmoins, dans l'usage, on réunira quelquefois les éléments de l'un et de l'autre. D'une part, les châtelains seront bien aises de jouer au prince : tout marquis veut avoir des pages, et tout seigneur veut avoir son petit palais. D'autre part, les rois auront souvent besoin de fortifier leur résidence et d'y ajouter un donjon. Mais tenons-nous-en à la règle générale, et passons tour à tour la revue du vrai palais et du vrai château.

Le palais proprement dit se compose, pour ainsi dire, d'une seule pièce : la salle où se rend la justice, \di graïuf salle, Q.o\\iV(\^ on disait au moyen âge. Cette vaste pièce est voûtée comme la nef des églises, et, au besoin, soutenue comme elle par une colonnade ; voûte et colonnade qui suivent les variations de l'architecture sacrée. Elle est ordinairement située au rez-de-chaussée, et l'on y accède par un perron monumental, qui joue un grand

rôle dans les cérémonies féodales. Elle-même sert de théâtre à des cours plénières, à des fêtes, à des réunions de toute espèce ; notre salon moderne n'en sera que le diminutif. A l'étage supérieur, se trouvent des logis, des chambres de diverse grandeur, distribuées suivant les besoins. Ainsi, l'ensemble de l'édifice a une forme très simple, celle d'un carré long. Il est flanqué quelquefois d'une tour ou d'une chapelle, entouré de cours à portiques, comme les cloîtres, et de dépendances comprenant une prison, une salle des gardes, des écuries, etc. Mais, en dehors de ces accessoires, le bâtiment principal offre un aspect uniforme, rectangulaire, plutôt sévère qu'élégant. On cite cependant comme assez somptueux le palais des comtes de Troyes, dont la grand'salle mesurait 24 mètres de large sur 12 de long (ce qui est énorme), et celui des comtes de Poitiers, qui, par exception, avait jusqu'à trois étages voûtés. Comme importance matérielle, aucun ne valait le palais de saint Louis, celui que nous appelons encore le palais tout court, et qui fut longtemps la vraie résidence officielle de nos rois (car le Louvre, comme plus tard les Tuileries, n'était primitivement qu'un château). Jean de Jandun, qui admirait tant Notre-Dame, vante aussi cette vaste habitation, « qui pouvait contenir tout un peuple, et son immense salle, remplie de statues des rois de France, si vraies dans leur expression qu'on les croirait vivantes ; puis cette grande table de marbre, où les convives sont tournés vers l'Orient, et dont la surface polie est illuminée par les rayons du soleil couchant, à travers les vitraux des fenêtres opposées (i). »

Il subsiste quelques précieux débris de ce beau monument royal. La tour carrée, dite tour de l'Horloge, qui dresse près du quai sa vieille masse grise, remonte même plus haut que saint Louis ; mais elle a été remaniée plusieurs fois. Les incen-

î. Hist. lit ter. de la France, t. XXIV, 709.

dies de la Commune ont détruit un autre corps de bâtiment qui faisait partie de l'ancien palais : c'est celui qui était situé entre les deux tours rondes donnant sur le même quai ; nous l'avons vu relever depuis, en attendant cjue nous le voyions redétruire. Ces deux dernières tours furent ajoutées elles-mêmes au quatorzième ou au quinzième siècle. Le palais s'était alors

FiG. 40. — Palais df saint Louis, avec l\ Saixte-Chapflle et le verger royal. Miniature du livre d'heures du duc Jean de Berry.

quelque peu développé, et l'ensemble de ses dépendances était enfermé par une muraille crénelée. Nous n'avons pas de descriptions écrites qui puissent nous donner une juste idée de ce qu'il était ; mais une miniature extrêmement curieuse, qui orne un livre d'heures exécuté pour le duc de Berry, frère de ■Charles V, aujourd'hui la propriété de Mgr le duc d'Aumale,

nous en dit à ce sujet plus long que bien des textes. En regardant ce charmant paysage, un des chefs-d'œuvre de la peinture sur vélin du moyen âge, on se sent transporté à la cour si simple et si chrétienne du saint roi. A la porte de ce palais aux toits aigus, et sur l'herbe de ce verger qui en dépendait, où faucheurs et faucheuses sont représentés dans des poses si naturelles, avec le costume des ouvriers du temps, ce grand justicier, le Salomon moderne, jugeait en personne, à la façon des patriarches, les causes de ses sujets. Ces petits saules qui bordent le ruisseau faisaient concurrence aux fameux chênes de Vincennes ; car les uns et les autres ont servi de cadre aux tableaux touchants que nous a déroulés, dans sa vieille langue maternelle, le bon sire de Joinville, le fidèle compagnon de saint Louis.

« Il arriva mainte fois, dit-il, qu'en été le roi allait s'asseoir au bois de Vincennes, après sa messe, et s'appuyait contre un chêne, et nous faisait asseoir autour de lui. Et tous ceux qui avaient quelque affaire venaient lui parler, sans empêchement d'huissier ni d'autres gens. Et alors il demandait de sa propre bouche : Y a-t-il ici quelqu'un qui ait sa partie ? Et ceux qui avaient leur partie se levaient. Et alors il leur disait : Taisezvous tous, et l'on vous expédiera l'un après l'autre. Et alors il appelait mon seigneur Pierre de Fontaine et mon seigneur Geffroi de Villette, et disait à l'un d'eux : Expédiez-moi cette partie. Et quand il voyait quelque chose à reprendre dans les paroles de ceux qui parlaient pour lui, ou dans les paroles de ceux qui parlaient pour autrui, lui-même le corrigeait de sa bouche.

» Je vis quelquefois en été que, pour expédier ses gens, il venait dans le jardin de Paris, vêtu d'une cotte de camelot, d'un surcot de tiretaine sans manches, un manteau de taffetas noir sur les épaules, très bien peigné, et sans coiffe, et un cha-

peau de paon blane sur sa tôte. Il faisait étendre des tapis pour nous asseoir autour de lui, et tout le peuple, qui avait affaire par devant lui, se tenait autour de lui debout. Et alors il les faisait expédier de la manière que je vous ai dite tout à l'heure pour le bois de Vincennes (i). »

Ce jardin du Palais, qui vit de si belles choses, occupait à peu près l'emplacement actuel de la Préfecture de police, laquelle ne rappelle que de très loin, comme l'on sait, les scènes patriarcales de la demeure de saint Louis. On le trouve encore appelé, dans les sermons du temps, le verger royal. Et pourquoi ces vieux manuscrits, ces recueils d'homélies, en font-ils mention ? Précisément parce que l'on y prêchait quelquefois, par exemple à la procession du dimanche des Rameaux, qui se rendait de Notre-Dame au Palais, et fournissait ainsi au pieux roi l'occasion d'entendre chez lui ses orateurs préférés (2). Tout un monde de souvenirs s'éveille, chez l'historien, à l'aspect de ce séjour de paix et de prière, si différent de la résidence des potentats modernes ; je doute même que les palais du Louvre ou de Versailles, qui ont cependant un si riche passé, puissent en évoquer d'aussi émouvants.

Et pourtant, je n'ai encore rien dit de ce chef-d'œuvre sans prix, de ce joyau étincelant qu'il renfermait dans son enceinte, et qui, par un privilège unique et providentiel, est parvenu jusqu'à nous dans toute sa splendeur: je veux parler de la Sainte-Chapelle du Palais. Arrêtons-nous un instant à ce sanctuaire fameux : l'histoire et l'archéologie sont également intéressées à sa visite. Et d'abord, qu'est-ce qu'une Sainte-Chapelle ? Toutes les chapelles sont saintes en principe et par leur destination ; mais il y en avait de plus saintes que les autres aux yeux de nos pères : celles qu'ils qualifiaient ainsi étaient celles qui con-

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