‹ Le treizième siècle artistiqueChapitre 16 sur 104 · V. La Chaire française au moyen â^e, 2^ éd., p · texte numérisé non relu

V. La Chaire française au moyen â^e, 2^ éd., p

tenaient quelque insigne relique de la Passion du Sauveur. Il y avait des Saintes-Chapelles à Vincennes, à Bourges, à Dijon,

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à Bourbon-rArchambault. Celle de cette dernière localité fut bâtie au quatorzième siècle par le duc Louis P^ de Bourbon, dans l'intérieur même de son château, pour recevoir un mor-

ceaii de la vraie croix, que saint Louis avait donné à son frère Robert, tige de la maison de Bourbon, en revenant de Palestine. Elle se composait de deux chapelles superposées, et passait pour un des plus beaux monuments de l'époque. Malheureusement, elle a été détruite à la Révolution, et la relique qu'elle renfermait se conserve actuellement dans l'église paroissiale. La Sainte-Chapelle de Vincennes, également voisine du donjon, était aussi très remarquable. Élevée en 1379 par Charles V, elle offrait encore le type rayonnant, et fut soigneusement entretenue juscju'aux temps modernes par un collège de chanoines chargé de la desservir. Mais aucun de ces édifices n'atteignit la renommée de la Sainte-Chapelle de Paris, et nul n'abrita un aussi précieux dépôt. Voici à quelle occasion elle fut construite.

La sainte couronne d'épines, venue de Jérusalem, avait été longtemps le palladium de la vieille cité impériale de Constantinople. Mais le malheureux Baudouin II, héritier de l'éphémère royaume fondé dans cette ville par les croisés d'Occident, l'avait mise en gage à Venise, dans un moment de détresse, contre une somme équivalant à environ 116,000 francs de notre monnaie. Etant venu en France, il la donna à saint Louis, à la charge de la dégager, et en signe de gratitude pour ses bons offices. Deux Frères Prêcheurs reçurent la mission d'aller désintéresser les Vénitiens, et de rapporter dans notre pays le débris sacré de l'œuvre de notre salut. La translation de la sainte couronne à travers la France fut une marche triomphale. Bien que j'aie déjà donné ailleurs la traduction du récit officiel de ce grand événement, écrit par Gautier Cornut, archevêque de Sens, témoin oculaire, elle a sa place trop marquée ici pour que je puisse me dispenser de la reproduire, avec quelquesunes des explications dont je l'ai fait suivre. Elle montrera, tout au moins, combien saint Louis ressemblait peu aux sou-

verains de notre siècle, et quel abîme sépare nos fêtes publiques actuelles des réjouissances sincères et spontanées de nos pères.

« L'an 1239, le lendemain de la fête de saint Laurent martyr, le précieux trésor est apporté à Sens (de Villeneuve-l'Archevêque, où le roi avait été le chercher au milieu du concours de toutes les populations voisines). L'allégresse agite toute cette multitude, sans distinction d'âge ni de sexe. A la porte de la ville, le roi, nu-pieds, revêtu seulement de sa tunique, prend sur ses épaules le fardeau vénéré, avec son frère Robert, qui donne les mêmes signes d'humilité. Devant et derrière marchent les chevaliers, sans chaussures également. Les habitants en liesse accourent au-devant du cortège ; le clergé s'avance en procession ; les prêtres de la cathédrale, couverts d'ornements de soie, et les religieux des différents monastères portent avec eux les corps des saints et les autres reliques : on dirait que les saints se hâtent d'aller à la rencontre de leur Seigneur qui arrive. Dans toutes les bouches étaient spontanément les louanges de Dieu ; la ville, parée de tentures et de tapis, étale toutes ses richesses ; les cloches sonnent, les orgues retentissent, et le peuple transporté applaudit. Les places, les faubourgs, sont illuminés par la lueur des cierges et des torches enflammées. La sainte couronne est déposée dans l'église de Saint-Etienne protomartyr ; on la découvre, et la foule se repaît de la contemplation de l'objet de son bonheur.

» Le lendemain, le roi se remet en route vers Paris, portant toujours la châsse qui renferme la bienheureuse relique. Sur ses pas, tout le monde le couvre d'acclamations : Béni soit celui qui vient en l'honneur du Seigneur, et à qui le royaume de France doit le suprême bonheur d'un pareil présent ! Le huitième jour, on arrive devant les murs de la capitale, près de l'abbaye de Saint-Antoine, où une tribune élevée se dresse au

milieu de la plaine. Là, en présence d'une foule de prélats, du clergé de toutes les églises en habits de fcte, des reliques des saints transférées et exhibées, et de tout Paris sorti de ses murs, la châsse est offerte aux regards du haut de la tribune ; on prêche au peuple la grandeur de ce jour et la cause de son allégresse.

» Ensuite le roi et son frère, déchaussés comme auparavant, et revêtus simplement de leur tunique, introduisent le précieux fardeau dans la ville. Les prélats, les clercs, les religieux, les chevaliers le précèdent nu-pieds. Que de démonstrations de joiesur leur parcours ! que de signes de réjouissance! Personne ne saurait retracer un pareil spectacle. Le cortège se rend à l'église épiscopale de Notre-Dame, et, après avoir payé un tribut d'actions de grâces à Jésus-Christ et à sa bienheureuse Mère, revient en grande pompe au Palais du roi avec le dépôt sacré, et la couronne du Sauveur est placée solennellement dans la chapelle royale de Saint-Nicolas (i). »

Peu de temps après, saint Louis eut le bonheur de joindre à la couronne d'épines un morceau considérable de la vraie croix, puis l'éponge et le fer de la lance qui avait percé le côté de Notre-Seigneur. La petite chapelle de Saint-Nicolas, qui existait antérieurement dans le Palais, n'était pas un sanctuaire digne de pareils trésors : la construction de la Sainte-Chapelle fut décidée. Un architecte éminent, Pierre de Montereau, qui venait de terminer le beau réfectoire de l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés, fut chargé d'exécuter le désir du prince. Il commença le nouvel édifice en 1242 : cinq ans après, tout était terminé.

C'était, comme on le voit, au moment de l'avènement du style rayonnant, que ce beau monument devait lui-même contribuer à répandre. La dédicace en fut faite, le 25 avril 1248,

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