‹ Le treizième siècle artistiqueChapitre 17 sur 104 · Duchesnes, Ffanc. hist. Script ores ^ V · texte numérisé non relu

Duchesnes, Ffanc. hist. Script ores ^ V

FiG. 42. — Sainïe-Chapblle du Palais, a Paris.

par l'dvâqiie de Tusculum , légat apostolique , pour la chapelle supérieure, consacrée en l'honneur de la sainte couronne et de la vraie croix, et par le bienheureux Philippe Berruyer , archevêque de Bourges, pour la chapelle basse, consaci-ée à la Sainte Vierge. L'ensemble des travaux coûta, dit-on, au roi quarante mille livres, somme considérable, représentant à peu près la valeur de quatre millions d'aujourd'hui. Mais la châsse et l'ornementation des reliques lui coûtèrent deux ou trois fois autant , d'après Tillemont. Cette profusion, la seule que se permit jamais le pieux monarque, explique la somptuosité qui règne dans tout l'édifice. L'élément rayonnant y brille dans toute sa splendeur. Seulement, comme il ne s'agissait pas d'une église, l'architecte ne lui a naturellement donné ni les développements de celle-ci, ni les arcs-boutants que son vaisseau ne comportait pas. Il a fait simplement un reliquaire en pierre. Il a voulu surmonter les saintes reliques d'une seconde et plus vaste châsse, et cette châsse, il l'a posée sur une première chapelle ou sur un étage inférieur à voûte basse, divisé , celuilà, en trois compartiments de hauteur égale, et formant comme le piédestal du vase précieux destiné à renfermer le palladium du royaume. Cette disposition a été imitée à Vincennes, à Bourges, à Bourbon, partout où se sont élevées des Saintes- Chapelles. A l'extérieur, les arcs-boutants ont été remplacés par de longs contreforts à puissante saillie, munis à leur base d'un fort empâtement, et présentant toute la somme de résistance nécessaire. Quant aux arcades de l'intérieur, absentes de la chapelle supérieure, elles ont été rappelées sur les murs latéraux par une arcature dessinée des plus riches, dont chaque travée se compose de deux arcs trilobés , surmontés d'un quatre-feuilles, et les espaces laissés vides par cette décoration ont été eux-mêmes couverts de bas-reliefs , de peintures, de verres colorés ou dorés , ou d'applications de gaufrure. Ces

dernières consistent en une couche de pâte de chaux très mince, sur laquelle, pendant qu elle était encore molle, on imprimait des ornements déliés et peu saillants, au moyen d'un moule en bois ou en fer. C'est par ce procédé qu'on décorait les vêtements des statues, et, en l'appliquant aux parties délicates de l'architecture intérieure de la Sainte-Chapelle, on est arrivé à produire l'ensemble le plus élégant qu'on puisse imaginer. Mais, dans les grandes verrières, dans la voûte, dans la chapelle basse, et dans cette flèche aiguë, élevée au milieu de la croisée d'ogives comme pour former un dais de dentelle et de dorure au dessus des saintes reliques, on trouve tous les caractères ordinaire de l'église rayonnante, et à un degré ds perfection qui n'a été que bien rarement atteint. Ce monument, dont nous avons tout à l'heure entendu l'éloge enthousiaste dans la bouche d'un contemporain, demeura comme le type de la mode nouvelle et exerça sur la marche de l'art une influence véritable. Ainsi que le dit M. de Caumont, qui a joint à une assez mauvaise classification des styles de très justes observations de détail, « il fait époque dans les annales de l'architecture française; à partir de ce moment, le principe d'élévation et de légèreté fit de nouveaux et rapides progrès, et le style ogival revêtit les formes les plus gracieuses (i). »

La Sainte-Chapelle était entretenue par le souverain sur ses propres deniers. Faisant partie de la maison du roi, elle fut administrée par un maître-chapelain et dix ou douze autres clercs, pour lesquels saint Louis fit bâtir des logements spéciaux. Un peu plus tard, la Chambres des comptes, établie par Philippe-le-Bel à la porte même de la Sainte-Chapelle, au milieu des maisons canoniales qui bordaient l'enceinte sudouest du Palais, eut la régie temporelle de l'édifice sacré et de

]. Abécédaire ^ d' Archéologie, p. 457. Saint Louis, son gouvernement et sa politique, p. 92 et suiv.

ses diipendances. Leur entretien fit partie intégrante de ses attributions , ainsi que la garde des reliques et la haute surveillance du Trésor des chartes, installé dans les étages supérieurs de la sacristie. Il résulta de toutes ces circonstances un encombrement fâcheux autour du vénérable sanctuaire élevé par saint Louis. Dans les temps postérieurs, cet inconvénient prit des proportions presque scandaleuses. Les échoppes envahirent la place. M. de Boislisle nous montre, dans sa Notice sur la Chambre des comptes , « un fouillis de constructions parasites encombrant , empestant et assourdissant tous les alentours. Gens de métiers et mécaniques, horlogers, tailleurs, marchands de tableaux, merciers, savetiers, brodeurs , libraires surtout, tout cela pullulait dans tous les coins de la cour, le long des murs de la chapelle basse , sur le perron de l'escalier qui conduisait à l'église supérieure, et jusque devant le grand portail. Plusieurs de ces échoppes-boutiques , celles de Barbin (le libraire dont parle Boileau), celle du perruquier du Lutrin, Didier dit l'Amour, ont eu leur illustration (i). )> Les gens des comptes furent impuissants à chasser les vendeurs du temple, ou du moins de ses abords ; et une curieuse perspective du dix-huitième siècle nous représente encore la Sainte-Chapelle assiégée de tous côtés par des constructions hétéroclites , qui la masquaient en partie. Aujourd'hui, du reste, elle est cachée aux passants par des bâtiments plus hauts encore et moins pittoresques. Il faut rapprocher cette vue de la miniature que j'ai citée tout à l'heure et de l'état actuel du monument , pour se rendre compte des variations considérables subies par son entourage.

Le Palais lui-même changea plus d'une fois d'aspect au dix-septième siècle. Non seulement les grosses tours dont j'ai parlé lui imprimèrent un cachet plus majestueux, mais

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