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Chapitre Cinquième

La sculpture.

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Origine de la sculpture du moyen âge ; sa marche ascendante et descendante. — La statuaire en France ; son caractère national ; ses types indigènes. — L'expression ; la draperie. — Les statues de la Vierge. — La polychromie dans la sculpture. — Statues du Christ, des anges, des saints, etc. — Les portails sculptés; ordonnance des portails de Reims, de Chartres, de Paris. — Les monuments funèbres ; tombes levées et tombes plates. — Sculpture d'ornement : fonds et bordures ; le chapiteau. — Mode générale de la décoration sculptée.

Es origines de la sculpture française gisent tout entières dans les écoles nationales qui se sont formées au milieu des chantiers de nos grandes cathédrales, à l'époque où on les construisait. Le génie des Michel Colombe, des Coustou, des Puget, des Pradier, a eu pour précurseurs les artistes obscurs qui ont ciselé les pierres de tous ces vénérables monuments. Les sculpteurs sont, au moyen âge, les auxiliaires constants, inséparables, des architectes, car la sculpture est plus étroitement unie à l'architecture que tous les autres arts, et elle sort encore moins de l'église que la peinture. Le sculpteur ne travaille pas, comme de nos jours, dans son atelier particulier, à des ouvrages isolés, qui seront le fruit de sa seule inspiration, qui seront acquis par le premier venu, placés ici ou là, et qui deviendront la plupart du temps des hors-d'œuvre. Il travaille pour telle cathédrale, pour tel monument donné, dans les chantiers de ce monument, et sous la direction du maître des œuvres, chargé de combiner et de coordonner toutes les parties de l'édifice. De là vient que ses compositions sont toujours à leur

place, qu'elles réunissent l'utile à l'agréable, et que leur assemblage produit l'effet le plus imposant. De là vient aussi que la sculpture en arrive quelquefois à se confondre avec l'architecture, et que certaines églises ne sont plus, de la base au sommet, qu'un fouillis de dentelles de pierre.

Et hors de là, hors des monuments religieux, pas de statues : les châteaux, les hôtels-de-ville n'en auront que plus tard ; les places publiques, plus tard encore ; car on ne conçoit pas alors la statue seule, on ne la conçoit que dans un ensemble où elle a sa raison d'être, et en même temps on la regarde comme un hommage suprême qu'il ne convient de rendre qu'aux saints, ou du moins qu'aux plus hautes illustrations de l'histoire. Ainsi, telle ou telle célébrité de clocher, qui se voit aujourd'hui consacrée par le bronze ou le marbre, n'aurait eu aucune chance d'obtenir un- pareil honneur si elle eût brillé cinq ou six cents ans plus tôt.

La sculpture du moyen âge est tellement liée à l'architecture religieuse, qu'elle renaît avec elle au onzième siècle, qu'elle arrive à son apogée avec elle au treizième, et qu'elle décline ensuite comme elle, jusqu'au jour où une nouvelle forme de l'art lui succède au seizième. En effet, le perfectionnement du dessin et de certains procédés matériels, à cette dernière époque, n'empêche nullement les sculpteurs de faire moins grand, moins noble, moins réellement beau qu'au temps de saint Louis : les yeux fixés sur la nature, ils finissent par perdre de vue l'idéal, qui est la base essentielle de leur art. Leur dessin a beau devenir plus minutieux, plus fouillé, plus savant : il n'atteint point l'effet des lignes grandes et simples de la belle époque. Cette marche est l'inverse de celle de la peinture sur vélin ou sur toile, qui est en progrès sensible aux quatorzième et quinzième siècles ; elle est conforme, au contraire, ainsi que nous le verrons bientôt, à celle de la peinture sur verre, considérée au

point de vue de l'effet du vitrail. Et pourquoi cela? Précisément par la raison que je viens de dire : parce que la sculpture, comme le vitrail, ne sépare point ses destinées de celles du temple catholiciue ; parce qu'elle demeure une de ses dépendances et que son sort reste attaché au sien ; par conséquent, elle dégénère forcément avec lui. Seulement, à la Renaissance, elle l'abandonnera, et, devenant un art purement profane, elle se mettra à la remorque de la peinture sur toile ; elle se perfectionnera avec celle-ci et de la même façon, c'est-à-dire au point de vue matériel surtout, parce que, reproduisant comme elle le corps humain, elle pourra flatter également les goûts et les passions de cette époque sensualiste.

Occupons-nous d'abord de la statuaire, à laquelle s'appliquent spécialement ces observations, et qui est à la sculpture d'ornement ce que la peinture d'histoire est à la peinture décorative ; nous envisagerons ensuite ce deuxième genre. Notre ancienne statuaire, au dire de quelques critiques, tirerait son origine de l'art byzantin : ce serait encore un produit d'Orient rapporté par les croisés. Mais, en général, on fait beaucoup trop d'honneur à l'influence orientale. Ainsi, comme nous l'avons vu plus haut, on a longtemps rapporté à cette influence l'introduction dans nos églises de la prétendue ogive, c'est-àdire du cintre brisé; et voilà que, d'après les travaux des érudits les plus sagaces et les plus compétents de nos jours, le cintre brisé se trouve avoir pris naissance spontanément sur notre sol, par suite de l'émulation qui poussait les artistes à rechercher tous les moyens d'alléger et de surélever la construction de l'église. Je crains bien, ou plutôt je souhaite qu'on arrive bientôt aux mêmes conclusions pour la statuaire. Les Grecs du Bas-Empire n'avaient qu'un art immobilisé, des formules stéréotypées, un dessin tout de convention. Comment les Occidentaux auraient-ils pu leur emprunter la vie, qui

circule dans le corps, et surtout dans le visage de leurs statues ? « Parmi les premiers croisés, nous dit Viollet-le-Duc, étaient partis de l'Occident, à la voix de Pierre l'Ermite, non seulement des hommes de guerre, mais des gens de toute sorte, ouvriers, marchands, aventuriers, qui bientôt, avec cette facilité qu'ont principalement les Français d'imiter les choses nouvelles qui attirent leur attention, se façonnèrent aux arts et métiers dans les riches cités d'Orient. Et parmi les croisés partis des diffé-

FlG. 67. — LMAGIERS UU Xni« SIÈCLE.

D'après un vitrail de la calhéJrale de Chartres.

rents points de l'extrême Occident, les uns rapportèrent de nombreux motifs de sculpture d'ornement d'un beau caractère, d'autres de l'ornementation et de la statuaire (i) » Je ne suis pas complètement édifié sur cette question, mais je flaire ici une de ces ingénieuses hypothèses dont le principal avantage est de dispenser de toute autre explication, et je voudrais bien voir les faits à l'appui. C'est bientôt dit, l'influence byzantine. Mais comment nos premiers sculpteurs l'auraient-ils subie,

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