I. Dictionnaire (f Architecture, VIII
les artistes prennent pour idéal ; c'est l'âme qu'ils entendent révéler. Quant à la science de la ligne et du contour, elle se réfugie, comme je viens de le dire, dans la draperie. « Jamais, dit encore Viollet-le-Duc, on ne sut mieux, sinon dans la belle -£H"itk[Jajté, donner aux draperies le mouvement, la vie, l'aisance (i). »
Parmi les preuves à l'appui de cette opinion, l'on peut citer la célèbre statue de la Vierge qui orne la cathédrale d'Amiens. Cette figure est majestueusement drapée et posée le plus naturellement du monde. Voilà bien le type de la Mère de Dieu, telle que la rêvaient ces chrétiens austères, sérieux, convaincus, dont saint Louis nous offre le plus parfait exemple. La dignité est l'expression dominante de ce beau morceau. Le visage, l'attitude, le costume de Marie, la pose de l'Enfant Jésus, tout respire le même sentiment, et -c'est par là que la statuaire du treizième siècle forme un contraste saisissant avec l'art gracieux et affadi des siècles suivants. Plus tard les sculpteurs feront des femmes : alors ils font des Vierges, et des Vierges- Mères.
Cette préoccupation de donner à la figure de Marie la beauté sereine qui lui convient se trahit jusque dans les habitudes populaires. Le bourgeois, l'ouvrier, tenaient à posséder dans leur logis, non pas une Vierge quelconque , mais une Vierge sortie des mains du bon faiseur, et répondant à l'idéal du temps. Ils faisaient quelquefois de longs voyages pour se procurer cet objet d'art. Etienne de Bourbon nous raconte, à ce sujet, un exemple bien significatif; anecdote ou légende, il n'en renferme pas moins un trait de mœurs précieux à recueillir. Un paysan des environs de Cambrai s'était mis en tête d'avoir chez lui une de ces belles statues de la Mère de Dieu qu'il avait admirées à l'église. Malheureusement, l'atelier d'où elles