‹ Le treizième siècle artistiqueChapitre 33 sur 104 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

juger d'après les productions de celle-ci, qui sont généralement dans des tons trop accusés ; leur infériorité tient sans doute à cette cause, et aussi à ce que les artistes du moyen âge, sachant que leurs statues devaient être peintes, combinaient leurs lignes et leurs reliefs d'une façon particulière en vue de cette destination, précaution que ne prennent point leurs successeurs. On peut juger de l'effet général de ces sculptures polychromes par la reproduction de celles de l'ancienne église de Saint-Germer, donnée avec la teinte des originaux dans le magnifique recueil de Gailhabaud (i). Au-dessous d'une galerie de statues à tons clairs , cet auteur donne la soi-disant restauration de deux d'entre elles , faite par un coloriste moderne. L'artiste a cru que la couleur primitive était passée, et il l'a remplacée par des nuances plus accusées, crues, n'ayant aucune authenticité. Ce double spécimen montre parfaitement la différence des deux genres : les statues du treizième siècle ont l'air d'être en pierres de couleur, et quelquefois même elles s'éloignent peu du ton de la pierre blanche ; les statues repeintes visent, au contraire, à être des tableaux en relief, et, comme certains vitraux qui voulaient jouer les toiles de maître, elles manquent le but.

On admire encore dans la cathédrale d'Amiens un autre chef-d'œuvre : c'est la tête du Christ connue sous le nom de bon Dieit d' Amiens ; on l'appelle aussi le beau Sciuveitr, Est-il, en effet, un type plus humainement beau, et en même temps plus empreint de la majesté divine ? N'est-ce pas le bien-aimé du Cantique ? (Ecce tu pidcher es, dilecte mi, et decorus.) Il y a, dans ce morceau, une physionomie vivante associée à la figure traditionnelle de Jésus. La convention byzantine a disparu complètement : l'artiste a dû prendre son modèle sur la nature et l'idéaliser. Je ne sais plus quel écrivain a dit que le

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