‹ Le treizième siècle artistiqueChapitre 35 sur 104 · I. Dictiomiai) e if Architecture, VI IT · texte numérisé non relu

I. Dictiomiai) e if Architecture, VI IT

personnages suivant un système rationnel et harmonieux, c'est le tombeau. Il y avait , à cette époque, deux espèces de tombes :

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les tombes levées et les \.o\v^^^s plates. Les tombes levées, qui n'étaient que des sarcophages en forme de dés décorés d'arcades, portaient d'abord, et depuis l'an iioo environ, la figure du

défunt sculptée en bas-relief sur leur face supérieure. Pour exécuter cette figure, on taillait la pierre du monument luimême. C'est de cette façon qu'a été fait le tombeau du roi Childebert, élevé à Saint -Germain-des- Près au douzième

FiG. 8i. — Tombe d'Arnold de la Tour, dans la cathédrale de Mayence.

siècle. Mais bientôt le bas-relief ne suffit plus au sculpteur. On posa sur le dé une statue pleine du défunt, et cela dès le règne de Louis le Gros. Le personnage fut représenté couché, les mains jointes et ramenées sur la poitrine , avec le costume

et les attributs de sa dignité. Sa tête fut relevée sur un coussin, et à ses pieds l'on mit invariablement un animal symbolique, chien, drag'on, lion, etc., ou même une paire de ces animaux. En même temps, d'autres figures furent appelées à décorer les faces latérales du tombeau. On divisa ces faces en une série de niches, au moyen d'arceaux gothiques, et sous chaque arceau fut représenté en relief un parent, un religieux assistant aux funérailles, ou tout autre personnage se rattachant à l'histoire du défunt. Il y avait là matière à une foule d'allégories sculptées dans le goût de celles des portails. La sépulture du jeune prince Louis, fils aîné de saint Louis, mort en 1260, fut exécutée dans ce style. La figure du gisant (c'est ainsi qu'on nomme le défunt représenté couché) a dans ce monument toute la placidité de l'innocence endormie dans le sein du Seigneur, et les moines qui garnissent les niches offriraient à eux seuls, par la variété de leurs attitudes et de leurs physionomies, la matière d'une très curieuse étude. On peut en dire autant du tombeau de Philippe, frère de saint Louis, qui date à peu près de la même époque, et dont l'ensemble présente avec celui de son neveu une grande analogie (i).

Saint Louis semble, du reste, avoir donné personnellement une impulsion nouvelle à cet art de la sculpture tumulaire ; car, outre ces monuments de famille, il fit refaire à Saint- Denis, dans le goût de son temps, le tombeau de Dagobert, qu'on y admire encore ; et déplus, entre 1230 et 1240, il fit renouveler, paraît-il, toutes les images des rois ses prédécesseurs, ensevelies dans cette célèbre basilique. Ces statues sont aussi d'un très beau travail.

La décoration des arceaux de la sépulture alla en s'enrichissant comme celle des églises gothiques, si bien qu'au quator-

I. V. la reproduction de ces deux tombeaux dans le Saint Louis àt M. Wallon, 2'' édition, p. 279 et 358.

zième siècle ils devinrent de petits portiques en architecture d'applique, en marbre ou en pierre de couleur différente, blanche sur un dé noir ou noire sur un dé blanc. D'autres tombeaux de même forme se faisaient en ouvrage de Limoges, en cuivre émaillé : ces riches monuments ont servi depuis à faire des canons, comme tant de vénérables objets d'art en bronze ou en cuivre. D'autres enfin consistaient en une simple petite table de pierre ou de métal, élevée de terre sur des pieds, et portant également la statue du défunt. On voit encore deux sépultures de ce genre dans la cathédrale d'Amiens : ce sont celles de deux évêques contemporains de Philippe-Auguste.

Un peu plus tard , un perfectionnement beaucoup plus frappant, amené par le désir de reproduire plus fidèlement la nature, apparaît en France, et notamment dans la remarquable école de sculpture qui surgit en Bourgogne. Les personnages sculptés tout autour du tombeau, dans les niches, cessent d'être de simiples ornements, des accessoires, et composent avec la statue du défunt une véritable scène. Transformés en cariatides, ils portent eux-mêmes sur leurs épaules l'effigie du mort posée sur un lit funéraire, qui remplace le sarcophage ancien. Il résulte de cette combinaison un effet saisissant. Rien ne le fait sentir à un aussi haut degré que le célèbre tombeau de Philippe Pot, gouverneur de la Bourgogne sous Louis XI et Charles VIII, que l'on admirait encore à la fin du siècle dernier dans l'abbaye de Cîteaux et qui depuis a été transféré à Dijon (i). En regardant ce curieux monument, on croit entendre, comme l'a dit M. Courajod, le pas lourd et cadencé d'une marche funèbre ; et ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que l'expression intense des figures sculptées se produit sans que l'on distingue les traits de leur visage. Les personnages de cette catégorie, que l'on a pris ordinairement

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