I. Il vient d'être acquis par le Musée du Louvre (i
pour des moines, à cause de leurs robes et de leurs capuchons,
FiG. 82. — TOMliEAU DE MARGUERITE d'AU TRICHE,
dans l'église de Brou.
étaient simplement des ployants, c'est-à-dire des porteurs ou des
suivants, auxquels la famille du défunt fournissait un vêtement de deuil de cette forme spéciale.
Vers la même époque , des dais sculptés surmontaient souvent l'ensemble du monument funèbre et formaient comme de petites chapelles, soumises, pour l'architecture et la décoration, aux variations de la mode. On en a des exemples tout à fait riches dans les tombeaux des papes Jean XXII et Innocent VI, à Avignon et à Villeneuve d'Avignon, ainsi que dans celui de Marguerite d'Autriche, qui orne la célèbre église de Brou. Les sculpteurs des âges suivants ont fait des chefsd'œuvre en s'inspirant de cette forme de couronnement de la sépulture.
Quant aux tombes plates, qu'on plaçait dans les églises comme les précédentes, mais sur le sol au lieu d'être contre un mur, et qu'on appelait des lames de pierre, elles portèrent aussi l'image du défunt depuis le douzième siècle ; auparavant elles ne portaient qu'une épitaphe accompagnée de quelque symbole. Cette image, représentant le personnage gisant, fut exécutée, tantôt par la gravure, tantôt par l'incrustation, ou par toutes les deux ensemble, et quelquefois, principalement dans le nord de la France, en mosaïque. L'édicule qui surmontait les tombes levées a été souvent dessiné sur les tombes plates, et accompagné d'autres dessins plus ou moins compliqués. Philippe-Auguste et saint Louis avaient de ces tombes plates dans la basilique de Saint-Denis ; elles étaient ornées de figures formées par des lames d'argent. D'autres étaient entièrement composées de bronze ou de cuivre. Nos révolutions ont soigneusement balayé tout cela ; il faut aller demander aujourd'hui à l'Angleterre ou à la Belgique des spécimens de cette branche remarquable de l'art français.
Passons à la sculpture d'ornement. Je ne sais pas si cette sculpture a, plus que la statuaire, des origines byzantines. Mais
ce qui est visible pour tout le monde, c'est qu'à partir du treizième siècle elle prend ses idées, ses motifs, dans les champs et les bois de notre pays. Elle reproduit les feuilles de chêne, les feuilles de vigne, les lys, les roses , sans s'astreindre à les copier servilement, mais en les idéalisant et en leur donnant une tournure originale, qui demeure une des caractéristiques les plus saillantes de l'art du moyen âge. De plus, elle traite l'ornement avec un discernement judicieux et avec le sentiment des proportions. Celui qui doit être vu à distance est large, simple ; pas de détails, mais des masses fortement accentuées et des saillies vivement senties. Pour l'ornement de fond, on emploie de préférence les semis de fleurons ou de rosettes, les guillochures, qui sont encore une espèce de semis soutenu par les mailles d'un filet ; et les fonds arrivent ainsi à ressembler à des prairies émaillées de fleurs. Pour l'ornement de bordure, ce sont des entrelacs, des volutes , et surtout des rinceaux, appelés aussi vignettes, parce qu'ils sont empruntés à la tige de la vigne. La course rectiligne , le zigzag , a presque entièrement disparu pour faire place à la course curviligne. C'est le règne de la nature ; c'est le règne de la courbe, qui est la ligne naturelle dans l'ordre végétal. Voyez les rosaces de Saint-Martin des Champs et de la cathédrale de Bayeux, les clefs de voûte de la Sainte-Chapelle. Malgré la régularité géométrique de l'ensemble, ce sont de vraies feuilles, ce sont de vraies fleurs qui composent le détail de la décoration. Voyez les rinceaux de Notre-Dame de Paris. Ce sont des tiges de vigne qui s'enroulent gracieusement, chargées non seulement de leurs feuilles, mais de leurs fruits, et l'on est presque tenté de cueillir ces grappes de raisin.
Mais c'est surtout dans les chapiteaux que l'imitation de la nature est visible. Le chapiteau est la pièce capitale de l'ornementation sculptée. Les anciens lui avaient donné une grande.
Le treizième sièc'e. '3
importance, comme à la colonne dont il est le couronnement. Le chapiteau corinthien est un type d'élégance achevé ; aussi est-ce le seul que les sculpteurs barbares aient cherché à
FiG. 83. — Clef de voûte a feuillage, à la Sainte-Chapelle de Taris.
imiter. Mais ses feuilles d'acanthe frisée n'ont rien de naturel ; leur beauté dépend de la régularité des contours ou de la
FiG. 84. — Entablement a feuilles de vigne.
symétrie des découpures, et, dans l'architecture romane, elles étaient devenues de grandes feuilles plates ne ressemblant plus
à rien, à tel point qu'on a pu les prendre pour tout ce qu'on a voulu. Dans le style français, au contraire, elles sont remplacées par des rinceaux dirigés dans tous les sens, au hasard, suivant la loi de la nature, et garnis de feuilles de chêne avec des glands, ou de tout autre feuillage. Un botaniste archéologue s'est amusé à dresser la flore des chapiteaux du treizième siècle, et il n'a pas reconnu sur eux moins de trente plantes
FiG. 81^. — Pilier et chapiteau corinthiens.
différentes, toutes plus ou moins communes dans nos campagnes. La surface entière du chapiteau se trouve, de cette manière, couverte de rameaux entre-croisés, qui parfois même dépassent le niveau du tailloir et font saillie à l'extérieur, pour augmenter l'illusion. C'est ce qu'on voit notamment à la Sainte-Chapelle de Paris et à Notre-Dame de Reims. Dans la première, c'est le chêne qui fournit les motifs du chapiteau.
Dans la seconde, sous le porche de la façade, ce sont des touffes de roses avec leur feuillage véritable.
Fio. 86. — CHArriFAUX fleuris, à la cathédrale de Reims.
La cathédrale de Paris nous offre encore un autre type, assez répandu. Ce sont de grandes feuilles placées sur deux
FiG. 87. — ClIAriTEAU A DEUX RANGS DE FEUILLES,
à la cathédrale de Magdebourg.
rangs superposés et rappelant un peu plus la disposition antique. Ce chapiteau est à peu près celui du gothique primitif,
qui a la forme d'une corbeille évasée, garnie d'un ou deux rangs de crochets très simples et peu saillants, crochets ter-
FiG. 88. — Chapiteau du style gothique primitif, à Notre-Dame de Pamèle.
minés par une feuille ou une fleur à peine ouverte, et quelquefois par une petite tête d'animal.
Du reste, les sculpteurs du temps semblent s'être donné le
mot pour nous empêcher de décrire en détail ces morceaux d'ornement, car il faudrait autant de descriptions qu'il y a de chapiteaux dans nos églises. Ils les ont variés à l'infini. Autant les anciens cherchaient à les rapprocher d'un moule
FiG. 89. — Autel de l'église abiîatlvle de Saint-Denis.
unique, autant leur inépuisable fécondité s'est évertuée à en multiplier les types; et ils y ont tellement bien réussi, que, dans tout le moyen âge, on ne trouverait peut-être pas, au dire d'un artiste qui s'y connaît, deux chapiteaux absolument pareils.
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FiG. 9a — ACTEL DE I\ CHAPEllL I Z LA SAINTE ViEKGE,
à réglise abbatiale de Saint- Denis.
Le ciseau s'est encore donné carrière dans les piédouches, dans les stylobates et dans une foule d'accessoires. Il faudrait même, si l'on tenait à être complet, étudier son oeuvre sur les autels, les ambons, les fonts baptismaux, en un mot sur toutes les dépendances de l'édifice sacré. Il faudrait, en outre, faire une place à la sculpture sur bois, qui commençait à produire des ouvrages si délicats ; à la sculpture sur ivoire, qui nous a
FiG. 91. — Fonts baptismaux de l'église de Luxeuil.
légué ce beau groupe du Couronnement de la Vierge, conservé au Musée du Louvre, où la critique a reconnu à la fois « simplicité de la composition, recherche de la vérité des formes, justesse dans les inflexions du corps, imitation de la vie , expression juste des traits du visage, mouvement naturel dans le développement des draperies (i). /> Que ne faudrait-il pas embrasser encore ? Quelle matière la main de ces infatigables