‹ Le treizième siècle artistiqueChapitre 48 sur 104 · Dictionnaire d^ Architecture, VII · texte numérisé non relu

Dictionnaire d^ Architecture, VII

2. Bibliothèque de VÉcole des Chartes, an. 1844-45, P- 543 et suiv.

un siccatif plus actif et levait la plus grande difficulté de ce genre de peinture, la difficulté d'appliquer une couleur sur une autre couleur encore fraîche, ou de faire des retouches sans produire un amalgame désastreux. Sans doute, c'était là une grande amélioration ; mais il ne faut pas s'écrier à propos de ce fait: La peinture à l'huile était trouvée! La peinture à l'huile était trouvée et pratiquée depuis longtemps, je le répète. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur le document dont je viens de parler et sur le commentaire dont son éditeur l'accompagne. Cette pièce détaille les travaux de peinture à exécuter au château de Vaudreuil, en Normandie, pour le dauphin (Charles V), en 1356. Il y est dit en toutes lettres que toutes les peintures devront êtres faites de fines couleurs à rhuile sur fonds d'or. Et ce devis si curieux ne prouve pas seulement pour l'époque à laquelle il fut écrit : il prouve d'une manière générale que la peinture à l'huile, une fois connue, était entrée dans le domaine des faits et dans l'usage ordinaire. Il n'y a pas de raison pour qu'elle y soit entrée au quatorzième siècle seulement, plutôt qu'au treizième ou au douzième, car la recette en est donnée par des auteurs ayant vécu à ces différentes époques. Il n'y a pas de raison non plus pour qu'elle n'ait été employée alors que pour de petits ouvrages, comme le veut Viollet-le-Duc ; car aucun perfectionnement ne s'était produit entre le temps de Philippe-Auguste ou de saint Louis et l'année où Charles V faisait décorer son château de Vaudreuil. Puisqu'on pouvait peindre des murs à l'huile cinquante-quatre ans avant l'amélioration inventée par Hubert Van Eyck, on le pouvait aussi bien cent ans et cent cinquante ans plus tôt : les procédés ne changèrent point dans l'intervalle ; et il devient visible, à la lumière jetée par ce devis, que beaucoup de peintures exécutées en 1239 par l'ordre d'Henri III d'Angleterre dans sa résidence de Westminster,

et pour lesquelles il fît acheter, d'après le compte qui nous en a été conservé, de l'huile, du vernis et des couleurs (i), devaient être exécutées à l'huile. On a, d'ailleurs, toute une série de textes mentionnant l'emploi de cette dernière substance à partir de 1299 (2). Par conséquent, on peut dire d'une manière générale qu'au moyen âge la peinture à l'huile était

FiG. 99. — Figure du Christ, peinte au sommet de la voûte d'une chapelle de Saint-Chef, et reproduite dans le même ouvrage.

connue et usitée pour les décorations murales ; seulement c'était une peinture à l'huile moins commode et moins bonne que celle des temps modernes.

Un autre enseignement à tirer du devis du château de Vaudreuil et du compte du roi d'Angleterre, c'est que déjà à

1. V. ce compte dans Horace Walpole, Anecdotes of Painting in England^ I, 6.

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