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V. Dehaisnes, Histoire de V Art en Flandre^ p

Le treizième siècle. Ij

226 i.E TREIZIEME SIECLE ARTISTIQUE.

la date de ces documents, ou tout au moins à la date du premier, dont le texte n'offre aucune amphibologie, c'est-à-dire sous le roi Jean, la peinture commençait à sortir de l'église pour aller décorer les murs des palais. Au bout de peu de temps, ce ne seront plus seulement les souverains qui s'offriront ce luxé :les princes du sang, puis les grands seigneurs voudront les imiter : tout marquis veut avoir des pages. Les châteaux des ducs d'Anjou et de Bourgogne furent bientôt remplis de peintures murales, et le roi René, qui maniait luimême le pinceau, sema dans les siens les chaufferettes enflamxmées, les devises, les emblèmes de toute sorte. Le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, avait à Hesdin (Pas-de-Calais) une résidence non seulement toute peinte à l'intérieur, mais machinée et semée de trucs comme une vraie scène de théâtre. Ce qu'on appelait « les merveilles du château d'Hesdin » consistait surtout dans un ensemble de pièges ou de grosses farces jouées aux visiteurs, et rappelant les gaietés du vieil esprit gaulois. En voici la description sommaire.

^ La grande galerie, qui était décorée d'or, d'azur, de vert, de vermillon, et offrait en plusieurs endroits des peintures murales avec personnages et devises et des sculptures, fontaines, lions, statues, était munie, ainsi que le pavillon et la gloriette, de machines et de conduits souterrains qui ménageaient aux visiteurs d'étranges et réjouissantes surprises. A l'entrée de la galerie se trouvaient deux engins, l'un arrosant complètement de jets d'eau, et l'autre noircissant ou blanchissant ceux qui y touchaient. A l'issue de cette même galerie, on se heurtait, lorsqu'on voulait sortir, à une machine dont on recevait des coups sur la tête et les épaules. Dans la salle, un ermite en bois répondait à ceux qui l'interrogeaient, et un autre faisait tomber pluie, neige, éclair et foudre <,< comme si on le véoit au ciel ». Il y avait aussi un pont sur lequel on ne pou-

vait passer sans choir dans l'eau. Ailleurs, à chaque pas que les visiteurs faisaient sur les pavés, ils voyaient jaillir des sources d'eaux qui mouillaient leurs vêtements, et, lorsqu'ils montaient dans une partie plus élevée de la salle pour échapper à ces sources, ils étaient soudainement enveloppés en des sacs, d'où ils sortaient couverts de plumes et le visage noirci. On présentait un miroir à ceux qui avaient été ainsi noircis, et, au moment où ils s'y regardaient, ils étaient tout blancs de farine. L'une des fenêtres, lorsqu'elle était ouverte, laissait apercevoir un personnage qui arrosait les visiteurs et disparaissait aussitôt. Dans une autre fenêtre se voyait, en une sorte de boîte, un hibou qui répondait aux demandes qu'on lui adressait. Ici, c'était un arbre peint au naturel et portant une multitude d'oiseaux, peints aussi, qui, à un moment donné, lançaient de leur bec de véritables jets d'eau. Là, c'était un pupitre supportant un livre de ballades, par lequel ceux qui voulaient y lire étaient couverts d'une poussière noire. Ailleurs, au milieu de la galerie, s'élevait une statue en bois qui sonnait de la trompe, et ordonnait de par monseigneur, à tous ceux qui se trouvaient dans cette galerie, de la quitter immédiatement ; et tous ceux qui en sortaient était battus par des personnages en bois figurant des fous et des folles, ou étaient précipités dans l'eau en passant sur le pont (i). »

Toutes ces prétendues merveilles, dont quelques-unes devaient être fort peu du goût des visiteurs, remontaient au moins au quatorzième siècle ; mais le duc Philippe le Bon , qui vivait au quinzième, les fit restaurer, ainsi que les peintures du château, par son peintre Colard le Voleur, car les artistes du temps faisaient un peu de tout.

Vers l'époque de ce grand protecteur des arts, l'avènement du style flamboyant dans l'architecture sacrée achèvera, comme

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