‹ Le treizième siècle artistiqueChapitre 50 sur 104 · I. Dehaisnes, Histoire de VArt en Flandre, p · texte numérisé non relu

I. Dehaisnes, Histoire de VArt en Flandre, p

je le disais, d'annuler la grande peinture murale, et contribuera à la chasser hors du temple. C'est alors qu'elle se réfugiera définitivement dans les châteaux ; c'est alors qu'elle sera supplantée dans l'église par une rivale plus glorieuse et plus féconde, la peinture sur bois ou sur toile, dont les merveilleux chefs-d'œuvre ont réjoui et réjouiront encore les yeux de mainte génération. Mais cet art nouveau, ne l'oublions pas, devra beaucoup à l'art du moyen âge. Le lien qui l'y rattache n'est peut-être pas très visible dans le genre particulier que nous venons d'étudier; nous le saisirons mieux en considérant la miniature, qui est le triomphe de nos vieux artistes français, et d'où est issue directement la peinture moderne.

Les décorations murales, en résumé, nous montrent un art assez naïf, assez primitif encore, et qui n'était pas susceptible de la même perfection que certains autres : sa destination, sa nature même s'y opposaient. Cependant nous y avons reconnu, d'un siècle à un autre, un progrès notable, et ce progrès serait plus sensible à nos yeux si nous avions eu la possibilité d'établir une comparaison détaillée entre les produits des différentes époques. D'une part, l'exécution, qui était mauvaise au début, s'améliore graduellement ; d'autre part, la pensée, qui était bonne, demeure la même. Que le pinceau soit manié par des mains laïques ou par des mains de clercs, peu importe ; ses œuvres sont toujours également empreintes de l'idée religieuse, également chastes, également honnêtes, et en même temps elles deviennent plus vivantes. Plus tard, cette dernière qualité tuera la première ; la recherche exclusive de la forme étouffera le sentiment de la foi dans la peinture. Il ne s'agira plus de faire transparaître l'âme dans l'expression du visage ou dans le geste : il faudra faire palpiter la chair. L'école naturaliste prétend que c'est là le grand art. En ce cas, on permettra à ceux qui sont avant tout spiri-

tualistes de regretter un peu le petit art, ou du moins de regretter ce qu'il avait surtout de bon : l'élévation de la pensée, la pureté de l'idéal, en un mot l'horreur, la sainte horreur du réalisme, qui nous a conduits à l'impressionnisme, qui nous conduira au nihilisme artistique.

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