‹ Le treizième siècle artistiqueChapitre 5 sur 104 · I. Rationale divitiorum of/iciorum · texte numérisé non relu

I. Rationale divitiorum of/iciorum

perdre, et cesser de s'étendre dans le sens vertical. Au lieu de cela, que font-ils? Ils élargissent à peine le vais.seau, pour donner un peu plus de place aux fidèles, et d'un seul bond ils s'élancent à des hauteurs que l'imagination seule avait pu atteindre jusque-là. Les cathédrales de Cologne et de Beauvais , par exemple , semblent construites par de nouveaux Titans qui auraient juré d'escalader le ciel. Donc, la surélévation était bien un principe, et les conséquences résultant de ce principe et pour les yeux et pour l'âme, ont été prévues, ont été voulues. D'ailleurs, les tours, les clochers, toutes ces audacieuses jetées verticales qui paraissent , elles aussi , vouloir monter jusqu'à Dieu , répondaient-elles à une nécessité de construction ? Où est la raison matérielle qui les aurait fait bâtir et porter jusqu'aux nues ?

Non ; il est bon, sans doute, d'expliquer scientifiquement, et au point de vue du maçon, la formation de notre grande architecture nationale ; mais il ne faut pas se borner là, il ne faut pas se renfermer ni renfermer nos pères dans le cercle étroit des préoccupations terrestres. Il faut lire sur les pierres de nos cathédrales ce qu'ils y ont réellement écrit : Nous sommes des matériaux assemblés par la chaux et le ciment ; mais nous sommes aussi, nous sommes surtout un monument conçu et exécuté par le génie de la foi, sous le souffle de la ferveur et de l'enthousiasme. Nous sommes l'image effacée de la basilique des anciens Romains ; mais ce type primitif, le christianisme s'en est emparé pour le transfigurer , de mêm.e qu'il s'est emparé de la méthode d'Aristote pour produire la Somme, et il en a fait la merveille que vous voyez. Aucune autre puissance que la sienne n'était capable d'accomplir une œuvre pareille. Il a fallu plus qu'une intention réfléchie, il a fallu l'inspiration que lui seul peut donner, pour faire parler à la pierre un langage sublime, pour lui faire prêcher le déta-

chement de la terre et l'élan vers le ciel, enfin pour la courber dans une muette et perpétuelle prière, comme ces anciens ascètes, vrais piliers du sanctuaire, eux aussi, que le jour et la nuit retrouvaient tour à tour dans la même posture , prosternés, abîmés dans la contemplation de l'infini...

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