I. Histoire littérai7-e de la Fj-ance, XX IV
n'eussent point poursuivi leur cours, lors même que cette renaissance païenne ne fût pas survenue? Qui peut dire que l'art
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FiG. 122. — FRONTISnCE DELA CONSÉCRATION DES ÉGLISES.
Page du Pontifical de Ferry de Cluny. (Collection du marquis de Bute.)
n'eût pas atteint la même grandeur, la même perfection en demeurant chrétien ? Il avait commencé à grandir en plein moyen âge : donc l'esprit du moyen âge ne lui était pas défa-
vorable, bien au contraire, et il pouvait arriver sous le même régime à son entier développement. A la rigueur il pouvait profiter de la résurrection des modèles antiques, leur emprunter les qualités de la forme, qu'ils possèdent à un si haut degré, sans pour cela s'inspirer de la pensée antique. Raphaël et Michel- Ange l'ont fait quelquefois : il eût fallu le faire toujours. Nous aurions eu alors un art véritablement original, véritablement approprié à l'état de la société moderne ; et l'on n'aurait pas vu, par exemple, les peintres du dix-septième siècle, dignes émules des poètes,
Dont la muse en français parlait grec et latin,
représenter saint Louis s'élevant au ciel dans un char romain, sous la forme et le costume d'un triomphateur du cirque ! La France, qui, de l'aveu de M. Renan, ne connaissait pas de rivale pour la miniature, la France, à qui l'Europe entière rendait le même hommage à une époque où l'Italie possédait déjà des artistes renommés, eût pu dire en toute justice : La peinture est ma fille.
Et, après tout, elle peut le dire encore ; car aucune déviation, aucune ingratitude ne saurait rayer de l'histoire ce fait éclatant : la peinture moderne est issue de la miniature du moyen âge, et la miniature du moyen âge était un art essentiellement français.
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