Chapitre Dixième
La tapisserie.
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Destination primitive des tapisseries. — Premiers ateliers français. — La « tapisserie de Bayeux ». — Fabrication d'Arras et de Paris. — Tapisseries de Saint-Médard et d'Angei-s. — Tentures décoratives de.s châteaux ; leur disposition et leurs sujets. — Transformation de ce genre d'ouvrage dans les temps modernes.
^"^"^ y-^^g ouvrages de tapisserie, tels que les compref liaient nos pères, sont encore une espèce de peinture : ce sont des tableaux exécutés avec l'aiguille ou le métier, au lieu de l'être avec le pinceau. Ce genre de travail était connu des anciens Romains, qui paraissent eux-mêmes l'avoir emprunté aux Egyptiens ; mais le moyen âge en fit sa spécialité.
Les tapisseries, ou du moins les tentures qu'on appelait de ce nom, étaient alors consacrées, elles aussi, et d'une manière à peu près exclusive, à l'embellissement du culte. Dès l'époque romane, elles servaient à parer le chœur des églises aux jours de fête. On les disposait sur le dos des stalles ; seulement elles montaient beaucoup plus haut , jusqu'à des barres de bois posées, pour les soutenir, sur les chapiteaux des colonnes.- De là le nom de dorsalia, dossicls ou dossiers, qu'elle ont gardé longtemps.
Au treizième siècle, on commença à les laisser à demeure ; puis on en vint à leur donner un appui solide en élevant, entre les arcades du chœur, un mur d'une certaine hauteur, dont la présence ne saurait s'expliquer sans cette destination, et dont on vit le premier exemple à Notre-Dame de Paris. Plus tard ,
les tapisseries furent supplantées, à cette place, par de magnifiques ouvrages de menuiserie. Mais ce n'est guère qu'à l'époque des Valois qu'elles furent employées d'une façon régulière à la décoration intérieure des habitations privées.
On retrouve la place des tentures de cette espèce fabriquées dans les provinces françaises depuis le dixième siècle environ ; on en possédait bien quelques-unes auparavant , mais celles-là étaient peut-être d'origine orientale. Ainsi, vers 985, on voit les religieux de Saint-Florent de Saumur exécuter eux-mêmes de ces oeuvres de patience. Les villes de Poitiers, de Troyes, de Beauvais, de Reims, d'Arras, de Saint-Quentin, avaient, dès le siècle suivant, des fabriques de « tapis ». Il nous est resté de ces ateliers primitifs un échantillon très remarquable , quoique grossier au point de vue du dessin, dans la fameuse tapisserie de Bayeux, attribuée à la reine Mathilde, femme de Guillaume le Conquérant. Cet ouvrage, à la vérité, est plutôt une broderie : les lignes du dessin ont été d'abord tracées au trait sur la toile, et l'espace compris entre ces traits a été ensuite rempli à l'aide de fils juxtaposés parallèlement, puis de fils croisés pardessus les premiers, et enfin de points à l'aiguille fixant définitivement le tout. L'ensemble du travail, qui ne forme pas moins de 70 mètres de long sur 50 centimètres de haut , représente, dans une série de tableaux sans interruption ni coupure, toute l'histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands. On y a compté jusqu'à 623 personnages, répartis en 72 scènes accompagnées d'inscriptions explicatives, et de cet immense rouleau, destiné à être suspendu le long des murailles, on a tiré pour l'étude du costume, des mœurs et des usages militaires du onzième siècle, des éléments très précieux. « Rien de plus curieux que de voir comment les farouches guerriers de ce temps s'y prenaient pour s'embarquer , pour mettre à la voile, pour opérer le transbordement des armes ou des muni-
lions , pour cclaircr leur marche , pour combattre, etc. Mais, si nous passons aux mérites de l'ordre artistique, quelle igno-
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rance des lois de la composition, des proportions, de la perspective ! Masses sans équilibre, figures ayant dix hauteurs de
tête, personnages du second plan plus hauts que ceux du pre-
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